The Impossible

En tant que premier film prenant comme sujet principal le tsunami de 2004, The Impossible se coltine une lourde charge réaliste, un fardeau illustré par le carton traditionnel. « Ceci est l’histoire vraie d’une famille d’occidentaux ayant vécu le tsunami de décembre 2004. » Avec emphase sur « histoire vraie », qui reste à l’écran, pesamment, quelques longues secondes. Heureusement, c’est une fausse piste. Juan Antonio Bayona arrive très vite à se séparer du boulet du fait réel. On ne se dit pas toutes les 5 minutes « c’est fort parce que c’est vrai ». Non, c’est fort parce que c’est du cinéma, du vrai.

La scène catastrophe du premier tiers du film est un véritable morceau de bravoure qui à lui seul vaut le déplacement. Pourtant le cinéaste espagnol ne perdra jamais de vue ses personnages, accroché à eux il délivre un récit à fleur de peau. Et c’est ce qui fera la différence, ce parti-pris intimiste jamais démenti. Se dégagent alors d’une intrigue qui se construit sur ces parcours chaotiques une pudeur et une véracité touchantes, empêchant toute emphase spectaculaire malvenue. Des plans de la vague meurtrière aux pérégrinations désespérées qui s’ensuivent, tout sera circonscrit aux membres de cette famille. Ce qui fera dire à quelques esprits chagrins qu’on oublie les thaïlandais dans l’histoire, alors qu’ils sont omniprésents, symbole d’une humanité bienveillante.

Bayona n’a pas besoin de montrer la vague sous tous les angles pendant 20 minutes pour impressionner. La qualité de sa mise en scène du point de vue des protagonistes suffit. La différence entre un film catastrophe pensé, et une croûte de Roland Emmerich. Le « wow » laisse vite place à la douleur. La reconstitution à l’humain. Et la catastrophe au pur survival.

C’est là que The Impossible devient un vrai film de genre. A peine 20 minutes de film et le cinéaste espagnol revient à ses premiers amours : l’horreur et le mélodrame mêlés. D’abord à travers le parcours d’une mère aimante et meurtrie, comme dans son premier long, le remarqué Orphelinat. Naomi Watts prend cher, Bayona n’hésite pas sur la barbaque, avec des gros plans et des scènes qu’on dirait tout droit sorties d’un slasher (notamment une à l’hôpital, bien sanglante). Il ne tombe pourtant jamais dans la complaisance, on reste au cœur de cette épreuve.

Le film est comme déstructuré, le récit ballotté comme les personnages, le but ultime étant de réaliser l’impossible : survivre, et se rassembler. Le scénario pourra paraître alors un peu faible à ceux qui n’adhèreront pas à ce parti-pris. Le survival est un genre à deux facettes : soit on s’amuse d’un jeu de massacre distancié de personnages dont on se moque (les slashers, en gros), soit on est du côté des protagonistes, et on souffre avec eux.

Le pari est audacieux, anti hollywoodien au possible. Il fonctionne aussi grâce à des acteurs sélectionnés pour leur extrême sensibilité. Watts et McGregor savent jouer sur le fil des émotions intenses, et l’étonnant

gamin Tom Holland est de la même trempe. Cette approche intimiste qui s’illustre toujours du particulier à l’ensemble, à l’universel, permet à Bayona de se jouer des pièges des bons sentiments. Ces derniers sont indissociables d’un récit pareil, dont le contexte ne permet aucun cynisme. Le cinéaste se lance dans une étude humaine et accueille alors le mélodrame les bras ouverts. Il évite les pièges larmoyants pendant les deux-tiers du film. Grâce à cette douleur physique et morale partagée avec le spectateur, des dialogues justes et des situations crédibles, l’équilibre est maintenu, la larme est naturelle. Malheureusement les violons sont poussés un peu trop fort sur la fin, lors d’une scène clé (d’une coïncidence qui nous oblige à nous remémorer la caution « histoire vraie » pour la croire).

Les moins tolérants au tire-larmes vont tiquer, mais que cela ne les empêche pas de découvrir un film qui a tout de même une tenue et une audace qui sortent de l’ordinaire.

 Les ultimes scènes sont là pour nous rappeler le talent à l’œuvre dans une mise en scène proche de l’abstraction. Avant de revenir vers l’humain, et de célébrer avec force et pudeur son incroyable volonté.

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Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

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