Mother!

 

Plus encore que chez Roman Polanski, Darren Aronofsky va cette fois piocher avec ses grosses paluches du côté de chez Lars Von Trier. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Mother! est bien l’enfant monstrueux du Dogme 95 : photographie granuleuse, caméra portée, pas de musique, et du trublion danois : avec son héroïne au cœur d’or un peu bêbête, et surtout constamment martyrisée.

Sauf qu’ici, en lieu et place de la recherche (ou des retrouvailles avec) un pseudo cinéma vérité, tout fait faux, de l’image ultra travaillée pour faire passer moult effets de transformations-distortions, au son pareillement amplifié pour nous titiller les sens.

 

Hollywood, la Mecque du harcèlement

 

Tu m’étonnes que ce Mother! a un « cinemascore » défavorable (quelle unité de mesure à la con franchement – à savoir : une estimation du taux de satisfaction des bouffeurs de pop corn américains) puisque le film cherche avant tout l’inconfort du spectateur (d’où l’incompréhension du spectateur gavé d’un cinéma ultra conventionnel, qui attendait son Hunger Games 12). Le film y va avec de tels énooormes sabots qu’il m’est apparu bizarrement très sympathique, au bout d’un petit quart d’heure où l’on tâte le terrain. En fait, Aronofsky cultive autant le grotesque que l’angoisse, son film est plus ludique et farcesque que prétentieux, et je l’ai trouvé plus d’une fois très, très drôle.

L’ultimate home invasion movie, « Get Out 2 », « Bed & Breakfast: the ultimate experience », Mother! invite le spectateur dans un ride émotionnel qui convoque beaucoup d’effets comiques absurdes. Du coup, difficile de se raccrocher à l’héroïne, même si J-Law est l’oie blanche idéale (un peu trop même, avec sa petite voix fluette, j’ai parfois du mal à croire à ses coups de colère). Tout cela me semble volontaire. Je ne vois franchement pas comment on peut prendre cette histoire allégorique au premier degré. Une histoire qui convoque tour à tour, ou selon les interprétations, la Bible, une allégorie sur mère Nature, ou une autre sur la muse d’un artiste démiurge.

 

Je mets un 10 pour l’ambiance. Cra-zy.

 

Donc je m’y suis amusé, autant qu’Ed Harris et Michelle Pfeiffer qui font les foufous avec délectation. Il faut les voir interpréter les vieux emmerdeurs, jouant littéralement leurs rôles comme des ados en rut ou des enfants mal élevés ou penauds. Si on prend le film trop au sérieux on risque de décrocher sur tous les symboles et les multiples interprétations. Je n’en vois pas vraiment l’intérêt. J’ai pris Mother! comme un rollercoaster sensitif, et cela fonctionne plutôt bien.

Le résultat est loin d’être parfait à ce niveau là cependant, à cause d’une structure trop mécanique. Notamment la fin, et le découpage en deux parties très distinctes un peu lourdingue, qui amène des répétitions et des longueurs.

Néanmoins, je m’en serai voulu de ne pas découvrir cela sur grand écran. L’exigence formelle d’Aronofsky aide grandement pour s’immerger dans l’ambiance drama-grotesque. Comme toute expérience ciné sensorielle, Mother! devrait perdre pas mal d’impact sur petit écran.

 

L’Homme ? Le Créateur ? Dieu ? Le Diable ? Dans quel état j’erre ?

 

Nous sommes chez Aronofsky, il n’est pas étonnant que Mother! soit un véritable trip, qu’il faut appréhender comme tel et je pas chercher à trop disséquer, sous peine d’être déçu par un (ou des) message(s) un peu trop basiques. Cependant, contrairement au pudding The Fountain, qui se prenait définitivement trop au sérieux, ce dernier opus ménage une lecture horrificomique tout à fait bienvenue.

Depuis quand demande-t-on à un bourre-pif d’être subtil ? Mother! secoue, et c’est bien sa principale ambition.

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Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

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