The Order : 1886

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Quel étrange jeu… Pas étonnant que The Order : 1886 braque beaucoup de monde, en pleine mode des mondes ouverts à tout va (même au prochain Uncharted on lui réclame automatiquement d’être plus ouvert, go fuck yourselves). Personnellement je n’ai rien contre un bon couloir. Rien contre une influence marquée du cinéma dans certains jeux. Rien contre un jeu dirigiste qui sait où il va et qui réussit ce qu’il entreprend.

The Order : 1886 prend le parti de cette expérience cinématographique interactive, dans un autre style (TPS ultra scripté) mais pas plus pas moins qu’un Telltale Game ou un jeu Quantic Dream.
Le problème c’est que Ready At Dawn paye gravement le prix de sa jeunesse. C’est son premier triple A et cela se voit terriblement, car le résultat est d’un déséquilibre assez maladroit entre l’expérience cinéma et le jeu vidéo.

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Que le gameplay soit chiche et assez décevant, si l’histoire et l’univers étaient prenants et une vraie réussite de A à Z, on applaudirait (voir The Walking Dead de Telltale). Or le scénario de The Order brille… par son background et ses personnages charismatiques. Son intrigue est composée de grosses ficelles et, comme toujours dans ces cas-là, elle s’avère de moins en moins convaincante au fil de l’aventure. Du coup la fin du récit a un côté pétard mouillé, d’autant qu’ils abandonnent des personnages importants en cours de route, sans raison, et que le script comporte des plotholes intolérables.

D’un autre côté nous avons un gameplay TPS asséché au maximum. Aucune évolution du personnage, pas de gestion de soins. Juste des armes et des couloirs. Et des transitions impeccables avec des cinématiques quasiment aussi nombreuses que les phases de jeu. Le maître mot est IMMERSION (au fait pour zapper une VF médiocre passer la console en anglais, il est indispensable de profiter de la VO avec un tel parti-pris).

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Pourquoi pas un jeu minimaliste si ces moments ludiques étaient aussi intenses que rares. Inspirés. Renouvelés. Gratifiants. Faut pas rêver. Il y a une raison pour laquelle The Order se fait allumer. Une seule bonne raison et ce n’est pas la durée de vie (honorable si on rush pas, 8 à 10h) : son gameplay archaïque, ses lacunes de game design et de level design, sa répétitivité, sa rigidité et sa flemme ludiques.
Ready At Dawn semble nous proposer du jeu à contrecœur tellement leurs choix sont maladroits, ou vont à l’inverse de l’évolution du média. La bonne définition à balancer sur twitter : une technique de 2015 pour un jeu de 2005. Un jeu moyen de 2005.

On se contrefout qu’ils n’innovent pas. Mais ne répétez pas les erreurs que plus personne ne fait ! Des phases d’infiltrations punitives (repéré = tué) dans un noir quasi complet avec un perso lourdaud qui se colle aux murs dès qu’il les rase (gnéééé!!…). Des QTE à toutes les sauces, même pendant les cinématiques (pour pas qu’on s’endorme ? je ne vois que cette explication), et pire encore, pendant les rares combats de boss. Parlons-en de ces derniers, 2 en tout, 1 au milieu, 1 à la toute fin. Décalqués, les mêmes. 3 coups, 5 QTE. Et basta. Pire encore, les (3) rencontres avec les lycans. Attention, gameplay des années 80 : tirer sur la bestiole au loin, jusqu’à ce qu’elle vous fonce dessus et qu’on vous indique en gros « X » pour esquiver. Recommencer jusqu’à tuer 3 bestiaux. Bien sûr le lycan une fois dans ton dos disparaît pour réapparaître au fond de la salle…
On pardonnerait peut-être ce genre d’archaïsmes s’ils ne revenaient pas régulièrement plomber le jeu.

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A côté de ça on a un Third Person Shooter moyen, qui réussit à : assez mal utiliser/répartir les bonnes armes du jeu (comme le dévastateur Thermite Gun, dont on doit profiter 5 minutes à tout casser), proposer un level design répétitif et pauvre (couloirs, mini-arènes, et planques de cover au milieu de la rue, absurde dans un jeu à la DA aussi précise), et une IA digne d’un Duck Hunt, à un shotgunner fou près (lui c’est « fonce et défonce »).

Là où le jeu met tout le monde d’accord, c’est à la fois sur son aspect technique et sur sa direction artistique. Carton plein à ce niveau, The Order est le premier jeu à faire honneur à cette génération de console de bout en bout. Le grand écart avec son contenu ludique antédiluvien n’en est que plus surprenant. Le Londres steampunk décroche rétines et mâchoires à intervalles réguliers. Les décors sont certes trop souvent plongés dans l’obscurité, mais ce que l’on discerne est parfait. La modélisation de chaque objet, la cohérence des environnement dans le moindre détail, la prestance des personnages convaincants dans leur design fouillé comme sur leurs expressions, tout cela fait que le jeu est un plaisir à parcourir. Juste à traverser et à admirer, simplement, la balade faut largement le coup d’œil. Enfin, pour ceux qui ont acheté une PS4 pour autre chose que Minecraft bien sûr. Ceux qui sont un peu intéressés par l’évolution du jeu vidéo. Qui passe aussi, quoi que 3 snobs en disent, par l’évolution technique et technologique.
Tout joueur qui se respecte passera un tiers du temps à contempler, ici le speed run est pour les idiots (ceux qui l’ont fini en 5h chrono en easy sans en profiter).
Maintenant on se prend à rêver d’un jeu qui allierait fond et forme, d’un Bioshock par exemple avec un tel moteur (too late…). Ou, bientôt on l’espère, Uncharted.

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The Order : 1886 joue à fond de ce pouvoir d’attraction, avec des objets que l’on peut ramasser et tourner dans tous les sens. Ça ne sert à rien pour l’avancée du jeu, juste à reluquer la brillance du métal, la douceur du cuir des gants de notre chevalier, bref du gros fétichisme numérique. C’est le spectaculaire du moindre détail, qui va bien avec l’ambiance étouffante. The Order est un jeu narcissique à un point rarement atteint, tellement recroquevillé sur sa technique reluisante qu’il ne fournit jamais de séquence spectaculaire à la Uncharted. On le parcourt la bouche ouverte, mais il n’y a pas une scène qui dépasse, qui se démarque, on l’aura vite oublié une fois fini.
On espèrera juste ne pas avoir à attendre trop longtemps avant que les jeux PS4 ressemblent techniquement tous à ça.

Ah, et détail important dans notre époque aux triple A pas terminés qui ne respectent pas la moitié de leurs promesses techniques : le jeu est totalement clean day one, pas un bug, pas d’aliasing, RAS. Et les loadings sont absents, même en relançant une partie ça prend moins de 5 secondes. Personne ne le mentionne, mais c’est impressionnant (c’est pas comme si on attendait ça depuis des lustres…).
Ce degré de finition finit de l’imposer comme l’anti Watchdogs, ou l’anti Assassin’s Creed.

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Voilà pourquoi cela devient difficile de trancher sur The Order : 1886. On crève la dalle sur les nouvelles consoles. On nous offre enfin un produit visuellement digne de notre investissement, plus d’un an après leurs sorties. Et celui-ci s’avère être une belle coquille vide. Frustration. Ouais mais la plus belle coquille vide du monde vidéoludique monsieur !

En gros, The Order est une sublime démo, ET un assez bon film interactif. Ce n’est pas tout à fait le Ryse de la PS4, puisque ce dernier n’avait ni background solide ni DA digne de ce nom pour le rendre mémorable au-delà de la démo technique. Ce n’est déjà pas si mal, et pour moi qui suit en manque de récit adulte dans le jeu vidéo (et encore davantage dans le cinéma d’animation), cela vaut l’achat. Un jeu aux mécaniques régressives – qui énerveront à juste titre les joueurs qui n’ont rien à foutre de l’orientation cinématographique de leur média interactif – et un film à la direction artistique inspirée. Un univers et une technique aux potentiels indéniables pour une nouvelle série… si l’aspect ludique est rénové à 80%.

The Order : 1886 est bien en-dessous des espoirs ludiques que l’on avait placés en lui. Il est loin le « Uncharted steampunk ». Cela n’en fait pas pour autant une œuvre inintéressante, bien au contraire. Avec des défauts et des qualités aussi marqués, il s’avère qu’il est assez unique.

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Allez, à l’ancienne :

Univers & DA :

Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

Technique :

Rating: ★★★★★★★★★☆ 

Histoire :

Rating: ★★★★★★☆☆☆☆ 

Gameplay :

Rating: ★★★★½☆☆☆☆☆ 

Global :

Rating: ★★★★★★½☆☆☆ 

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5 Commentaires

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Le retour des notes !!! Comme quoi ça sert !
J’ai beaucoup lu d’article sur ce jeu et il en ressort toujours un peu le même constat, même si au final ici tu prends le parti pris de la défense malgré tout.
Je n’attendais pas non plus sa sortie avec impatience. J’aurai par contre plus de mal à digérer un pétard mouillé sur The Witcher 3 ou Persona 5 par exemple.

Je suis sur un autre TPS « Tomb rider » sur 360. J’aime bien mais j’ai beaucoup de mal à aller au bout. Non pas par difficulté mais par lassitude. J’ai peur au final d’être allergique à ce genre de jeu. Par exemple, ce que je reproche le plus à Tomb Rider, c’est les personnages, et surtout les secondaires. On s’attache pas, on sens le traitement de surface.
Si tu me dis que les personnages ici sont charismatique et fort, je veux bien perdre un peu de gameplay pour une meilleur profondeur…

Vivement les Uncharted remastered en plus mieux bien pour 70 euros…. ^^

Comment by feilong74 on 23 mars 2015 14:17


Ouais alors mes notes là, c’est sûr, c’était utile. Je trouve très con de rejeter ce jeu en bloc, ou même de le soutenir sans nuances (même si ça c’était plus rare). De gros défauts et de grosses qualités, ça a le mérite de provoquer le débat. Même si au final, on l’attend toujours la killer app de la PS4…

Pour les TPS, ouais je comprends ton impression sur Tomb Raider. Passé une mise en place solide, le scénario ne fait que provoquer des évènements un peu artificiels pour aller d’un point A à un point B avec des persos secondaires en carton. Dans The Order, même si l’histoire se dégrade nettement sur la fin, c’est quand même plus immersif. Et Uncharted c’est encore mieux, enfin sur le 2 et le 3. Faut bien sûr accepter quelques clichés du récit d’aventures, mais les dialogues sont drôles, Nathan Drake est un vrai personnage auquel on s’attache, et surtout, le rythme est super bien géré. Vraiment bien équilibré, le nouvel Indiana Jones quoi, c’est pas au cinéma que ça se passe.

Comment by 2501 on 23 mars 2015 15:31


Il va vraiment falloir que je me les fasses ces Uncharted TPS équilibrés. J’ai toujours pas fais celui sur Vita de peur de ne pas commencer par « les vrais » et casser l »idée de surprise.

Comment by feilong74 on 23 mars 2015 20:36


Il me fais presque envie le dernier Bloodborne…. !
Même si le gameplay….

Comment by feilong74 on 30 mars 2015 13:21


Euh… Attention c’est l’anti-The Order, il n’y a QUE du gameplay (dans une belle ambiance, ok). Alors si t’as des doutes dessus…
L’accueil critique a été très très positif, mais c’est un peu la prime à la difficulté. Apparemment il n’y a même pas d’histoire, et pour un jeu avec une DA pareille, c’est un manque pour moi.

Avec Bloodborne Sony essaie de vendre un jeu de niche, caractérisé par son challenge élevé (comme Demon’s Souls et Dark Souls), comme un jeu AAA grand public.

Mais comme avec The Order, il risque d’y en avoir pas mal en occaz très rapidement, mais pour des raisons totalement opposées !

J’ai rien contre un bon challenge, je passe quasi systématiquement tous mes jeux en mode Hard vu la baisse de challenge des jeux actuels. Par contre le punitif pour le punitif, le masochisme de recommencer 50 fois sur le même obstacle, et pareil sur le suivant, bof. Encore pire, la punition de l’absence de checkpoint je ne la comprends pas vraiment. Dans ces jeux tu meurs tu refais les 45 minutes qui t’ont amenées jusque-là… Je comprends le Die & Retry sur l’obstacle qui me pose problème, pas sur tout le chemin qui m’y a mené… J’ai juste testé Demon’s Souls, et j’ai vite compris que ce serait pas mon truc.

Comment by 2501 on 4 avril 2015 9:53

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