ParaNorman

Laika est un jeune studio fondé en 2005, spécialisé dans le stop motion, c’est-à-dire l’animation image par image de marionnettes. Pas de pâte à modeler ici (ou plasticine) comme chez les anglais d’Aardman, mais de bonnes vieilles « poupées », confectionnées avec une minutie perfectionniste, qui nous pousse désormais à les confondre

avec de la synthèse. Mais le côté artisanal, la sensation physique typique de ce genre d’animation qu’on pourrait qualifier d’old school devant le raz-de-marée CGI, sont encore bien présents. Comme a pu en témoigner le très réussi Coraline, leur première production sortie en 2009, dirigée par l’un des spécialistes du genre, Henry Selick (l’Etrange Noël de Mr Jack c’est lui, et pas l’autre).

ParaNorman, seulement leur deuxième long-métrage en 7 ans d’existence, ne payait pas de mine lors de sa promo. Sorti un peu en catimini en cette fin août, il vient pourtant sauver un catastrophique été ciné.

Avec ParaNorman, une bouffée de fraîcheur déferle enfin dans des salles obscures envahies depuis des semaines (des mois !) par une médiocrité étouffante.

L’été, saison du divertissement roi, est désormais la parfaite illustration de la pauvreté des produits qui nous sont servis à grand matraquage marketing, dans la sécurité du recyclage intensif des vieilles gloires d’antan. Bienvenue au musée de l’aseptisation. Où l’on ressort les mannequins de cire pour une dernière tournée pitoyable (ou comment le musée Grévin l’emporte sur un guilty pleasure nostalgique déjà has been). Poursuivons dans la galerie des supers, où les araignées mutantes n’en finissent plus d’emmerder les geeks (les reboots bientôt annuels ?), où un râle de Cotillard achève les trilogies « mythiques » de notre époque, dans un sérieux papal. Remakes à tous les étages, où l’on nettoie de leur subversion et de tout intérêt ludique les monuments des décennies précédentes, polishs modernes inutiles dignes de la récente rénovation du Ecce Homo (mais qui, à la longue, font moins rire que pleurer). Même les valeurs sûres, garantie d’une respiration estivale salvatrice, ne remplissent plus leur office (Pixar nouveau,

rebelle en carton).

Le film de Chris Butler et Sam Fell débarque dans cet environnement on ne peut plus morose, avec la simplicité d’une production Amblin que l’on aurait simplement transposé en animation. Comme une bulle hors du temps, ParaNorman sait jouer de notre fibre nostalgique, en assurant une caractérisation intimiste, dans un rythme loin de l’hystérie inutile des concurrents, qui dans leur précipitation perdent histoires et personnages en route. Le film n’exploite pas un passéisme marketing. Au contraire, à la manière d’un Monster House, ou même dans une moindre mesure d’un Super 8, il fait revivre la gloire passée avec les moyens d’aujourd’hui, loin de l’exposer comme un cadavre ambulant. Cette histoire de zombies au fond plus humains que les vivants reflète parfaitement la volonté d’hommage habité.

ParaNorman n’invente rien de follement nouveau donc, mais il chérit ses personnages et son récit comme ses références, ne plaçant jamais ces dernières au premier plan. Le scénario assez linéaire manque sans doute de rebondissements pour donner un peu plus de corps à l’intrigue, pourtant jamais l’ennui ne s’installe devant un spectacle généreux et visuellement somptueux.

D’une manière assez habile, ParaNorman se présente comme un film de zombies tous publics. Ses effets et son design ne manqueront pas d’effrayer gentiment les enfants, d’une peur nécessaire et distrayante, toujours contrebalancée par l’intelligence et l’accessibilité de l’histoire. Histoire jamais infantilisante, qui permet aux adultes de se laisser prendre au jeu au-delà du simple répertoire de références geeks. Si le film sait se montrer touchant, surtout dans son climax électrisant et intimiste à la fois, il emporte le morceau grâce à un design et une mise en scène inspirés. Même des yeux avertis, éprouvés par des années de visionnage animé, peuvent encore être émerveillés par une telle profusion de détails, la justesse et la cohérence de la direction artistique, et une animation qu’on croirait impossible sans assistance informatique.

ParaNorman supplante cette année à la fois Pixar (en fusion régressive avec la maison mère), et Aardman (sur

son propre terrain, peu inspiré par la flibuste). Pas mal pour un studio si jeune. On a du mal à croire que Burton pourra les égaler, sur le terrain du stop motion qu’il connaît pourtant bien, avec en fin d’année son Frankenweenie, un… remake d’un court de jeunesse.

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Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

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