Haywire

Steven Soderbergh est devenu le Woody Allen du ciné indé branché. Véritable stakhanoviste qui peut tout se permettre, éclectique sur ses sujets et verni sur les castings les plus prestigieux, il tourne comme il respire mais souvent pour un résultat bancal, pas fini. Clairement talentueux, mais n’ayant pourtant jamais signé un véritable classique (qui ose encore revoir

Traffic ou Sexe mensonges et vidéo ? des films ayant terriblement vieilli), il est la contradiction incarnée, annonçant sa retraite mais tournant 2 films par an, passant de Ocean’s Eleven a des films quasi expérimentaux. Inconstant, volubile, ce petit surdoué très conscient de ses facilités semble surfer sur toutes ses lubies de manière désinvolte, enchainant les plus improbables projets. L’année dernière Contagion marquait un retour vers un sujet plus mainstream, pour un résultat choral dépressif une fois encore inabouti, d’abord intriguant, puis petit bras sur son développement. Il nous revient avec un film qu’on pourrait facilement qualifier de « Transporteur pour les bobos ». Soit un casting d’enfer au cœur duquel se débat une vraie combattante apprentie actrice, Gina Carano.

On retrouve là sa fascination pour une personnalité de la vie publique (championne reconnue de mixed martial arts), position qui l’avait déjà amené à réaliser The Girfriend Experience purement et simplement pour mettre en scène, à sa sauce arty défraichie, l’actrice porno Sasha Grey. On imagine la rencontre avec cette Gina Carano, jusque-là inconnue au bataillon cinéphile, poussant au projet improbable. La filmite compulsive sans limite de Steven donne alors naissance à ce Haywire, dont la bande-annonce sentait bon le détournement. Détournement d’un genre, détournement d’une non actrice, détournement d’un plan de carrière auquel semble sans cesse vouloir échapper Soderbergh, depuis sa palme d’or en 1989. Sauf qu’il se retrouve toujours engoncé dans ce style glacé et distancié, qui désincarne chacun de ses derniers films. Cela peut fonctionner un minimum sur la déshumanisation d’un Contagion ou d’un Girlfriend Experience, mais pas à chaque coup. Il est loin le temps de l’Anglais et de Hors d’atteinte, simples bobines de séries B intelligentes, aux personnages vivants et vibrants.

Devant Haywire, plus de doute possible, le cinéaste malgré lui s’en fout, il se contrecarre de ce qu’il raconte. Il s’amuse peut-être, mais sans nous, avec son incroyable distribution l’ambiance sur le plateau devait être autrement plus fun que ce qui nous est fadement servi ici. Quel gâchis, d’ailleurs, de négliger tous ces acteurs, de Michael Douglas à Fassbender, en passant par Ewan McGregor, pantins figés dans des archétypes le temps d’une ou deux scènes. Débitant des dialogues imbitables façon Jason Bourne 4 sous Lexomil, avec recyclage des grossiers filtres jaunes et bleus de Traffic. Le bonhomme semble si peu concerné que tout sonne faux dans ce film sans rythme. Les acteurs

qui n’ont rien à défendre, comme la musique funky hors de propos. Les scènes d’action surtout, colonne vertébrale de ce récit sans intérêt. Bonne surprise initiale, elles ne sont pas snobées, elles sont même assumées, à la fréquence de l’actioner moyen.

Carano est une sacrée castagneuse, aucun doute là-dessus. Symptôme du dilettantisme ambiant, un montage à la ramasse ruine des chorégraphies trop élaborées dans un contexte réaliste. Les affrontements en deviennent ridicules, comme désynchronisés, trop lents et déconstruits, décalés, gâchés. C’est simple, dès que ça s’énerve à l’écran on a l’impression de regarder des répétitions filmées.

Et c’est un peu ça le cinéma d’un Soderbergh arrivé trop vite aux sommets, voué trop tôt aux gémonies du 7ème Art (dès son premier film). Un artiste sans contraintes, trop conscient (de son talent, des artifices), qui répète sans cesse les mêmes schémas sur des films faussement différents, sans y croire. Comme pour nous prouver à chaque essai manqué, mais avec un style de premier de la classe, que trop de liberté tue la créativité.

Prochaine étape de cette odyssée de nonchalance prévue aussi pour cet été (on nous les vend par pack de 2, j’espère que le spectateur courageux aura une ristourne), Magic Mike, une histoire de… strip-teaseurs, starring Channing « GI Joe » Tatum. Là, on va s’en foutre aussi.

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Rating: ★★★★☆☆☆☆☆☆ 

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