Prometheus

Le retour de Ridley Scott à la mythique saga qu’il a si brillamment initié il y a 33 ans fût longtemps désiré. Dans un premier temps, pour un ultime Alien 5 qui reviendrai aux sources tout en continuant l’histoire d’une Ripley rebootée. C’était sans compter sur la nouvelle tendance du prequel, dont la généralisation s’est propagée après la prélogie de papy Lucas. La saga Alien n’étant plus très lucrative (à part quand elle était dénaturée dans des cross over infâmes), si sir Ridley, du haut de ses 75 ans, voulait retrouver la science-fiction qui lui avait tant réussi, il fallait qu’en revenant sur ses pas il lance une nouvelle franchise. Prometheus était né.

Attention : article quelque peu spoilerisant.

Alien est mort, vive Alien ? Est-ce là une véritable renaissance ? La promotion a beaucoup joué sur l’ambiguïté du lien entre les deux films. Après une première bande-annonce percutante, qui rendrait confiant et impatient le plus acharné gardien du temple du Space Jockey, le Prometheus atterrit enfin dans nos salles obscures. Et c’est ce même sentiment partagé qui dominera pendant toute la séance. Partagé comme ce film dont on interroge constamment l’utilité, entre l’héritage omniprésent et la volonté de nouveauté, entre le respect d’un univers et le sabordage d’un récit cadenassé, entre les doux échos d’hier et des promesses à moitié remplies.

Prometheus est un film décevant. A l’aune de l’attente pouvait-il en être autrement. A-t-on d’ailleurs déjà vu une totale réussite dans le domaine du « prequel » ? Autant le remake peut être une réinterprétation totale et personnelle d’une intrigue et d’un univers, autant le film des origines se doit de recoller des morceaux connus de tous, et donc est condamné à un respect forcé, et quelque peu mécanique. Ces récits à rebours se sentant trop redevables du lourd matériau original, ils se contentent souvent paresseusement de combler une intrigue à trous, tissant des liens un peu ténus entre chaque gros clin d’œil, chaque référence, chaque élément de liaison qui sont autant de parasites. A la fois milestones d’une histoire dans le confort de la redécouverte, et repères qui utilisés à trop forte dose empêche le nouveau récit de s’imposer par lui-même. Avec son scénario bicéphale, développé en partie par un des scénaristes de Lost – pas un modèle de rigueur quand il s’agit de clarifier les choses – le film souffle le chaud et le froid pendant 100 minutes. Prometheus n’est pas un Alien. Mais il en conserve son « ADN », s’amusait à scander mystérieusement le réalisateur dans une promo aussi cryptique qu’envahissante. Prometheus parviendrait-il seulement à être Prometheus, là était la vraie question. Et si l’ambition d’un véritable renouvellement est là, qu’on aime ou pas les pistes lancées, l’exécution pêche tellement qu’il est difficile d’être complètement convaincu du résultat.

Commençons par les motifs de satisfaction, car il y en a. La formule Alien à son degré le plus basique se résume à un survival spatial, genre qui n’est, malgré tous les rejetons engendrés, plus si courant de nos jours. Par conséquent le plaisir de suivre un nouvel équipage  vers des aventures funestes est un plaisir indéniable, surtout quand à la manœuvre, Ridley Scott qui nous a pourtant tant déçu, semble vraiment soucieux de bien faire. Durant ses premières séquences, l’ambiance, l’esthétique, la tension, sont bel et bien présents. Sans pour autant apporter quoi que ce soit de vraiment nouveau dans la forme, Prometheus est un bel objet, retrouvant l’attrait de cette science-fiction adulte, cette fascination pour l’inconnu, ce besoin de se faire peur, cette soif de découverte et de mystère. Comme un rituel, le réveil des protagonistes se fait dans la quiétude d’un espace encore pur… Avant que des éléments de narration et de caractérisation viennent saborder petit à petit l’adhésion initiale…

Avant toute considération de fond sur le développement du contexte d’Alien en une histoire métaphysique sur la création, Dieu, les IA, les armes de destruction massives et pourquoi on méritait de se faire face-hugger et chest-burster, Prometheus est un film qui pêche par une narration et une caractérisation trop aléatoires. La base. Les fondations d’un récit. Surtout quand il nous décrit une expédition aussi dramatique, et au but ultimement prétentieux de découvrir l’origine de l’humanité.  Premier faux-pas après une bonne demi-heure très prometteuse, la trop artificielle séparation du groupe, avec les deux zigotos qui se comportent comme des imbéciles. D’une part le géologue perdu alors qu’il venait de cartographier l’endroit avec sa super technologie un quart d’heure plus tôt, et de l’autre le biologiste super malin qui joue avec le premier signe de vie venu (surtout quand ça a la gueule d’un cobra, qui n’est bien sûr pas reconnu comme l’un des signes internationaux de « faut pas y mettre les doigts »). La mort méritée, par stupidité, ce n’est franchement pas la meilleure entame possible au gros jeu de massacre attendu, et longtemps soutenu par une tension à couper au scalpel. A partir de là s’installe un gros bordel narratif qui voit chaque personnage se foutre totalement des autres. L’intrigue court trop de lièvres à la fois et aucune des pistes ne satisfait réellement. Enfin, les personnages s’éteignent un à un à cause d’un traitement par-dessus la jambe, laissant les deux principaux, l’androïde David et la scientifique Elizabeth Shaw, efficacement campés malgré leur écriture vacillante, vaquer à leur occupations chacun de leur côté. C’est simple, ils n’ont pas l’air d’être dans le même film que les autres qui ont droit à un traitement de série TV : le petit ami infecté trop lisse pour toucher le spectateur; Charlize en figure autoritaire qui se déride dans une scène de cul hors champ (!) et grâce à l’arrivée inopinée de papa (!!) ; Idris Elba en Cap’tain rigolard qui n’en a rien à carrer jusqu’au moment où il vient nous résumer en 1 réplique le pourquoi du comment avant de se sacrifier (mais toujours sans sembler plus impliqué que ça…); le reste de l’équipage sert de déco. Pour ces personnages secondaires, sur le papier c’est digne d’un Alien vs Predator 3. Mais défendus par un casting luxueux, et enrobés d’une direction artistique impec, ils se sont dit que ça pourrait passer…

Le réel problème se situe dans le contraste entre cette écriture fragile et parfois absurde (la mort des personnages est souvent plus drôle que traumatisante, par exemple) et les ambitions d’un scénario qui ne cesse de tourner autour du pot, avant d’accélérer soudainement la cadence dans une dernière partie qui doit remplir le cahier des charges frissons/action. Avant de faire le film des origines d’Alien et de l’humanité (rien que ça), il faudrait penser à soigner les fondations de toute œuvre dramatique : crédibilité des personnages et de leur interaction/évolution. Les erreurs rattrapables dans une série de plusieurs saisons sont irréversibles ici. Dans la deuxième partie du film, on ne se raccroche plus qu’à l’engagement de Noomi Rapace et Michael Fassbender pour ne pas lâcher totalement l’affaire. Ils font passer des séquences impossibles (le pipeau stellaire, et l’auto-césarienne de Poulpy) et restent le fil rouge d’un film qui se délite séquence après séquence. L’intervention du vieux Weyland est la cerise pourrie sur le gros gâteau, l’arc de trop confirmant la boursouflure d’un récit à l’opposé de la pureté du film original.

Alien. L’omniprésence du film transpire par tous les pores de Prometheus. A tel point que d’un atout cet héritage devient un fardeau impossible à supporter. Quoiqu’en disent les instigateurs, le background est au premier plan, comme un inconscient impossible à réprimer. Le spectateur passe de l’excitation de retrouvailles décalées à la perplexité face à un film qui n’arrive pas à créer sa propre voie, à se détacher du modèle. L’emprise d’Alien est trop forte, Prometheus joue avec le feu, et y brûle ses propres cartouches. Nous sommes dans le rappel constant : de la structure du film (expédition qui tourne mal sur une planète inconnue), à l’horreur (créatures diverses et morts atroces), en passant par la caractérisation (androïde, femme forte). Avant de céder à la tentation de l’imitation dans la toute dernière séquence… Scène révélatrice, qui revient à l’essentiel, plus symbolique et instinctif que rationnel et explicatif. C’est cet étranger qui nous fascine, l’inconnu, la menace, et pas le pourquoi du comment métaphysico-religieux de sa (ou notre) création.

A chacun de voir si le développement sur les Space Jockeys, ces « ingénieurs » dont on partage l’ADN, seul véritable ajout de ce Prometheus, apporte une quelconque satisfaction. A part avec un prologue mythologique, et un long suspense qui n’aboutira qu’à une nouvelle quête de vérité, on ne peut pas dire qu’on fasse dans la finesse : ils veulent nous exterminer, mais sont dépassés par les armes qu’ils ont créé (et qui apparemment les fascinent autant que nous le sommes par les IA de nos créations les androïdes). L’ouverture finale en forme de confrontation directe chez ces « ingénieurs » promet encore un spectacle impossible à tenir, à moins de revenir à l’essentiel. Soit au symbolique, au tripal, à la peur, soit vers la théologie spatiale d’une toute nouvelle voie. Le mélange ne sied guère à un Prometheus qui a presque tout du faux départ. D’un côté son héritage est suffisamment fascinant pour que ces aventures spatiales supplantent n’importe quel blockbuster moyen actuel. De l’autre ses ambitions et ses personnages s’écrasent assez lamentablement dans le grand bain du tout ça pour ça. Prometheus est un film dont l’utilité même fait débat. Malgré toute la bonne volonté du fan qui veut y croire, on ne peut s’empêcher de penser que les producteurs hollywoodiens ont dompté l’anomalie de 1979. Par conséquent, au-delà de la réjouissance immédiate de l’horreur spatiale, si on n’entend pas le spectateur crier, c’est peut-être parce qu’il a un peu la nausée.

2501

Dans la mythologie Alien :

Rating: ★★★★★☆☆☆☆☆ 

Comme divertissement lambda :

Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

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8 Commentaires

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tu crois pas à la théorie de la coupe au niveau des persos ?

Comment by derf on 17 juin 2012 16:12


Non. Le film n’est pas très long, je ne crois pas aux coupes qui auraient beaucoup d’influence sur la caractérisation (peut-être sur la relation Elba-Theron, et encore…). Ils avaient encore de la marge pour le max de séances par jour.

Par contre on sait qu’il a été édulcoré pour ne pas avoir une interdiction aux moins de 17 ans…
La director’s cut, quand elle viendra (pas annoncée pour la sortie blu-ray), ne devrait concerner que ça.

Je crois surtout à la théorie du scénariste trop gourmand qui n’a pas su mener sa barque correctement. C’est typique de Damon Lindelof, un des scénaristes de Lost, et pas le meilleur.

Comment by 2501 on 17 juin 2012 16:33


prequel réussie : Indiana Jones et le temple maudit ;)

Comment by derf on 17 juin 2012 18:09


Hmmm… Ca se pose pas des masses comme une prequel comme on l’entend aujourd’hui non ? On peut même carrément ignorer que c’en est une sans que ça change quoi que ce soit.

J’avais oublié la Planète des singes de l’année dernière. Pas un grand film, mais du travail bien fait, avec des références subtilement dosées et une véritable nouvelle histoire qui tient la route. Mais c’est un peu l’exception qui confirme la régle, et je continue à penser que les prequels c’est un concept encore plus con que les remakes.

Comment by 2501 on 17 juin 2012 18:50


indiana c’était juste pour faire le taquin (enfin j’ai l’impression que ça justifie un aspect plus sombre, vu qu’on est censé savoir qu’il peut pas mourir…mais bon…)… à part la planète des singes effectivement je vois rien d’autre….

Comment by derf on 17 juin 2012 18:54


Bon ben j’avais tort :

http://www.ecranlarge.com/article-details-23136.php

Reste à voir ce qu’ils vont inclure (juste la tripaille ?) et ce qu’ils vont laisser en scènes coupées à part.
Il n’empêche, les géologue/biologiste du dimanche seront toujours aussi cons.

Comment by 2501 on 18 juin 2012 12:48


pour la survie du cinéma, intégrons-y le concept de DLC………..on va dire ça…

Comment by derf on 18 juin 2012 19:01


J’ai lu le résumé des scènes coupées. Apparemment ça ne sauve pas la film.

J’ai revu le film. Ca n’a fait que ressortir les défauts. -_-

J’ai vu le « Honest Trailer ». Et j’m'a bien marré. Ils ont tout juste ! ^^

Comment by 2501 on 8 octobre 2012 20:43

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