Le Congrès

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Après avoir marqué les esprits avec Valse avec Bachir le réalisateur israélien Ari Folman est de retour avec le mélange animé/live qui semble devenir sa marque de fabrique. Il troque cette fois le documentaire contre la science-fiction, mais n’en garde pas moins un pied dans le réel, en prenant comme terreau la carrière de l’actrice Robin Wright.

Le Congrès se présente comme une uchronie où l’interprète de Princesse Bride ne peut trouver d’échappatoire artistique qu’en la technologie permettant de la scanner pour lui faire éternellement incarner un idéal de jeunesse à l’écran, et ainsi effacer une carrière en disgrâce. Le film subit alors un développement animé qui, coincé entre théorisation et psychédélisme mal assumés, ne lui permettront malheureusement pas de transformer son intriguant et ambitieux programme.

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Paradoxalement, ce film marque le retour en grâce d’une actrice sur ses vieux jours (47 ans, pour Hollywood, c’est le troisième âge), tant Robin Wright multiplie les apparitions remarquées (Millenium, House of Cards, Perfect Mothers), après, il est vrai, une sacrée traversée du désert. C’est celle-ci qui est mise en abyme dans le Congrès, où elle incarne son propre rôle avec une belle audace, et un certain courage. L’actrice en prend plein la figure dans une première partie qui n’y va pas de main morte sur la stigmatisation de sa carrière mal négociée et de son statut de has been (ce dernier étant toutefois très exagéré). Le pacte de Faust qui est alors mis en place propose de lui « voler » numériquement son talent tout en régénérant l’actrice d’antan. Dernier contrat en apothéose, à la condition de ne plus jamais reprendre son métier.

La prédiction de la disparition de l’acteur est au cœur des débats depuis l’arrivée notamment de la performance capture (ironiquement, l’actrice s’y est adonné dans le Beowulf de Zemeckis). Le Congrès joue clairement sur cette peur (pour l’instant infondée puisque l’interprète est toujours au centre du process technologique), pour mieux retranscrire cette vision pessimiste. Cette entame est convaincante et permet d’entrevoir tout un éventail de possibilités. Mais le récit va cependant se trainer l’histoire du fils malade comme un boulet, ne lui permettant jamais de décoller dans les stratosphères entre réalité et imaginaire qu’il illustre sans vraiment convaincre.

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La « zone animée » se voudrait le prétexte d’un pessimisme onirique où les humains s’oublient dans l’incarnation de protagonistes fictionnels. L’intrigue devient cependant un sacrée foutoir. Entre illustration psychédélique et longs discours théoriques, elle se perd dans ses propres méandres, ne trouvant que la quête du fils pour raccrocher in extremis les wagons, sans pour autant offrir de véritable climax émotionnel. L’entreprise n’est pas sans rappeler les circonvolutions virtuelles d’un Avalon ou d’un Paprika. Si les maîtres japonais donnent aussi dans la complexité de prime abord hermétique, la logique interne de leurs films est implacable, et leur narration des modèles d’immersion théorique par l’esthétique. Le Congrès, encore plus que Valse avec Bachir qui souffrait parfois des mêmes maux, ne fonctionne dans sa partie animée que par visions, par fulgurances, au maximum sur une séquence entière. Ce qui ne suffit pas à la réussite d’un scénario plus ambitieux que ses moyens narratifs et visuels.

Clairement dépassé par toutes les thématiques mises en branle, Ari Folman enchaine les séquences presque en écriture automatique, là où le long prologue live était au contraire très terre-à-terre. Le contraste aurait pu fonctionner si la logique interne du film avait été plus forte. Mais le spectateur est aussi perdu que l’héroïne, qui, même enfin parvenue à une maîtrise de son libre arbitre, ne parvient pas à emporter son adhésion. Des personnages disparaissent, d’autres surgissent, de manière un peu poussive. Les ellipses sont gérées de manière trop abrupte. On sent un réel problème de rythme qui nuit au résultat global.

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Pourtant le Congrès ne cesse d’intriguer (il faut dire que le sortir en salles en plein été met d’autant plus en avant son côté OVNI). Dépassé par sa propre ambition, le film se suit avec une certaine distance, tout en ne provoquant jamais ni ennui ni lassitude. Vraiment une curiosité. Car si l’essai n’est pas transformé, on reste tout de même séduit par sa singularité, le mélange des genres, et par la belle performance d’une actrice à l’avenir plus prometteur que jamais.

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Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

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