Noé

Noe-affiche

 

Noé est le nouveau projet casse-gueule d’Aronofsky après le souvenir douloureux de la fontaine (dont personnellement je ne reboirai jamais l’eau) sur lequel il s’était cassé les dents pour cause de restriction budgétaire et ambition démesurément incompréhensible.

Nouveau projet apparemment personnel (Aronofsky y penserait depuis son adolescence) et casse-gueule donc, comme à peu près tout projet centré sur des textes fondateurs religieux (on ne reviendra pas sur Pasolini, Scorcese ou encore Mel Gibson…), Noé est aussi en amont une BD portée elle aussi par Aronofsky qui là aussi réalisait un rêve de gamin, même si apparemment le film en serai quand même l’aboutissement.

En amont, le film semblait excitant. En effet, Aronofsky est un réalisateur certes irrégulier et souvent bouffé par ses ambitions mais est quand même l’homme derrière Requiem for a dream et Black Swan. De plus, les influences bibliques sont tellement présentes dans le cinéma et même plus généralement dans la culture populaire qu’il est souvent intéressant d’en voir des adaptations directes. Puis vinrent les premières bandes annonces…et les affiches.

Noé sera donc vendu comme un blockbuster…et ça tombe bien, c’en est un. Un minimum d’objectivité empêche de descendre le film sur ce prétexte (parce que bon, Terminator 2 et le seigneur des anneaux c’est quoi ???) mais force est de constater qu’on ne va peut-être pas beaucoup réfléchir…Le film s’ouvre donc sur un petit recap’ du début de la Genèse, Adam, Eve, le serpent, la pomme, du tout numérique moche, tout ça tout ça (plus tard dans le film, il s’autorisera même le créationnisme, sans nuance…Oui, quand on repense à certaines critiques sur Tree Of Life, on rigole bien). En resituant Noé dans la généalogie, Aronofsky semble fidèle aux écrits bibliques, foisonnants de « machin fils de machin fils de machin etc. etc. » mais prend définitivement la forme du blockbuster de part sa direction artistique assez lisse voire ridicule, les anges déchus en étant un sacré exemple, golems semi stop motionnés très improbables.

Si l’on peut sauver quelques plans à l’esthétique appréciable (un ou deux plans magnifiques, rappelant les quelques éclairs de génie que l’on retrouvait sur The Fountain) et/ou à la puissance évocatrice non négligeable (l’Arche à côté des survivants sur un rocher), la réalisation globale du métrage ne prend pas trop de risques, lorgnant encore sur la mise en scène violée depuis maintenant 12 ans de Peter Jackson (on se demande d’ailleurs si ça n’est pas dans le cahier des charges de n’importe quel blockbuster hollywoodien, le « plan Jackson »…).

Sur la forme, un des aspects les plus déstabilisants reste la partition du compositeur attitré du réalisateur, surtout lorsqu’on a connu les compositions effectuées sur Black Swan ou mieux, Requiem for a dream, il est presque choquant de voir qu’un score aussi passe-partout soit l’œuvre de Clint Mansell. Une musique apathique, ne soulignant rien et à peine épique alors que le film cherche à l’être par tous les moyens.

Mais le problème du film vient surtout de son interprétation biblique, de son fond général mis encore plus à mal par une direction artistique catastrophique (comme déjà mentionné) égratignant la suspension d’incrédulité – un mec en jean, Noé sponsorisé par Braun, tondeuse 3mm pour coupe bien propre…Sérieusement ? – . Noé, c’est l’Elu de Dieu, le seul Homme Juste sur la Terre alors que les autres n’ont semé que chaos et destruction par volonté de surpasser Dieu, un thème qui reviendra souvent dans l’histoire du peuple hébreux (et qui explique pourquoi il est si souvent puni…mais c’est un autre débat). Alors que le prologue du film part sur une bonne explication de l’évolution de l’Homme (industrialisation de masse, destruction des terres, destruction des populations par la guerre) qui pourrait même être mise en parallèle avec la construction des Etats-Unis et la volonté première d’en faire un nouvel Eden (je laisse Thib en parler mieux que moi), le film dans son ensemble ressemble plus à un délire de blockbuster bobo-vegan. En résumé, seuls les bons végétariens seront sauvés. Quelle tristesse d’en arriver à une telle conclusion alors que les écrits bibliques proposent (si l’on prend la peine de ne pas s’enfermer dans le laïcisme hystérique dans lequel on nous a ordonné d’évoluer) tellement d’indications sur nos valeurs actuelles et sur le fonctionnement de l’Homme.

On passera enfin rapidement sur l’interprétation catastrophique d’Emma Watson, une actrice en pleine ascension qui ici rate le coche en en faisant des caisses pour un personnage qui semble en plus inventé pour des besoins scénaristiques blockbusteriens évidents. On sauvera par contre définitivement Jennifer Connely, aujourd’hui bien trop sous employée et qui vieillit comme un Pomerol.

Aronofsky aurait déclaré que ce Noé était SON film de super héro…Ca se tient…Mais on est malheureusement plus proche de Captain America que de Watch Men. D’ailleurs le public ado ne s’y trompe pas et est au rendez-vous, pop-corn à la main (et par terre)…

Derf

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6 Commentaires

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« It’s alive ! This site is alive ! »

Alors, voilà ce que j’en disais dans un autre espace virtuel :

Je ravale ma prophétie nanardesque (je m’étais bien moqué de la bande-annonce).

Aronofsky traite autant (ou plus) le portrait d’un obsessionnel au bord de la folie que le récit biblique.
Et globalement, cela fonctionne. Et c’est un non croyant qui y allait avec des a priori bien négatifs qui dit ça.
Grâce à une sécheresse de ton bienvenue, un beau travail photo (comme d’hab avec Libatique), des décors islandais bien à la mode qui collent au délire vaguement post-apo, Aronofsky se prévient plus d’une fois du ridicule. Mais n’y échappe bien sûr pas totalement. Les passages obligés sont donc les plus délicats à négocier, et finalement très courts : design ridicule pour illustrer Adam et Eve, l’arrivée des animaux en massif SFX LOTRien (rapidement endormis et oubliés), même le déluge est zappé en 5 minutes.

Dans l’évolution de ce Noé, on reconnaît bien ce qui a pu attirer le réalisateur, et le crescendo intimiste final fonctionne plutôt pas mal. Bref, il y a suffisamment à bouffer narrativement et thématiquement pour qu’on ne se sente pas constamment dans une illustration de catéchisme. La touche fantasy des Veilleurs (bien que très « entienne »), les dilemmes moraux et une mise en scène solide parviennent si ce n’est à passionner du moins à intriguer et à éviter l’ennui tout le long de ces 140 minutes. Pas un mince exploit, quand on connait les délires dans lesquels le bonhomme peut verser. Oui j’ai trouvé The Fountain bien plus raté que ce Noé (même si plus audacieux).

Contre toute attente, c’est un blockbuster bien plus consistant et convaincant que 80% de ce que nous servent les studios aujourd’hui.
Bon j’en reprendrai pas tous les 4 matins (faut que je recherche le sens profond de cette expression d’outre-tombe) mais c’est loin d’être déshonorant.

6/10

PS : Jennifer fait peine à voir. Mange bordel ! Que je ne voie plus jamais cette cage thoracique et ces traits émaciés.

Donc on sera pas d’accord jusqu’à Jennifer dis donc. ^^
Je la reconnais plus on dirait un cadavre ambulant.
Oui le style LOTR est devenu un passage obligé du blockbuster moderne, même quand ça n’a rien à foutre là. S’il est étonnant qu’un auteur au visuel si fort comme Aronofsky s’en empare aussi, il réussit plutôt bien à l’intégrer sur son climax aux 2 tiers du film. La défense de l’arche est plutôt lisible et efficace. Ca s’intègre en tous cas bien mieux ici que dans un Alice au pays des merveilles par exemple…
La séquence en stop motion live, j’y ai plutôt vu de l’évolutionnisme, comme quoi, on aurait dit le générique d’Il Était une fois l’homme. :) Sauf la fin of course, avec les « êtres de lumière » tout moches.

Bref, j’ai trouvé que le ton et la DA étaient sobres (bons décors, belle photo, peu de grandiloquence dans les dialogues). On est loin de l’illustration biblique classique des années 40-50. Ajoutons à cela une grosse présence de la nature au cœur du sujet, aucune mention de Dieu mais plutôt du Créateur, et une noirceur misanthrope qui me parle un peu ^^ et mon « antireligiosité » s’est retrouvé brossé dans le sens du poil.
J’ai pas adoré et je le reverrai pas, mais c’est passé.

Comment by 2501 on 28 avril 2014 21:38


ah ben si t’es resté sur jenni façon hot spot c’est sur que bon :D … en tout cas ya pas de botox ;)

sinon c’est un point de vue de laicard (j’espere pas hysterique) que je respecte. Il n’empêche que Noé est un récit biblique dense et que par exemple, ses fils sont considérés comme les représentants respectifs des peuples semites, européens et noirs…Cham (celui qui se barre à la fin tout seul comme un grand) est en fait le représentant des Noirs et Noé reniera le fils de Cham en disant qu’il sera l’esclave de ses frêres…J’vais pas développer mais vous voyez le délire…noirs, esclaves c’est bon ?

Voilà donc moi ce qui m’emmerde c’est qu’il y avait autre chose à faire que dire que manger de la viande c’est pas bien…

Comment by derf on 28 avril 2014 22:06


Ouais, les végétariens c’est le Mal ! Ils veulent noyer tous ces putains de carnivores. C’est les plus violents ces bouffeurs de fleurs.

Oui effectivement je me suis pas vraiment concentré sur le fond. Même pas du tout en fait. Tellement j’étais phobique biblique. :)
Pris sous l’angle du post-apo mâtiné de fantasy ça passe pas mal. Ca possède en tous cas bien plus de caractère et de consistance que le Captain America 2 que je m’étais tapé une semaine plus tôt (oui ce mois d’avril est vraiment pourri).

Puis comme tu le dis toi-même, c’est un parti-pris blockbuster, donc simpliste (dans le sens rassembleur). Par conséquent, on pouvait pas s’attendre à une analyse historico-théologique très poussée. Déjà l’équilibre du film est assez miraculeux (ah ah) pour que des infidèles comme moi ne se lèvent pas de leur siège. Ensuite je pense que Darren est quand même un gros bourrin sur le fond (c’est pas super fin Requiem hein). On l’aime parce qu’il s’attelle pas à des sujets faciles, que c’est pas un manchot avec une caméra, et que la noirceur humaine le fascine. Mais c’est pas un subtil. :)

(« laicard hystérique » ? c’est une communauté ? non je suis pas membre. Je suis humain moi m’sieur, et ça m’suffit. Roh c’est beau bordel)

Comment by 2501 on 28 avril 2014 22:45


Derf j’ai un peu l’impression que tu fais un constat déjà bien établit avant la diffusion du long métrage. Je pense que tu savais à quoi t’attendre au final. Tu espérais sans doute une bonne surprise dans le traitement de fond biblique, mais elle n’est pas venue. Tandis que 2501 a vu ici un blockbuster efficace sans plus et finalement lui a été surpris. Moi ce qui me gène dans tout ça c’est qu’on parle ici d’Aronofsky et que j’avais un espoir depuis le prometteur BlackSwan. Que ce soit dans vos deux avis, c’est donc mort pour cette fois…. :'(

The fountain, il va falloir que je me risque une deuxième pass, vu que personne veux s’y remettre ^^

Comment by feilong74 on 29 avril 2014 7:36


Ah moi j’y suis retourné… pour mon plus grand déplaisir (j’ai pas dû tenir 15 minutes).

Comment by 2501 on 29 avril 2014 8:23


Ennui total. Longueurs épuisantes. Je ne cherchais pourtant rien dans le fond et j’ai rien trouvé de transcendant dans le forme non plus. Les enjeux bibliques et autres ne m’ont pas du tout passionné car il reste de surface, et finalement peu nombreux. Même au niveau de la réalisation je n’ai pas retrouvé Aronofsky. Nulle part ou nul partout. Je préfère largement quand il fait du hors piste avec The fountain quitte à se prendre une belle gamelle.

Le sujet Noé est-t-il finalement assez adapté pour un blockbuster de 2h30 ? Franchement après ce que j’ai subit je ne le crois pas.
Et a priori on va avoir le droit à Moïse aussi bientôt par Ridley.
Je crois que je préfère me refaire Ben-hur.

Comment by feilong74 on 31 juillet 2014 21:10

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