Le Transperceneige

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Les sud-coréens s’internationalisent. Après Kim (Jee-Woon) et Park (Chan-Wook), c’est au tour de Bong (Joon-Ho) de changer de braquet. Les 3 « compères » du genre énervé du matin calme se lancent la même année dans cette aventure, on le sait, bien hasardeuse. Réminiscence de l’époque où la vague HK (s’)échouait contre la colline hollywoodienne. Kim s’est entiché d’un vieillard et a produit un film du passé, déjà oublié (The Last Stand avec Mamie Schwarzy). Park l’a joué assez fine en gardant son style sur un projet hitchcockien peu onéreux. Bong se montre encore plus malin en choisissant la coproduction internationale qui ne met pas toutes ses billes dans un studio américain, gardant un bon pied dans son pays d’origine. Le Transperceneige, adaptation très libre d’une bande dessinée française (par Jacques Lob l’auteur de Superdupont !), s’impose comme l’étrange fusion de l’énergie brute coréenne, d’un curieux concept SF hexagonal, et de l’efficacité du divertissement yankee. En résulte un film intriguant, loin d’être parfait mais engagé et engageant, train lancé à pleine vitesse qui ne s’embarrasse d’aucun compromis, brassant un métissage réjouissant.

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Encore davantage qu’avec The Host, c’est le genre énervé qui fait une percée vers une reconnaissance plus large, une ouverture au grand public, sans pour autant perdre sa nature profonde. Coréen le plus apprécié des critiques occidentaux parmi les compères qui tapent – depuis son très remarqué Memories of Murder – Bong donne plus de matière à ses films, qui se limitent rarement aux exploits formels à base de coups de marteaux et d’une ligne de pitch diabolico-sadique. Le Transperceneige impose par son genre science-fictionnel reconstitution et recontextualisation. Certes rapidement balancés dans un prologue d’une sobriété totale. Gentil film concept de par le principe même du synopsis : l’humanité résumée en une série de wagons. On reste dans du bourrin, du brut(e), mais avec un éventail relativement large. Défi technique, parabole totalitariste, film d’action et de suspense, drame humain, comédie absurde, on est servis… Le film brasse tellement de genres qu’on peut aussi se montrer réticents dès le début. On ne sera pas dans du safe ou du consensuel mou, au moins.

Pourtant Bong mène d’abord sa barque folle tranquillement – peut-être trop – dans ces scènes d’exposition façon Germinal, où les wagons de queue, de dernière classe, apparaissent aussi sombres que des mines de charbon garnies d’esclaves. Ces scènes posent le drame et les enjeux, avant que n’éclate la révolte, avec fracas mais non sans humour. Décalage amené dès le départ avec ce personnage outrancier campé par une Tilda Swinton en verve. Nombre de seconds rôles viendront étayer la face comique du projet, dont le duo coréen père-fille qui n’est jamais une concession bon genre au pays d’origine. Pendant ce temps un Captain America méconnaissable mène la danse sans le vouloir, fameux dilemme du leader non assumé, et attrayant registre pour un Chris Evans qui n’a jamais été aussi sobre et intense (tout en ne livrant pas de performance trop charismatique, c’est le sujet du film en même temps, et c’est plutôt malin d’avoir exploité de cette façon cet acteur sans grande envergure, et bankable).

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La traversée des wagons, avec le mystère récurrent du nouveau « level » qui attend nos révoltés, aurait pu être un peu mieux exploitée par le récit, un poil chaotique. Néanmoins elle apporte une structure incontestablement ludique à l’ensemble, qui, mêlée à un totalitarisme idéalisé parfois digne de Bioshock (ah le passage avec l’instit…), fait plus d’une fois des étincelles. Le Transperceneige ne se gêne jamais pour faire le grand écart entre comédie et tragédie, ce qui en rebutera plus d’un. Dans ce jeu de yoyo, parfois handicapé par un faux rythme assez étrange et quelques blablateries de trop sur son final, le film de Bong finit par emporter la mise par sa générosité et une radicalité constante – effrayant d’ailleurs les Weinstein pour la distribution américaine.

Si le sang n’y gicle pas en gros plan (et plus d’une fois la mort se fait hors champ, seule concession mineure), il n’en est pas absent pour autant. Comment pourrait-il en être autrement avec un tel sujet, où l’on brandit les haches par dizaines dans un couloir de 2 mètres de large, et où la collectivité poussée à bout est prête à se sacrifier pour un idéal. Bong l’audacieux réussit l’examen de passage, avec un uppercut plus fin et actuel qu’il n’y paraît, on lui souhaite qu’un plus large public suive sa percée.

2501

Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

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8 Commentaires

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Vu. Ben du coup un peu déçu. Notamment par les personnages hyper caricaturaux, un scénario très convenu et prévisible.
J’en attendais beaucoup plus. De la matière certe mais franchement au final…. C’est un peu lourdaud.

Comment by feilong74 on 26 mars 2014 13:28


Bah, c’est pas fin mais fun (comme Banshee ^^).
C’est de la grosse série B d’anticipation. Quand tu compares ça à tous les gros films sortis l’année dernière (hors Gravity), c’est du caviar.
Enchaine avec Elysium, you will see what « lourdaud » means ! ;)

Comment by 2501 on 26 mars 2014 23:52


Elysium, j’ai vu aussi, c’est encore moins bon. Mais l’un comme l’autre m’ont laissé un peu au bord du chemin…
Je préfère largement la SF minimaliste d’il y a deux ans ;)

Comment by feilong74 on 27 mars 2014 13:58

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