Le Hobbit – la désolation de Smaug

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Si le Hobbit premier du nom avait moins unanimement convaincu que la trilogie du Seigneur des anneaux, désormais gravée dans le marbre des grands classiques hollywoodiens, c’est avant tout par un sentiment de redite. Qui pour certains avait l’excellent goût de la nostalgie, pour d’autres une saveur moins agréable de déjà vu. Tout cela était très subjectif, le livre de Tolkien étant une sorte de brouillon pour enfants de sa grande saga de l’anneau, il est difficile de se détacher des similitudes entre les deux œuvres, ne serait-ce que structurellement. Au moins, Peter Jackson n’avait rien perdu de sa superbe : visuellement comme narrativement, ce Hobbit était à la hauteur de ses glorieux ainés. La surprise en moins, la longue installation d’un récit trilogique en fardeau, le Voyage inattendu serait forcément revu à la hausse avec l’arrivée de la deuxième partie, souvent la plus réussie de ce genre de projet tricéphale. Puis il y avait un énorme dragon à révéler, alors, c’est certain, La Désolation de Smaug ne pouvait en aucun cas décevoir.

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Le Hobbit – la désolation de Smaug apporte sans surprise son lot de réjouissances à tout spectateur conquis par la Terre du Milieu rêvée par Peter Jackson. Si certaines scènes d’action commencent à sentir un peu le réchauffé, comme cette entame arachnéenne gentiment horrifique, on peut néanmoins encore se régaler de morceaux de bravoure mémorables. La séquence dite « des tonneaux » vaut à elle seule le déplacement, témoignant de l’enthousiasme et de la générosité toujours intacts du néo-zélandais. Ce tour de force de mise en scène permet à la fois de retrouver les aptitudes graciles et implacables des elfes, et de mettre en scène la Compagnie des nains avec humour (on peut littéralement sentir la salle vibrer aux exploits – involontaires – de Bombur). Malgré quelques scories visuelles (inserts Go Pro et lissage numérique un peu abusés), cette scène est incontestablement un grand moment. Un des ingrédients de l’efficacité de la longue saga Tolkien/Jackson : univers et personnages solides n’empêchent pas un grain de folie bienvenu pour ne pas figer tout ce barnum fantaisiste dans une solennité mortelle.

La deuxième réussite majeure est bien entendu le dragon Smaug, interprété avec délectation, en performance capture, par notre Sherlock préféré, Benedict Cumberbatch. Rien à redire sur son réveil, suspense habilement géré, ni sur son design, à la fois classique, imposant et menaçant. Ses échanges avec Bilbon rappellent les face-à-face Frodon-Gollum. Ils sont malheureusement plus faiblement écrits, et le jeu de cache-cache un peu étiré pourra lasser… avant qu’enfin le grand brasier ne soit lâché.

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La Désolation de Smaug est un film garni de fan service, pour le meilleur, mais au final surtout pour révéler le pire : cette partie est clairement la plus mal adaptée de toute la saga Tolkien. La présence des elfes est abusive, pour booster les scènes d’action et apporter un peu de hauteur merveilleuse, on peut compter sur Legolas et ses copains. Retour à double tranchant : on jubile quand ça charcute de l’orc par dizaines, mais les intrigues secondaires sont d’une pauvreté jamais vue jusque-là. Si le personnage de Tauriel, inventé pour l’occasion, est par exemple bien incarné par Evangeline Lilly, son triangle amoureux est d’un niveau soapesque assez embarrassant, d’autant plus évident quand les enjeux primordiaux  du film sont assez mal mis en avant, avec un Bilbon bien trop en retrait.

La Désolation de Smaug, en dehors de son fil rouge mollement conduit de la route vers Erebor, enchaine les faiblesses narratives comme des perles. Que ce soit le récit parallèle de Gandalf et l’apparition ridicule de qui-vous-savez, ou encore ce long ventre mou dans la ville de Barde, cette partie est inutilement étirée, avec pour la première fois des scènes d’un ridicule achevé (apparition-disparition éclair de Radagast dans une grotte, halo lumineux de la honte sur Tauriel femme médecin). Le film est si perclus de problèmes d’écriture, qu’on en vient à se demander si ce sont les mêmes auteurs qui sont venus à bout de « l’adaptation impossible » du SDA.

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Dernière déception, et pas des moindres, l’aspect formel s’avère moins soigné qu’à l’accoutumée. La musique est purement fonctionnelle (omniprésente mais sans aucun nouveau thème mémorable). Et ces aventures à 80% nocturnes feront souffrir plus que d’habitude les porteurs de Rayban 3D (3 heures à scruter dans le noir, ça use ça use…).

Triste constat, car si ce Hobbit 2 reste dans le haut du panier du blockbuster hollywoodien niveau spectacle, il n’en est pas moins, et de loin, le moins bon épisode de la saga. Il dévoile sans fard l’utilité purement commerciale de l’adaptation en 3 films, comme un vulgaire Harry Potter coupant ses tomes en deux pour faire du camping. Et ça fait mal. A l’image de cette intro maladroite autour d’une table façon « previously, on The Hobbit », et surtout de ce cliffhanger d’une faiblesse incroyable. Pour la première fois, Peter Jackson, ce jouisseur cinéphage qu’on croyait indomptable, se voit contraint au coitus interruptus. The Hobbit devient alors une vulgaire série aux mains des producteurs. Et c’est encore plus douloureux qu’un souffle de dragon.

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10 Commentaires

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Vu hier. Le truc qui m’a fait réflèchir en sortant c’est un peu la leçon du blockbuster : J’ai mis tout mon budget dans le premier pour faire genre vous avez vu, c’est toujours aussi prenant hein ? et une fois le public captif et pris dans les filets de la trilogie, on nous sert un plat clairement réchauffé… Ici on a quasiment plus de pont formel avec le SDA ( si c’est n’est au niveau du récit). On rentre clairement dans autre chose, étrangement plus proche de l’univers du bouquin aussi… Mais les décors en carton souffrent sur la fin. La forêt noire des elfes comparés à Fondcombe…. C’est moins dépaysant, on voyage moins, c’est moins épic…

Malgré tout on a passé un bon moment. Divertissant. A croire que dans ce monde médiocre on finit par se contenter de la viande de cheval.

Comment by feilong74 on 5 janvier 2014 18:39


Un film peut être mal écrit et divertissant. Heureusement pour Hollywood, car c’est la formule qui remplit les salles actuellement. Ca fait juste un peu chier quand c’est Peter Jackson qui se laisse aller… (même si niveau blockbuster, on a tellement pas été gâtés cette année que ce Hobbit reste au sommet, à côté de Man of steel et Lone Ranger, youhou, grande année).

Comment by 2501 on 5 janvier 2014 19:23


j’en attendais rien du tout après le premier (si ce n’est un bon moment sans plus comme dans un JRPG moderne ;) ) et je l’ai eu. Les tonneaux c’est bien enorme, la scène du dragon est pas mal non plus…ça fait de plus en plus la transition avec le SDA mais peut être un peu moins maladroitement (pas de truc dérangeant comme la scène des trolls dans le premier, dérangeant pour moi j’entends). Le reste, les moments mous tout ça j’suis assez d’accord avec vous…

Par contre le début d’idylle entre une elfe et un nain ya ma suspension d’incrédulité qui ramasse, ça doit être politiquement correct alors je vais pas m’étendre…et aller chercher evangeline lilly pour lui coller des lentilles sombres faudra m’expliquer aussi…

Comment by derf on 13 avril 2014 11:11


Ouais mais les films « j’en attends rien » c’est pas du jeu. :)

Je considère (comme beaucoup) que la trilogie SDA est ce qui s’est fait de mieux en saga blockbuster dans les 20 dernières années (oui, mieux qu’Hunger Games bande de loutres ! ^^). Donc oui, forcément, j’ai un minimum d’attente sur ces 3 Hobbit.

Comment by 2501 on 14 avril 2014 11:50

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