Looper

Rian Johnson. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant c’est celui de l’un des réalisateurs « les plus prometteurs de sa génération », comme on dit. Et ce depuis son remarqué premier essai, Brick, en 2006, un « teen film noir ». Remarqué par la presse et une poignée de cinéphiles, puisque le bonhomme n’a pas encore eu les honneurs du succès public. Son deuxième film, The Brothers Bloom, est passé tout aussi inaperçu malgré un casting 3 étoiles. Injustice, car la singularité de ce metteur en scène se conjugue en mode divertissement de luxe, ludique intelligent et accessible. Et de quelle génération fait donc partie Rian ? De celle qui recycle, de celle des fans, des geeks (au sens large d’aujourd’hui), des post-Tarantino. En accord avec une période qui ne semble plus savoir inventer, seulement recréer, imiter, refaire, copier, mais aussi sublimer, un passé vénéré. Il faut s’y faire, c’est l’air du temps qui se regarde dans le rétro. Et dans ce domaine comme dans tout autre, il y a des cancres (Hollywood nous en donne l’aperçu chaque mercredi), et des surdoués.

Rian Johnson n’a peut-être pas grand-chose à dire, mais il aime le cinéma : il aime la narration, ses genres, ses codes. Il connaît ses classiques. Et il a bon goût (ça aide). Il a conscience de la répétition dans la création (c’est même un dialogue du film !). Et ce qui le distingue d’un petit malin éphémère est qu’il n’a que faire des tours de passe-passe visuels. Il témoignait d’une belle assurance et d’un ton spécifique dès son premier essai, sans vouloir en mettre plein la vue. Porté sur le mélange des genres et la foi dans la manipulation du spectateur (l’arnaque en mise en abyme de son précédent film était une déclaration d’amour au cinéma) un sujet comme le voyage dans le temps ne pouvait que faire son (et notre) bonheur.

Brick (lourd…), Une Arnaque presque parfaite (plus générique tu meurs), Looper (« loupeur » ? vraiment ?), on ne peut pas dire que ce soit très

vendeur des titres pareils. Mais le vendeur, Rian Johnson n’en a pas grand-chose à faire, alors même qu’il officie dans le pur divertissement. Il veut juste faire ce qu’il veut. Et pour ça, règle d’or : ne pas s’encombrer d’un trop gros budget. 30 millions de dollars, pour un film d’action–SF. C’est le prix d’un film indépendant américain produit par un studio. « Madame monsieur ! Pour cette modique somme je vous offre : le Bruce Willis du siècle dernier, la star montante Joseph Gordon-Levitt, la craquante Emily Blunt, de la grosse pétoire et des paradoxes temporels, un paradis pour geeks bouffeurs de mangas et de jeux vidéo, et de pop corn ! » Ce mec doit sécher tous les financiers en 5 secs de pitch. Moins t’as de pognon plus t’es libre, célèbre maxime hollywoodienne. Looper ne va donc pas donner dans l’aseptisé récit futuriste pour teenagers, c’est l’anti Total Recall 2012 (bruit et vitesse sous vide, garanti 0% créatif).

Le point de départ du film tient du dispositif de magicien (un sujet que le réalisateur va sûrement traiter un jour). Un postulat fantaisiste, voir limite con, avec ses règles strictes, établies

dès les premières minutes. Sur lequel se brodent très vite des motifs de plus en plus complexes, et des circonvolutions qui nous embarquent très loin, vers des terres inattendues. Il serait criminel de révéler davantage que le pitch (la description de ce qu’est un Looper, et le bouclage de boucle). Car le charme discret mais prégnant du film est tout entier dans ce parcours surprenant, qui sait se jouer des références, des attentes, tout en prenant soin de garder ses personnages au cœur de l’intrigue.

Looper n’a pas la séduction facile. Le film part sur les chapeaux de roues et nous livre

pendant un moment ce que l’on attend de lui, des variations intelligentes sur le concept de paradoxe temporel. Puis à mi-chemin, virage à 180°C. Rupture de ton totale, l’histoire continue malgré tout, mais marque une pause avant de s’enrichir dans une direction que l’on n’avait pas soupçonnée. Avec un sujet pareil les potentiels étaient multiples, la liste des possibles est même explorée rapidement. Comme si le film faisait en direct son brainstorming, « Que vais-je développer ? Tant de routes s’offrent à moi… » Ce vertige méta textuel sera de courte durée. La rupture, qui indéniablement casse le rythme du film en son centre, en perdra plus d’un. Mais le risque est payant, puisque l’émotion et la cohérence seront au rendez-vous ; au moins pour les personnages, toujours au cœur de tout bon récit. Pour les voyages et les paradoxes temporels, comme c’est dit malicieusement par 2 fois dans le film, faut pas trop chercher, c’est à se griller le cerveau pour pas grand chose. Ou comment préférer la vraisemblance cinématographique à la scientifique.

Looper n’a pas la prétention de s’imposer en classique instantané du genre. Si le film n’est pas la claque abusivement attendue par les fans de SF, il s’impose comme une simple série B intelligente, qui développe un scénario original avec les risques que devrait prendre tout scénariste qui se soucie vraiment de divertir. Les références sont bien présentes et Looper ne se rangera peut-être pas directement à leurs côtés. Mais la voix de Rian Johnson lui donne tout son cachet, un côté un peu bancal, imparfait, lui conférant toute sa précieuse personnalité.

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Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

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1 Commentaire

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Mais putain c’est quoi ce bordel !!! Après le spin-of de Gareth Edwards, chercher l’intrus :
RECUP

J’en connnais un qui va se bouffer du star wars malgré lui ^^

ET aussi Duncan Jones récupéré pour word of warcraft…..

Comment by feilong74 on 13 mars 2015 16:31

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