Under the Skin

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Trainant longtemps une prometteuse réputation sulfureuse et expérimentale, de sa mise en route au fil des festivals, le projet Under the Skin possédait les atouts pour réjouir tout cinéphile qui se respecte. Jonathan Glazer se lance sur la voie d’un cinéma sensoriel – le seul qui compte vraiment diront certains puristes – celui de la mise en scène reine, celui qui fait un peu avancer les choses. Exercice on ne peut plus délicat qui demande une maîtrise absolue du médium. Encore faut-il avoir l’humilité de servir son sujet, plutôt que de le faire mousser.

Intéressant à plus d’un titre, Under the Skin est aussi l’exemple parfait du nécessaire soutien des stars hollywoodiennes à un cinéma exigeant. Sans un DiCaprio les projets de Scorsese tels qu’ils sont aujourd’hui ne pourraient se monter. Sans la Veuve Noire des Avengers pas de Under the Skin, si ce n’est produit du moins en sortie salles. Constat un peu désespérant tant la production et la diffusion d’œuvres sortant des sentiers archi rebattus dépendent en ces temps frileux de facteurs très restrictifs.

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Sur le principe Under the Skin est donc alléchant. Et pas seulement pour la promesse d’une ScarJo enfin dénudée à l’écran (même si c’est un argument commercial im-pa-ra-ble. La preuve ? Même à la fin de cet avis peu élogieux vous allez vous précipiter sur le film, si ce n’est déjà fait).

Un film indé bizzaroïde, fasciné par sa star/sujet qui se met « en danger ». Un prometteur trip fantastico arty comme on en voit plus des masses. Du post-Lynch ? de la graine de Donnie Darko ? Non. Juste la Mutante en version épurée chiante. Ou presque.

Quel dommage qu’un cinéaste ayant un peu d’audace fasse à moitié le boulot. C’est en tous cas l’impression que donne ce Under the Skin, tout du long : se reposer sur trop peu.

« J’ai Scarlett Johansson à contre-emploi (et A POIL !), une musique perchée et quelques expérimentations plastiques, bingo, ça fera l’affaire sur 2 heures. »

C’est un concept, c’est un teaser, c’est du buzz. Pas un film.

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L’errance de cet E.T. prédateur sexy intrigue, au début, mais les mêmes schémas se répètent inlassablement pendant 1 heure. Les scènes de « séduction » sont inintéressantes au possible (l’impression qu’un bon quart du film se passe à la place du passager dans un van moche). Reste « la toile » de ce prédateur, beaucoup plus intrigante. Mais là aussi, on nous montre 3 ou 4 fois la même chose. Les expérimentations plastiques (au final assez rares) alternent avec de longs tunnels d’errance, où une Scarlett en mode inexpressive, déguisée en pute de l’Est, roule, erre, observe, attire, piège, et rebelote. Dans une platitude formelle lassante, contrastant avec le reste. Le plus gros de la performance de la miss, c’est s’observer à poil devant la glace.

Jusqu’à la deuxième partie en miroir. Cette structure est un peu convenue, elle aurait néanmoins pu fonctionner. Si le film ne gardait pas ce rythme léthargique et cette tendance à la pose auteurisante agaçante. Cette deuxième partie inversée n’est en fait qu’une conclusion étalée sur une heure au lieu d’un quart d’heure. Under the Skin est un film qui ne vit pas. Qui se regarde faire, des embardées plastiques dont Glazer semble si fier, qu’il nous les répète, une lente sécheresse naturaliste pour le reste. Ville/Forêt, inversion des rôles, le prédateur est proie. Ok. Pour quoi ? Rien n’est développé, tout est archi mécanique, sommaire, parfois risible (le déclic du garçon difforme épargné, qu’est-ce que c’est fin).

Under the Skin pourrait alors se défendre sur un univers, une ambiance, une esthétique, façon Lynch. Sauf que tout ça n’est tenu que sur une portion congrue du long-métrage, qui manque cruellement d’idées, visuelles ou autres, pour maintenir un intérêt constant.

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Amateurs de films minimalistes aux expérimentations timides, qui ne racontent que ce qui est déjà présent dans vos têtes, ce film est pour vous.

Fans de ScarJo, on vous prévient, la chair y est triste comme la mort (c’est le principe même du film, mais la dose d’érotisme est rachitique).

On peut être fasciné par l’exposition de la miss Johansson, dont la « perf » a tellement fait gloser les premiers spectateurs de ce soi-disant OVNI. En dehors du fait que je n’ai pas cru une seconde qu’elle incarne une extraterrestre, son interprétation est tellement minimaliste qu’on finit presque par roupiller et rater les passages sexy. Jamais attachante, on se fiche de l’évolution ultra schématique de son personnage. Et sa nudité frontale, mise en scène de manière glaciale, est moins séduisante que des photos volées sur un portable. C’est dire. L’actrice se présente ici à l’inverse de son rôle dans Her, c’est certain. On saluera au moins la variété de choix la sortant momentanément de l’emprise des blockbusters. Même si, paradoxalement, on restera bien plus marqué par son rôle invisible que par sa partition dénudée. En attendant le Besson, pour ceux qui auront le courage de s’y pendre, qui achèvera une curieuse année pour la miss…

On lutte pour arriver au bout d’un film qui ne semble jamais s’incarner réellement. Promenade triste et monotone, dont seules quelques séquences inspirées émergent d’un marasme complaisant, Under the Skin est vraiment l’archétype de la coquille vide. Le trip sensoriel est foiré sur la longueur, la faute à une trop grande confiance en sa singularité, et à l’inconstance de la mise en scène. Glazer aurait pu garder son happening de séduction extraterrestre pour un (très) court métrage, le reste n’a absolument aucun intérêt. La tentatrice Scarlett méritait un plus bel écrin plus abouti. Un vrai pétard mouillé.

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Rating: ★★★★½☆☆☆☆☆ 

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3 Commentaires

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Tiens je l’ai vu passé celui là sans savoir ce qu’il en était. Je dois dire que Johansson me fait plus souvent fuir que me rendre curieux… En fait, j’ai jamais trop compris de ce qu’elle avait en plus….Scarlett. Bref Passons. Je connaissais pas non plus Glazer. Donc un film expérimental fadasse. C’est dingue cette nouvelle aire des acteurs producteurs, flippant.

En passant j’ai vu Her, que j’ai trouvé sympathique mais inachevé. On sens que la réflexion du tout connecté ne décolle pas assez. Par contre Phoenix est définitivement un des grands acteurs contemporains.

Sinon, plus que 4 épisodes, et je viens avec mon billet sur l’attaque des titans.

Comment by feilong74 on 17 juillet 2014 13:26


mouais…mélange bizarre, pompeux et maladroit entre la mutante et…2001…pour dire que les queutars en général c’est des gros cons ?….ouéééé….girl power….femen forever…avec l’argument « scarlet à poil »…on est bons là…mais bon ya des fulgurances plastiques…un peu…

Comment by derf on 12 septembre 2014 10:12


Lucy c’est autre chose….Moi je peux pas detester le gros Besson…alors j’me suis pas fait chier. On retrouve son foutage de gueule des flics, son probleme avec les asiatiques, sa naiveté, son héroine, la musique d’eric serra (du moins au début)…Souci : On n’est plus en 1990…Et le film apparait comme instantanément ringard, un vrai tour de force…faut voir la DA sur la fin ou les inserts d’Histoires Naturelles ! Mais ça reste un divertissement correct d’1h30 avec scarlet qui fait le taf (habillée)

Comment by derf on 12 septembre 2014 10:23

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