American Bluff

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David O. Russel continue son retour en grâce avec ce American Bluff (« traduction » anglaise pour les nuls de American Hustle), promesse d’un bel achalandage d’acteurs hype en mode seventies. Et en effet, le film se limite à ça, la parade creuse d’un casting en or dans un récit de manipulation dont on se contrefiche des enjeux pendant 135 minutes. Nous tenons déjà là l’un des plus beaux gâchis de 2014.

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Le casting de l’année réuni pour un film qui s’oublie pendant que tu le regardes. Quand on ennuie à ce point le spectateur avec deux des plus belles actrices du moment à moitié à poil, c’est vraiment qu’on s’est planté dans les grandes largeurs. American Bluff tente en vain de jouer des faux-semblants de personnages tellement carton-pâte que l’on regarde sa montre dès la deuxième séquence.

On entame cette histoire sans réel intérêt avec un personnage en mode camouflage : Christian Bale se robertdenirose en live. Bedonnant, méconnaissable, il prend son temps pour camoufler sa calvitie devant son miroir, nous sursignifiant à la fois le monde cabotin dans lequel nous allons plonger et le culte des trompeuses apparences, clé de voûte d’un scénario écrit semble-t-il en moins de temps qu’il n’en faut pour se coller un postiche.

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Alors que David O. Russel n’est pourtant pas connu pour être un manchot de la mise en scène, le film n’est pas gâté par une réalisation brouillonne : paye tes fautes de point, les champs-contrechiants, et les focus nuls… le cadreur est à la ramasse, le monteur assoupi, et David trop occupé à baver sur ses actrices. En un mot : c’est moche. L’ambiance champagne, pétillante et survoltée revendiquée ne fonctionne pas, la reconstitution tellement limitée à la garde-robe des pantins qui gesticulent devant nos yeux endormis. American Bluff donne envie de retourner illico voir le dernier Scorsese, grand écart.

Scénario en mode auto. Aucune profondeur hors de la facilité de l’arnaqueur arnaqué, caractérisation tellement en surface qu’on se moque de toutes leurs histoires, d’amour comme de fric, que la double lecture faux-semblants / recherche du réel est sabordée dès le départ tellement le récit est désincarné. Triste de voir de bons acteurs s’échiner à défendre des personnages en vain (le drame d’Amy aurait pu être touchant, mais on est trop dans le pastiche postiche pour que ça fonctionne; puis ses décolletés sont des voleurs de scènes de toute façon). Le personnage le plus attachant (et c’est un bien grand mot) est finalement le plus terre-à-terre, la mégère de service qu’on détesterait dans n’importe quel autre film !

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American Bluff est amusant 5 minutes, le temps d’une présentation légère des personnages en voix off, qui sent déjà l’imitation cheap, puis on attend que le récit passe la seconde. Mais non, le film se coltine ce ton dilettante pendant 2h15 (deux heures quinze minutes !), faisant passer Happiness Therapy pour un modèle de rigueur dramatique.
J’aime ce vieux caractériel, mais on sent ici que David O. Russel est trop pépère dans son petit confort. Ayant regagné en deux films l’estime de ses pairs, il se laisse gravement aller. En nous livrant cette fois un film à statuettes plutôt qu’un drame aux personnages barrés et malgré tout consistants et touchants. Tout comme avec I Love Huckabees, son gros délire qui a failli lui coûter sa carrière, le péché mignon du directeur d’acteurs est à l’œuvre ici, plombant un film à la ramasse dans tous les autres secteurs (hors costumes, moumoutes et poitrails généreusement exposés, ok).

Que le film soit reparti bredouille de la cérémonie des Oscars pour laquelle il avait récolté une pelletée de nominations est assez rassurant. Le bluff n’a pas pris (pour une fois qu’un titre « français » a du sens). Ce fût toutefois au profit du moins creux mais terriblement « bonne conscience approved » 12 years a slave (ce sera tout pour la critique de ce dernier, dont on a fait tout un foin pour pas grand-chose, Viva Django !).

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Rating: ★★★★☆☆☆☆☆☆ 

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1 Commentaire

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J’ai aussi. Pas regardé. Disons que la critiques de Teub avait aussi un peu calmé mes élans :
http://critiqueconnection.wordpress.com/2014/02/13/american-bluff/

Ce soir je pourrais me faire le Scorsese, mais ….. Real / Barcelone !!!!
Je sors.

Comment by feilong74 on 23 mars 2014 18:45

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