Camille redouble

Je ne l’ai pas vue dans beaucoup de films mais j’adore Noémie Lvovsky. Autant commencer ce petit article de cette manière afin d’y voir un peu plus clair. Car oui Camille Redouble m’a plu, bien que cela puisse paraitre étrange aux yeux des gens qui me connaissent un peu. Pire que ça, le film est parvenu à me déranger dans son point de vue sociétal alors qu’on ne peut lui retirer cette description réaliste d’une société qui ne croit plus en grand-chose.

Si l’on devait rapprocher Camille redouble d’un film culte, ce serait évidemment à Retour vers le futur que l’on penserait. Quasiment relecture sans effets spéciaux du film de Zemeckis dans ses thématiques, le métrage de Noémie Lvovsky  aborde la question des liens familiaux et du « et si » en partant d’un pitch gentiment S.F. Ici pas d’enrobage clinquant, pas d’iconisation d’une voiture classe mais qui ne s’est jamais vraiment vendue, pas de réalisation tape à l’œil, juste une production artistique au service de l’année 1985 avec walkman et collants fluos. On pourra d’ailleurs noter

que la mode masculine a beaucoup mieux vieilli que la mode féminine…

Mais dans son parti pris « zero effet special » – le seul effet sera dans le pré-générique décrivant la vie d’actrice de l’héroïne, un effet gory en forme de « vous verrez, le réalisme se trouve dans la suite du film » – le film de Noémie Lvovsky s’appuie sur ses dialogues ciselés et ses acteurs au diapason, parvenant incroyablement à faire oublier que des comédiens de 40 ans jouent leur homologue de 16 ans sans maquillage, déjà un tour de force.

Mais entre 1985 (pas l’année durant laquelle se passe le film mais l’année de la sortie de Retour vers le futur, vous suivez ?) et

2012 il y a un monde. Et Noémie Lvovsky n’y échappe pas. Ainsi ce sera sur un point essentiel  que les deux films s’éloignent, un point que l’on pourrait analyser de deux manières différentes. Là où dans le film de Zemeckis on remontait le temps pour améliorer son présent (ou son futur), chez Noémie Lvovsky on remonte le temps pour accepter la merde du présent sans rien y changer – en l’occurrence une bonne crise de la quarantaine sur fond de rupture – et continuer de jouir (ou à s’en donner l’illusion) dans son petit monde perso-personnel sans aucune responsabilité.

 

Deux façons de voir la chose donc : ou le climat Reaganien de 1985 incitait fortement à montrer le parfait modèle familial américain avec une pointe d’ironie et de subversion quand même (rappelez-vous que Marty est à deux doigts de se taper sa mère…) ou nous vivons juste une époque qui tend de plus en plus à  rapprocher un certain cynisme d’une réalité factuelle à coup de grande philosophie de comptoir, ici dispensée par un Jean-Pierre Leaud en bon clone de Doc Brown.

Dans tous les cas, votre serviteur va devoir re-pratiquer cette discipline autrefois mal vue qu’est le cynisme, juste histoire de rentrer dans le rang… Mais attention, j’étais Maitre en la matière…

Rating: ★★★★★★½☆☆☆ 

Derf

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