Inside Llewyn Davis

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Classique résurgence de la reconnaissance cinéphile absolue, les frères Coen, chouchous de la critique et les festivals depuis quelques temps, sont désormais systématiquement acclamés. Maîtres du film de genre respectable, devenus très (trop) tranquilles, ils mènent une carrière sur des rails assez attendus, après avoir redéfini tout un pan du paysage cinématographique américain. Leurs films se font plus théoriques que divertissants, sur des propositions plus simples et épurées qu’auparavant, sans lâcher pour autant ces personnages largués, stupides ou marginaux, toujours en décalage avec leur environnement, qui font leur marque de fabrique.

Inside Llewyn Davis ne fait pas exception, la tristesse de son dispositif dépressif faisant écho au manque de générosité et de plaisir de ce cinéma un peu trop sûr de lui-même.

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Inside Llewyn Davis est un portrait, mais un portrait en creux, l’errance d’un personnage amorphe, dont l’échec serait l’essence même, sans explications rationnelles. Le cinéma de Joel et Ethan Coen serait-il devenu trop conscient de lui-même (trop self-conscious) ? Car si l’entreprise pourrait être fascinante, le résultat est juste languissant, à peine sauvé par les habituelles cocasseries des frangins, ces ruptures de ton entre drame rigolard et comédie absurde. Ces petites touches, rencontres surréalistes (tiens, John Goodman), dialogues ciselés, et ici McGuffin félin (le chat est le seul à posséder une histoire développée et cohérente). Ils forment un tout trop évident, un peu facile, que beaucoup interprètent comme d’une richesse incroyable (alors qu’il s’agit du réconfort des charentaises d’auteur).

Nous voilà devant une sorte de feel-good movie sur un feel-bad guy. Un truc un peu beaucoup snob quoi. Typiquement la séduction absolue pour un festival : film léger (facilement digérable en semaine de gavage cinéphage), dépressif (donc profond, respectable), à l’humour subtil et sans dramaturgie (c’est so 1999 la dramaturgie). On rejoint l’abstraction des derniers films concepts façon Gus Van Sant, même si les frangins n’ont pas l’aridité du bonhomme arty, ils aiment toujours s’amuser de l’âme humaine. Seulement ils le font d’une manière dilettante, sur la séquence, et plus le film entier. L’œuvre n’est plus envisagée dans sa globalité, le tout est un mood, tout au plus. Humeur et ruptures de ton, c’est un programme un poil minimaliste, et surtout extrêmement frustrant sur la durée. L’anecdotique finissant par tuer le projet d’ensemble (même la scène qui introduit et termine le film est un évènement mineur).

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Inside Llewyn Davis séduit sur ses premières scènes, justement par son ambiance, ses personnages loufoques, tragiquement drôles, et ses situations entre légèreté quotidienne et poids existentiel. Le manque total d’évolution s’avère deux heures plus tard une facilité plus qu’un concept réfléchi. Llewyn Davis est censé représenter le fameux loser magnifique, on ne saura jamais vraiment pourquoi (les 3 bouts de chansons peinant aussi à nous en convaincre…). Seules une occasion de royalties et une audition lui passent sous le nez, on est loin de la loi de Murphy ou de l’artiste maudit.

Si The Big Lebowski  était tourné aujourd’hui, il y a fort à parier qu’on oublierait l’intrigue film noir pour se contenter du bowling et de la robe de chambre au supermarché. Les losers n’ont plus droit à leur heure de gloire, fût-elle à leur corps (et esprit) défendant(s). Les péripéties transparentes, de canapé en canapé, n’aboutissent pas un à tout cohérent. Comme si les Coen avaient totalement abandonné le storytelling (qui appartiendrait désormais à la télévision ?).

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Inside Llewyn Davis lasse et au final ennuie, nous donnant très envie de revoir leur dernier film plein, ambitieux, vibrant : The Barber (The Man Who Wasn’t There). Plus du tout impliqués directement dans une intrigue (qu’ils semblent de moins en moins vouloir raconter), les frangins poursuivent avec la dominante de leur filmographie de la fin des années 2000, façon The Film Who Wasn’t There.

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Rating: ★★★★★☆☆☆☆☆ 

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21 Commentaires

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Hop, bingo ! :)
Quelqu’un s’est mis en tête de ressusciter l’esprit des Coen Bros !

Dans le flot ininterrompu des séries est arrivé Fargo. Oui, Fargo, librement adaptée du film des années 90.
Bien sûr l’a priori était négatif, vu la propension à recycler à tout va, et n’importe comment, qui contamine maintenant la télévision. But TV is not dead (le cinéma, j’ai un doute).

J’ai lancé le pilote sans entrain, principalement parce qu’il y avait Martin Freeman en tête d’affiche. Et putain comme ça arrache la gueule.
On retrouve la ville paumée du Minnesota, sous une neige constante, les personnages et les situations sont là. Mais décalés, comme en échos, ce ne sont pas exactement les mêmes. C’est tout à fait ce que devrait être un bon remake : une variante intelligente, une réinvention, et pas juste une modernisation ou une reprise bête et méchante. Bref, c’est familier, et surprenant en même temps. Et super bien foutu (la photo, la musique, c’est chiadé, entre ça et True Detective, même sur la forme le cinéma va avoir du mal à concurrencer).
On retrouve donc le Coen spirit (d’ailleurs ils sont à la prod, tout de même), avec ces personnages gentiment cons, ou méchamment absurdes, et ces héros ordinaires et attachants (les flics pas super futés mais volontaires). Ah, et Billy Bob Thornton en profite lui aussi pour ressusciter après 10 ans de traversée du désert, avec un personnage digne du tueur de No Country For Old Men.

4 épisodes au compteur (sur 10), et pour l’instant Fargo c’est que du bonheur.
C’est même mieux que le film, tiens (que j’ai jamais vraiment adoré en fait).

Comment by 2501 on 8 mai 2014 0:38


Cool. Une nouvelle bonne série.
J’ajoute à ma liste.
Tiens au passage j’ai trouvé que The americans s’essouffle un peu dernièrement. Rien de bien définitivement condamnable mais un manque de souffle et des personnages trop éparpillés dans l’intrigue générale. J’espère qu’ils vont rectifier le tire sur la fin de cette saison 2.

Comment by feilong74 on 8 mai 2014 20:24

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