Le Jour des corneilles

Le cinéma d’animation français, malgré un manque cruel de studios, est toujours actif. La production n’est pas énorme, cependant chaque année sortent une poignée de films qui rencontrent la plupart du temps leur public. L’inspiration était quelque peu retombée ces derniers temps, d’un Kérity infantilisant à un Chat du rabbin bavard et prétentieux (de vraies tortures ces séances), et

dans une moindre mesure le didactique Tableau du pourtant expérimenté Jean-François Laguionie. Des films verbeux, n’ayant confiance ni en l’image ni en l’intelligence du spectateur, aux scénarios rigides, bref, peu de cinéma malgré les qualités purement techniques.

Cette fin d’année 2012 nous propose plusieurs sorties animées hexagonales : d’un énième Kirikou (un peu lassé je ne m’y suis pas risqué) au premier essai de Patrice Leconte (quand j’ai appris que ça chantait dans le Magasin des suicides… no way), du Jour des corneilles, accueilli avec enthousiasme au dernier festival d’Annecy, au prometteur Ernest et Célestine.

En se rendant en salle pour ce Jour des corneilles, la peur de l’œuvre infantilisante et pédago-didactique était donc bien présente. La surprise n’en fût que plus appréciable. Enfin un film qui a bien digéré l’influence Ghibli, qui fait mieux que toutes ces copies carbones light japonaises, comme Origine ou Agartha. Car tout est là : l’animisme,

la nature sublimée, la prépondérance des éléments, l’élan de la jeunesse, les joies et tristesse de l’enfance, le regard lucide sur l’amour et la mort. Toutefois dans un style différent, avec une approche vraiment particulière, une French touch entre peinture et bande dessinée européenne.

Le récit initiatique à base d’enfant sauvage n’est pas nouveau. C’est le traitement de la mort, de l’onirisme, des esprits, pas très français dans le fond, qui surprend (le roman dont le film est adapté est québécois). L’histoire apparaît du coup originale, sans fards, juste. Malgré un cast vocal de choix (Jean Réno, jamais meilleur que quand on ne voit pas sa gueule… même chose pour Lorant Deutsch), le Jour des corneilles n’est pas trop bavard, et sait utiliser ses atouts techniques à bon escient. Etrange mélange entre ces beaux décors peints très détaillés et ces personnages de bande dessinée au style un peu rudimentaire, mais dont l’animation rappelle parfois le maître japonais (les énervements de Mme Ronce ont une parenté évidente avec les sorcières

d’Hayao).

Le Jour des corneilles manque parfois un peu de rythme, on a souvent du mal à « emballer » la mise en scène en France. Si l’on est impressionné par l’esthétique du film la réalisation, elle, reste assez sage. On cherche les morceaux de bravoure qui nous emporteraient vraiment. Jean-Christophe Dessaint l’a gardé pour la fin, avec ces fameuses corneilles, dont on se demande longtemps ce qu’elles viennent foutre dans le titre. Bien lui en a prit finalement, il parvient à nous émouvoir, sur le fil. Une belle maîtrise pour un premier film.

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Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

 

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