L’AntisEmite

Il est fort probable que vous ne vous en soyez pas aperçu mais Dieudonné a sorti son premier film en tant que réalisateur le 21 mars dernier. Disponible sur son site en streaming ou en DVD, ce long métrage au budget dérisoire (mais c’est un peu comme la Shoah, ça n’excuse pas tout…) amené en partie par un producteur iranien se veut une réponse à toutes les accusations portées à l’encontre de son réalisateur depuis son fameux sketch sur un colon israélien juif extrémiste. On ne va pas ici refaire toute la pédagogie qui consisterait à expliquer que Dieudonné n’est pas le diable décrit par les médias depuis 8 ans mais bien se focaliser sur sa première réalisation qui montre malheureusement que tout en étant le plus gros vendeur de billets de spectacle vivant de France et sûrement le meilleur humoriste actuellement en activité, il est aussi l’auteur d’une belle grosse bousasse filmique qui pourrait pourtant bien obtenir son petit statut de film culte.

L’AntisEmite tente donc de nous raconter le tournage d’un film où Dieudonné incarne son « propre rôle », du moins celui que les médias lui ont construit, celui d’un antisémite fini habillé en officier nazi 24 sur 24. Sa femme l’implore de consulter un psy juif afin de guérir de cette maladie…Disons que ceci est le pitch écrit sur la jaquette, le film en lui même est plus…disons…complexe. En effet, on oscille en permanence entre les scènes de tournage du film et des scènes du film en lui-même…sans toujours vraiment comprendre la différence entre ces acteurs et le rôle qu’ils interprètent.

Plus généralement, L’AntisEmite a tout du film brouillon d’ado. Une progression dans la narration incompréhensible, un découpage sans queue ni tête, des acteurs qui n’en sont pas (hormis Dieudo et son fidèle assistant Jacky, les autres sont peut être acteurs mais il faut encore travailler…) et cette mise en abîme déjà mentionnée qui ne simplifie pas le travail d’intelligibilité d’un film à l’évidence plus fabriqué par rancœur que par passion, chose que je n’ai personnellement jamais ressentie dans ses spectacles.

 

Car venons en au fait. Finalement le film est-il drôle ? Pour les habitués de l’humoriste, terrain connu, trop connu même…L’ancien collègue d’Elie Semoun nous ressert tous ses gimmicks de scène, la spontanéité (et donc l’efficacité) en moins. Ses sketchs les plus fameux nous mettaient le plus souvent en présence d’une galerie de personnages caricaturés avec justesse par l’humoriste lui même. Il suffit de voir l’association des racistes anonymes ou le conseil de discipline pour s’en rendre compte. Mais transposer ce spectacle vivant au cinéma ne fonctionne absolument pas. Seul Dieudonné sur scène peut interpréter avec toute l’outrance qui le caractérise ces personnages taillés à la hache.

Comment alors trouver pertinente cette description du milieu du cinéma enchaînant les clichés avec la finesse d’un Teddy Riner ? Tous ces personnages, du réalisateur folasse finie en passant par l’actrice juive hystérique sont complètement ratés alors qu’ils auraient pu être drôles sur scène si interprétés par le réalisateur. Comme Dieudonné le dit lui même, un cliché a toujours au fond de lui une part de vérité. Le problème est qu’il nous l’assène ici avec un tel manque de talent et une telle grossièreté que l’on n’y croit plus du tout, pire le film fiche le malaise, pas ce malaise du « ventre toujours fécond d’où est sorti la bête immonde », non, juste ce malaise typique du pas drôle qui se veut drôle, bref du pathétique.

 

Un film qui aurait dû être fin, critique et surtout drôle et qui sera finalement plutôt à ranger à côté d’Ilsa louve des SS…Dieudo oublie le cinéma !

PS : à noter que la LICRA a porté plainte et demande à l’humoriste 13000€ d’amende ainsi que 1000€ par jour tant que le film n’est pas retiré…Eux au moins sont toujours drôles…

Rating: ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆ 

Derf

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