Pacific Rim

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Michael Bay n’a plus le monopole des gros robots. Pacific Rim était attendu comme le divertissement hollywoodien qui nous réconcilierait avec  les bourre-pifs métalliques. Transformers avait réduit le genre mechas à un spectacle d’une bêtise et d’une vulgarité assommantes, à peine rattrapé par l’extraordinaire boulot d’ILM. Guillermo Del Toro avait donc les coudées franches pour développer une intrigue parsemées de références geeks, s’opposant au culte de la bagnole et de la pétasse du ricain très moyen. Le réalisateur mexicain a démontré une certaine efficacité (notamment sur Blade 2), qui vient cependant régulièrement se heurter à une propension à réciter ses classiques geeks sans finesse. Même son versant plus « auteurisant » donnait dans une poésie balourde opposant l’enfance et le monstre.

L’opposition plus basique « mechas versus Godzilla » de l’histoire de Pacific Rim avait le potentiel pour transcender ces maladresses dans un grand festin de blockbuster estival fou et décomplexé. Malheureusement Del Toro a du mal à se débarrasser de ses péchés mignons, et la sauce mexicaine a tendance à gâter un plat pourtant appétissant, plutôt qu’à le relever.

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L’héritage du kaiju eiga (film de monstres japonais) et de la japanimation avec les moyens hollywoodiens promettaient monts et merveilles. « Fantasme de geek » est l’expression la plus usitée pour décrire le projet, et la bande-annonce vendait très bien le programme.  On attendait une œuvre hors normes, le résultat déçoit à moitié. Comme une mauvaise greffe entre les clichés américains du récit, et la flamboyance et l’exotisme de l’univers exposé. Comme en avait été victime un Final Fantasy Spirits Within il y a une dizaine d’années. En guise de premier obstacle, il faut tout de suite s’enlever de la tête la série Evangelion, à laquelle Pacific Rim doit beaucoup, tout en étant plus une vulgarisation caricaturale qu’un hommage inspiré. L’œuvre d’Hideaki Anno restera au firmament du genre, et on n’est pas près d’en vouloir une version live si c’est pour se payer un digest pareil.

Une fois cette référence écartée, on peut profiter d’un spectacle à la direction artistique originale. Les dominantes fluorescentes typiques du cinéaste passent plutôt bien ici, le design général des monstres et des robots, et leur variété, sont assez enthousiasmant. Et on en effet a droit à quelques morceaux de bravoure mémorables sur lesquels on reviendra.

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Car avant de se taper copieusement sur la gueule, il faut présenter tout ce beau monde au bord de l’apocalypse, et Del Toro n’y va pas de main morte dans une première heure assez pesante. Au final l’intrigue de Pacific Rim fait autant d’effet qu’un pote bourré te racontant le dernier anime qu’il a kiffé. Bon il y a peut-être un peu d’exagération dans cette image raffinée, qui stigmatise pourtant bien le domaine où ça coince. Malgré un récit basé sur les traumas des protagonistes, la subtilité ne sera encore une fois pas au rendez-vous. L’intrigue alterne donc entre les personnages farfelus (pas vraiment drôles) dont est friand le gros barbu, et les héros au très lourd passif. Tout ce développement et cette caractérisation monopolisent une première partie où l’action se fait rare. Ce ne serait pas un problème s’il servait un réel crescendo dramatique et émotionnel, ainsi qu’un attachement aux divers protagonistes. Malheureusement on alterne entre le cirque habituel (les scientifiques tarés, les apparitions de Ron Perlman et Santiago Segura), le plus convenu des récits hollywoodiens (la rivalité de vestiaires à la Top Gun, le héros blessé mais transparent – Keanu Reeves a trouvé son maître en Charlie Hunnam) , et cerise sur la gâteau déjà bien calorique : la japonaise combattante fragile toute mimi, mais complètement tarte (grossier fantasme du geek occidental).

Passe encore une histoire classique si le réalisateur parvient à nous y intéresser, caractérisation et dialogues pèchent car ils ne sont jamais au-dessus du divertissement moyen actuel (un niveau pas bien élevé). Et cela tranche sec avec le côté foufou du postulat de départ. Même Idris Elba voit son charisme naturel martyrisé par un rôle taillé à la serpe. Et ce n’est pas un flashback qui met mécaniquement – une fois de plus – un enfant face à un monstre qui va nous faire verser une petite larme. Comme du foie gras dans un burrito, ça ne marche pas.

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Ainsi, après une heure parfois pénible sauvée in extremis par la bonne tenue de la direction artistique et le gamin de 10 ans qui trépigne et espère encore en notre for intérieur, nous arrivons au plat de résistance. Comme aperçu dans le trailer, la bataille au cœur de Hong-Kong tient ses promesses de gigantisme et de whathefeuk. Entre destruction massive et catch mexicain géant, on en prend plein les mirettes, dans un découpage très lisible, même si l‘on regrette le manque de plans larges pour aérer tout ça et donner un meilleur aperçu de l’échelle. On en aurait même bien repris une deuxième tournée, mais ce sera la seule longue scène d’action en environnement urbain.

Car voilà, même le spectacle de ses oppositions gargantuesques n’est pas irréprochable. Sans doute par économie, tout se passe de nuit, et le reste de l’action est situé en mer. Cela diminue à la fois l’impact destructif, et le gigantisme, puisqu’il n’y a rien à détruire, et plus de référents visuels autres que des cailloux et de l’eau. Le grand final paraitra alors un peu mou du genou, et plus très clair, dans le flou des abîmes… Bilan : on espérait tout de même davantage de destructions, et de générosité dans l’action (qui ne doit représenter qu’un quart du film au final).

Les fans de Del Toro vont assurément apprécier un blockbuster qui n’a pas perdu sa patte. Sa grosse papatte même, car le réalisateur ne s’assagit pas avec les années. On pourra donc trouver ses personnages et ses grosses blagues potaches parfaitement indigestes, et à deux doigts de faire sombrer le film dans l’oubliable. Pacific Rim aurait gagné à encore tailler dans le gras d’une histoire qui n’acquiert jamais la profondeur revendiquée pendant un (trop) long moment. Si le spectacle n’est pas aussi enthousiasmant que prévu, c’est que Michael Bay et Guillermo Del Toro ont au moins un point commun : ce sont tous les deux de gros bourrins, chacun à leur sauce.

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Rating: ★★★★★★☆☆☆☆ 

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