The Raid 2 : Berandal

raid2-poster

Attention les yeux, retour du film d’action « phénomène ». Comme son aîné buzzé à s’en décrocher la rétine sur les écrans de nos petites vies connectées, The Raid 2 : Berandal débarque pour nous en mettre plein la tronche, dopé à la hype virtuelle qui fait plouf. Culte avant même d’être sorti, vive l’internet et son bouche-à-oreilles 2.0 dégénéré. Cette fois Gareth Evans double son film de baston d’une ambition de fresque mafieuse, avec la durée qui va avec. 2h30 bordel, il a intérêt à avoir acheté une bonne machine à écrire entretemps.

Il est loin le temps des The Killer, A toute épreuve, et Time and Tide, qui construisaient leur réputation à l’aune des festivals, à la curiosité de spectateurs défricheurs, et à l’épreuve du temps. Désormais, même l’adoubement critique, et le piédestal du culte, se font croquer par le tout marketing.

raid2-3

Ces films, c’est du beat them all. Pur et simple. Double Dragon qui voudrait être Coppola, c’est drôle. Et long, aussi (j’ai dû m’y reprendre à 3 fois pour le finir). Long sur ce récit décousu et mal agencé – une intrigue mafieuse maladroitement recousue avec deux personnages de The Raid pour faire une suite un peu opportuniste. Et long sur la baston, qui, si elle fait semblant de se renouveler avec contextes et armes divers, semble se résumer à enchainer toujours les 3 mêmes coups : kick, punch, elbow, ad nauseam jusqu’à repeindre le décor en rouge. Il faut être fasciné par la frappe, par les coups, plus que par la chorégraphie, l’aspect purement cinégénique du mouvement, pour adhérer à ces affrontements trop étirés, qui semblent avant tout guidés par et pour les performances des cascadeurs-acteurs, que mis en scène par un réalisateur.

Car c’est là où le bât blesse, Evans cherche l’intensité, la violence choc, et par quelques plans arrive à bien soutenir l’action, mais jamais il n’en est le maître, jamais il ne semble diriger sa scène de A à Z. Il y a toujours un (ou plusieurs) creux dans la répétition de ces affrontements, où ça finit par sonner faux. Un impair de rythme, une générosité qui verse dans le trop-plein, l’artificialité de l’échauffourée trop pensée, et un manque de maîtrise de la séquence, du montage, du crescendo, des étapes, qui donneraient plus d’impact que les mêmes coups répétés 100 fois toujours plus vite (allez, ça fonctionne sur la fin du combat de la cuisine parce que ça pousse la boucherie assez loin, mais voilà où se trouve toute l’ambition, CQFD).

raid2-6

On sent avant tout la gourmandise du gars qui a été biberonné autant (si ce n’est plus) aux sports de combat qu’au cinéma, et qui veut en montrer toujours plus, toujours au détriment de la séquence, et du film. Du petit jeu des comparaisons, sur lequel je ne m’attarderai point, Evans en ressort vite petit bras. Tsui Hark est inventif et ludique, John Woo esthétique et lyrique. Là c’est juste… bourrin et priapique.

Pas pire, pas meilleur que le premier. Si on aime la baston on jubilera, si on aime le cinéma c’est déjà plus problématique. Cette reprise d’Infernal Affairs n’avance que sur la pose. Le résultat est donc assez raté, même si la patine visuelle est là (ce qui le distingue de Ong Bak & sons), mais c’est bien superficiel. The Raid 2 aime aussi verser dans une cruauté glacée, typiquement coréenne (importation du marteau aussi, fois deux ! politique du toujours plus !). Evans a certainement pour lui l’efficacité dans l’illustration de la castagne, ça n’en fait pas un prodige du cinoche pour autant. Parce que pour tout le reste, de l’histoire au visuel, tout est trop emprunté (dans tous les sens du terme).

L’humanité et l’attachement aux personnages sont aux abonnés absents, donc les enjeux aussi. Or la volonté, l’ambition, de produire davantage qu’un film de castagne sont là, cette fois impossible à ignorer. Heureusement on sait que ça ne parlera pas plus de 10 minutes avant une nouvelle scène d’action (dont on se lassera au bout de 2 minutes).

raid2-4

Bizarrement ça se regarde, entre fascination (d’un tel acharnement physique et primaire, et pour quelques bonnes idées de plans et de finish moves) et ennui poli (tout est trop long trop poseur trop répétitif, et pas assez vivant). Dire que tout est à jeter dans The Raid 2 serait bien abusif. Sensation de gâchis, comme si Evans faisait les choses à l’envers : adoubé nouveau génie de l’action, il a décidé de greffer un film respectable et ambitieux sur ses bastons à foison. Comme dirait un éminent joueur de football, Gareth Evans s’est remis les épaules sur la tête. Comme la vision de son film, c’est pas toujours très confortable.

2501

Rating: ★★★★★☆☆☆☆☆ 

raid2-1

Le marketing « Wesh tavu. Ben nan, tapavu. » Pirate friendly.

On vit une époque formidable.

 

 

 

 

 

 

tagsTags: , ,

1 Commentaire

rssCommentaires flux RSS transmitTrackBack Identifier URI


What a surprise : Apprendre des mots en lisant une critique de The Raid 2 ( priapique) ^^
On peut le voir sans avoir vu le premier ? On est pas trop perdu ? ^^
Pas le goût au film d’action en ce moment.

Comment by feilong74 on 4 août 2014 14:28

addLaisser un commentaire