Gone Girl

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Peut-être le film de Fincher le moins attendu de ces dernières années – confirmé par un démarrage un peu poussif – Gone Girl est une fois de plus l’adaptation d’un best-seller (Les Apparences de Gillian Flynn), et encore un thriller, après la fille au tatouage de dragon (qui n’est apparemment pas près d’avoir une suite). On espérait 20 0000 lieues sous les mers, arlésienne sans doute définitivement enterrée, on nous sert un drame conjugal avec Ben Affleck et une ex James Bond girl oubliée. Deux acteurs qui n’ont jamais fait de miracles; voire, au moins pour Benny, qui ont encore un sacré déficit d’image auprès d’une bonne partie des spectateurs.

Le casting n’est pas entièrement fautif dans le manque d’intérêt porté à ce projet, à l’apparence plus modeste, comme une étape récréative façon Panic Room. Gone Girl est-il vraiment si mineur que ça ? Oui, et non.

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Gone Girl fait partie de ces films pour lesquels il faut en savoir le moins possible en entrant dans la salle. Basé sur un scénario retors – d’aucuns diront surécrit – il décrit la relation conjugale a priori idyllique, l’american dream couple, avant une disparition mystérieuse qui révélera la pourriture sous les apparences. Voilà, tout ce qui dépasse cette description tiendra du spoiler manifeste gâchant un plaisir avant tout basé sur l’histoire.

Bien sûr, David Fincher ne chôme pas. Au programme : ses cadres au cordeau, son sens du rythme, cette ambiance pesante. Et sa photographie sombre – « crépusculaire » diront certains – quasiment cadavérique sur ces nombreux plans où l’on distingue à peine les yeux et les visages des personnages, même en plein jour. Le cinéaste assure, sans faire de zèle esthétique pour autant, ce film étant sans doute le plus sobre de sa carrière, visuellement parlant. Les limites de son style se font un peu sentir, l’image noircie à l’extrême traduisant seule l’ambivalence des personnages – enfin, surtout du mari. Pas que les fantaisies numériques façon caméra à travers la cafetière nous manquent tant, mais au moins une mise en scène qui traduirait davantage par ses cadres et son montage le sens et les thèmes du film. Plonger dans une pénombre un peu lourde pour… le visionnage (vraiment, une discussion en champs-contrechamps entre deux fantômes, c’est un poil lassant), commence à sentir la formule facile. Yeah, Fincher’s touch loue-t-on un peu partout. Fincher’s flemme ouais.

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Si formellement on attend bien plus de ce cinéaste, l’essentiel demeure : pas une seconde d’ennui durant les 2h30 d’un film dont aucun moment ne semble superflu. La précision du scénario et de la réalisation compense le manque de panache. Dès le départ « les apparences sont trompeuses » est la maxime illustrée de manière totalement ironique et – volontairement – surfaite, avec cette guillerette voix off de la gone girl lisant son journal intime, ces flashbacks trop beaux pour être vrais, sur une gentillette soundtrack du père Reznor. Le spectateur est alors mis dans l’attente de rebondissements qui ne tarderont pas.

David Fincher nous livre son Liaison Fatale, version ultra sophistiquée. Comme les critiques français adorent chercher beaucoup de profondeur là où il y a juste une toile de fond qui égratigne, ils sont bien sûr tombés à pieds joints sur la radiographie du couple américain, vicié par ses idéaux balayés par la crise, blablabla. Ok, c’est bien présent, mais pas de quoi fouetter un sociologue, ni donner des galons de respectabilité superflue à un film qui reste avant tout un thriller. Au premier plan s’impose un jeu d’ambiguïté façon Homeland, dans sa situation de départ. Le terroriste conjugal, caché sous le vernis du mari idéal, ou pas.

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Du coup, comment se comportent les « bras cassés » de cet étrange casting ? Benny aura toujours une tête à claques d’américain moyen, et sa calamiteuse carrière sur presque 2 décennies a du mal à complètement être effacée par son récent retour en grâce, pour ceux qui ont encore toute leur mémoire. Il a cependant tout à fait la gueule de l’emploi, du moins pendant une partie du film. Son visage carré et quelque peu inexpressif de beau gosse américain typique sert l’intrigue. Dommage que son personnage évolue peu au-delà de ce schéma. Fincher a toujours un style assez froid et ne joue pas l’empathie, on ne peut donc pas reprocher grand-chose à l’acteur.

La vraie révélation, et l’atout majeur de Gone Girl au-delà de son scénario retors et ludique, c’est la miss Rosamund Pike, qui n’avait jamais hérité d’un rôle aussi complexe. En dire davantage serait criminel, mais le film mérite le visionnage rien que pour elle.

Thriller plus sophistiqué qu’il n’y paraît de prime abord, Gone Girl permet à David Fincher de continuer à scruter et condamner l’american way of life. Il n’en demeure pas moins, au final, que l’expérience est avant tout celle d’un thriller très bien ficelé, quoique un peu trop propre sur lui. Plus mémorable que prévu, Gone Girl fait figure de surplace en zone de confort pour le surdoué de sa génération, dont on attend qu’il prenne des risques sur des projets plus originaux.

Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

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7 Commentaires

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J’aime la côté mesuré à contre courant de ce qui semble se dire sur la toile (j’ai quand même vu des « LE » chef d’oeuvre de Fincher…. si si mais je sais plus où ^^).
Fincher s’occupe quoi. J’aimerai quand même bien me motiver pour le grand écran, je suis en manque de ce genre de film dans une salle obscure.

Comment by feilong74 on 20 octobre 2014 17:52


C’est un thriller largement au-dessus de la moyenne c’est sûr. Comparé à la merde qu’on se tape régulièrement en salles (tous genres confondus) c’est certain que ça change. Mais de là à parler de meilleur film de Fincher ou de chef-d’œuvre, c’est clairement souffrir d’amnésie critique.

Comment by 2501 on 20 octobre 2014 18:52


Bon alors, vous allez plus au cinéma ?

Derf je ne crois pas, parle-nous des pépites que tu projettes ! ^^

Comment by 2501 on 30 octobre 2014 13:28


Bientôt il doit participer à sa première réunion programmation. A nous les SuperVixens !!!
Pour ma part j’avoue que ça fait un moment. Je passe sans doute trop de temps sur les jeux vidéo. c’est par période.
Même les série j’ai du mal.

Comment by feilong74 on 30 octobre 2014 18:17


ben je viens d’apprendre qu’on aura pas gone girl en VO….fin d’un feuilleton d’un mois…donc je suis un peu deg.

sinon demain on va voir le garçon et le monde (que vous devez connaitre) et qui a l’air assez ouf

Par contre j’ai vu the purge : anarchy, bien nul et bien raciste, Mirrors, ou quand alexandre aja se lance dans le mi-film d’enquete, mi-film de maison hantée, mi film de possession nawak, mi pompe de carpenter. Et du coup Horns aussi, sorte de scoobidoo avec harry potter en démon qu’on sait pas trop pourquoi, à oublier….

Comment by derf on 31 octobre 2014 10:43


(je sauve une magnifique explosion de tête dans Horns :D )

Comment by derf on 31 octobre 2014 10:44


Si Fincher signe effectivement une mise en scène sobre (ou flemmarde, comme tu dis) et néanmoins personnelle, il reste néanmoins dans la lignée de ses films précédents : ce type a une filmo décidément ultra cohérente. Mais ce qui m’a le plus bluffé c’est le fond. Ses films ont toujours qq chose de noir voire de nihiliste. Mais là ya quelque chose de trèèèèès politiquement incorrect dans la représentation du couple…Que les critiques se masturbent sur le cassage des apparences du couple parfait ou sur la blonde hitchcockienne, soit, ils ont raison. Mais il y a là une représentation de l’évolution des rapports homme/femme, de la place de chacun, des rapports de force au sein du couple sur fond de crise (oui) mais surtout de consommation, d’arrivisme, d’ascension sociale ratée qui pourrait faire dresser les cheveux sur la tête de n’importe quelle tenante du féminisme…du moins si elle faisait l’effort de comprendre.

Comment by derf on 27 décembre 2014 11:30

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