The Immigrant

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Un film de James Gray est toujours un évènement. Enfin… le mot ne sied guère à ce cinéaste discret, aux œuvres feutrées, mais toujours fortes, dramatiques, marquantes, terriblement humaines. Un cinéaste modeste, qui attend encore la reconnaissance de ses pairs. Estimé dans la vieille Europe certes, mais boudé en festival. Cela n’a pas loupé au dernier grand barouf cannois, son nouvel opus est passé inaperçu, une fois de plus. Pas de quoi affoler les aficionados, les fidèles d’une filmographie sans faute, qui lui portent toute confiance. Trop peut-être ? The Immigrant réjouit pourtant les habitués, a priori, puisque Gray semble sortir de sa zone de confort, celle du drame familial. On nous annonçait un mélodrame pur jus. Comment ce genre flamboyant allait-il pouvoir s’accommoder de la finesse et de la pudeur typiques du cinéaste new-yorkais ?

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The Immigrant est avant tout un drame historique, qui nous conte une nouvelle fois les origines de son auteur. De manière plus lointaine, jusqu’à Ellis Island et ces bateaux remplis d’espoir et de misère. L’Amérique, New York, encore, par son angle fondateur. Cependant dès les premières scènes un déséquilibre se fait ressentir. Au-delà de l’habituelle beauté feutrée du cadre, réminiscence de The Yards (Darius Khondji à la manœuvre), c’est cette héroïne d’emblée si faible, et lourdement victimisée, qui surprend. On se raccroche rapidement à son « souteneur », que l’on devine trop vite malintentionné. La caractérisation ne fait pas dans la subtilité, et il faut tout le jeu ambigu d’un Joaquin Phoenix, éternel alter ego meurtri du cinéaste, pour s’accrocher aux wagons besogneux de cette histoire. Il n’est pas étonnant que Gray choisisse d’emblée l’intime, évitant tout spectaculaire dans cette arrivée au Nouveau Monde. Mais son Ewa qui marmonne la larme à l’œil ne parvient pas à toucher, trop anonyme, faible et passive… C’est lui qui nous emmène, le salop en devenir. Le procédé pourrait s’avérer efficace, double lecture spectateur/immigré. Sauf que c’est elle l’héroïne centrale du mélodrame : un personnage creux, sans aspérités, pire, larmoyant.

L’attention se concentre alors sur le ballet des deux cousins autour de ce gris pivot dont on ignore, nous, absolument tout du pouvoir d’attraction (finalement, la famille n’est jamais loin, et jamais pour le bien). Ce conflit manque d’ampleur, le personnage du magicien ne faisant pas entrer assez de lumière dans ce funèbre destin pour qu’on ait envie d’y croire. A force de jouer sur les mêmes tons, la même claustrophobie miséreuse qui semble paralyser cette frêle et pauvre Ewa qui n’évolue guère, Gray en oublie les contrastes nécessaires à tout bon mélodrame. On ne fait pas pleurer par surdose de larmes. Et le désespoir se nourrit d’espoirs gâchés. Ici tout semble trop noir d’emblée pour pouvoir investir quelque émotion (maladie, séparation, prostitution, n’en jetez plus… sans passer par l’once d’un début de nouveau départ).

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The Immigrant est à nouveau un drame en chambre, quasiment deux heures entre quatre murs. Le goût du drame humain façon Gray passe par ces horizons cloisonnés. Néanmoins on sent aussi un manque de moyens évident. La reconstitution peine à convaincre totalement tant elle évite toute envolée lyrique ou spectaculaire. Un mélodrame rentré, où le seul personnage intéressant car vecteur de contradictions s’avère être celui de Joaquin Phoenix, quand la pauvre petite polonaise nous apparaît comme une simpliste victime, en mode renfermé tout le long du récit.

Je me suis retenu jusque-là pour ne pas avoir l’air de lui faire porter le chapeau à elle seule… mais il faut en venir au cas Cotillard. Son interprétation, monocorde, monotone, yeux embués, anglais marmonné à l’accent bien (trop) marqué, empêche toute empathie envers ce personnage déjà, à la base, bien caricatural. La différence de niveau avec son partenaire principal est un gouffre évident dès le départ, qui jamais ne se refermera. Aussi attendrissante qu’une roumaine à un feu rouge la Marion. Pourtant Gray a su faire des miracles d’une Gwyneth Paltrow pour laquelle j’avais peu d’estime. Et la Cotillard m’a convaincu au moins une fois d’une possibilité de talent (sur le dernier Audiard). Aucun a priori donc, mais désappointement total à l’arrivée.

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On se prend à penser qu’il aurait mieux fallu suivre cet enfoiré de Bruno Weiss. Car si l’on ressent une once de peine au terme de ce long tunnel ce n’est aucunement pour l’immigrée, mais bien pour cette âme torturée, qui semble contre le gré du récit avoir les faveurs du cinéaste. Le mélodrame est un genre qui se nourrit de stéréotypes et de classicisme subtilement dosés. La recette ne prend jamais ici tant le premier degré constant se vautre dans des maladresses impossibles à encaisser aujourd’hui sans une mine consternée (le simplisme des passages à l’église par exemple).

Le souffle dramatique est totalement absent d’une intrigue aussi fermée que son héroïne. Où est passée la puissance tragique du cinéaste dans ce salmigondis de clichés à la portée émotionnelle caduque ? Evanouie dans la brume new-yorkaise, on espère vivement la retrouver au prochain rendez-vous.

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Rating: ★★★★★☆☆☆☆☆ 

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4 Commentaires

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Vu hier.
Bon je remonte ce film des oubliettes, pour l’y enfoncer de nouveau, un peu plus profondément que pour le moins clément 2501.
Regardé hier, comme un mélodrame sans génie. Gray m’avait habitué à un univers et des personnages bien plus profond. J’ai eu beaucoup de mal à décelé L’intérêt de tout cela. Quand on pense qu’il avait complètement survolé le ménage à trois avec Two Lovers, c’est incompréhensible.
J’espère sincèrement à une erreur de parcours. J’ai l’impression que ses futurs projets semblent beaucoup plus ambitieux.

Comment by feilong74 on 20 novembre 2014 14:16

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