LE CINEMA EST MORT PART.2

The-Bay-Affiche

A force de ne plus lire aucune critique de la presse rémunérée, on se coupe totalement du mode de pensée mainstream. On ne s’en rend pas forcément compte, jusqu’à ce qu’on tombe sur LE film, en l’occurrence The Bay, réalisé par Barry Levinson, un nom qui ne laissait pas forcément une odeur de pisse derrière lui, du moins pas à ce point là. Mais ça, c’était avant.

Mais d’abord un peu d’histoire, le found footage film c’est quoi ? En 1980, Ruggero Deodato faisait sensation avec son Cannibal Holocaust, premier film du genre prenant pour point de départ les rushes retrouvés d’un groupe d’étudiants joviaux tournant un documentaire sur des tribus oubliées d’Amazonie n’ayant pas forcément les mêmes meurs culinaires que nous autres occidentaux. Deodato proposait, presque 20 ans avant l’explosion du genre, une vraie proposition de cinéma sur le thème cher à Jules Ferry des races inferieures et supérieures, montrant entre 2 images bien choc (coup marketing, ok…) l’œil arrogant de l’étudiant occidental sûr de lui-même. Le choix du found footage est complètement justifié (bien que n’occupant pas la totalité du métrage) et le film est efficace…et bon !

Et puis plus rien, ou en tout cas vraiment pas grand-chose jusqu’à cet été 1999 et la sortie d’un certain Projet Blair Witch. Succès phénoménal (500 000 $ de mise de départ, 250 000 000 $ à l’arrivée) mais déjà clivant, Blair Witch n’entrainera bizarrement pas la vague du found footage film donc l’explosion arrivera une petite dizaine d’années plus tard.

Car la vraie explosion du genre aura lieu en 2007 avec les sorties concomitantes des Paranormal Activity, Rec, Cloverfield et autre Diary of the dead. Rec et Cloverfield, sortis à quelques mois d’intervalle sont les étendards d’un genre qui le devient vraiment et permet ainsi d’en extraire les codes, appliqués avec plus ou moins de talent. Pour une comparaison très pertinente, je vous renvoie à la critique de Yannick Dahan de l’époque qui traitait les 2 films en parallèle. Mais économiquement, l’étendard sera Paranormal Activity. Avec ses 15000$ de budget de claquage de porte, le film fait passer Blair Witch pour un blockbuster. Avec ses  200 millions de recettes, il assoit sa suprématie, détrône la franchise Saw dans le cœur des amateurs de films débiles à regarder avec des bières et des potes et commence sérieusement à poser la question de la légitimité cinématographique et de la culture de l’image (on y reviendra). Pour citer à peu près M.2501 à l’époque, « bientôt sur vos écrans : Black Screen, un écran noir pendant 1h30 ! »…

Et puis arrive The Bay. Barry Levinson, réalisateur de films quelques fois sympatiques (Rain Man, Good Morning Vietnam) et récemment (et plus souvent aussi) très vite oubliables (Sphere, Bandits) pour un found footage film horrifique…Pourquoi pas…Oren Peli (réalisateur du 1er Paranormal Activity) producteur exécutif…Aie Aie Aie ! Passons rapidement sur son pitch éculé (en gros vous reprenez Piranha de Joe Dante et vous remplacez les ‘tits poissons par des isopodes, je vous laisse wikipéder) pour nous intéresser à sa forme et se questionner sur notre rapport à l’image.

The Bay, c’est tout simplement la quintessence du non cinéma via le found footage, le meurtre d’un art, le 7e en occurrence, par un métissage forcé et irréfléchi avec le 8e art qui peine à en être un : la télévision. Le film de Levinson arrive ainsi à utiliser toutes les techniques les plus vulgaires et putassières de la télévision d’aujourd’hui, et plus précisément ces émissions d’enquêtes criminelles foutraque ou l’on passe sans transition, pour un brouillage maximal de la perception du spectateur, de l’interview réelle à la reconstitution. C’est le problème du docu-fiction, genre fleurissant depuis quelques années. A la télévision le principe est déjà discutable. En mêlant maladroitement information et fiction, le brouillage des pistes est évident mais le « passage d’idée » est énormément simplifié par la falsification du réel.

Transposé au cinéma, c’est pire. En effet, si le brouillage des perceptions est bien là à la télévision (et à dessein), au cinéma il n’existe plus puisque tout est faux. Dès le départ, c’est la suspension d’incrédulité qui en prend un coup. Mais quand Levinson, réalisateur plus tout jeune, ne peut s’empêcher de tomber dans les écueils d’un Cloverfield en pire, c’est la catastrophe. Des champs/contre-champs tout propres avec des cameras de surveillance et des téléphones portables : ben oui évidemment ! Le propos « télévisuel » est mis à mal par une volonté cinématographique et le propos cinématographique est quasi inexistant derrière le vomis d’images « trouvées ». On est par moment à 2 doigts du powerpoint quand même…

D’autres films, par peur de l’extrémisme, avaient déjà eu le syndrome du cul entre 2 chaises. Bien que très médiocre, Le dernier exorcisme tentait vainement de surfer sur la vague du found footage mais la réalisation classique prenait vite le pas sur le tout found footage. Ici on ose tout et on restera dans un gloubi-boulga général. Officiellement tout est found footage et l’ensemble est articulé autour d’un personnage présent sur les lieux du drame (une journaliste en l’occurrence) et censée faire la voix-off du reportage fait à partir des sources audiovisuelles trouvées. Oui vous avez compris : le reportage en question, c’est le film. La journaliste, c’est Pierre Bellemare…

The Bay se pose en bouse finie, c’est acquis. Mais le questionnement qu’il amène sur la critique subventionnée (allez faire un tour sur allociné pour voir les avis presse…) et surtout sur la proximité mercantile dénuée de recul entre télévision et cinéma peut s’avérer finalement assez intéressant.

The Bay :

Rating: ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆ 

(1 /10 pour un plan qui m’a fait penser à la nuit des morts vivants…)

Derf

 

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