Chronicle

Le courant du found footage movie a été initié bien en amont de sa mode récente, par l’immense coup marketing Blair Witch Project (1999). Depuis quelques années son retour est patent, mais sporadique, car la sécheresse de son concept l’enferme dans des contraintes qui semblent empêcher tout renouvellement, mais aussi parce que le public s’habitue rapidement aux nouveaux régimes d’images. La valeur ajoutée crédibilité étant l’atout majeur de ce type de film. Or au-delà de la nouveauté, le spectateur a vite fait de s’habituer à un procédé qui tente pourtant désespérément de s’imposer en genre, alors qu’il n’est qu’une idée de petit malin sans possibilité d’évolution et donc sans avenir à long terme. Ou pas ?

Les films d’horreur se sont majoritairement emparés de cette caméra subjective omnipotente, qui leur permet une adhésion accrue du spectateur, tout en se révélant trop souvent un prétexte pour ne rien montrer (l’exemple typique de la saga du vide Paranormal activity). D’autres ont détourné ce système pour nous plonger dans des genres où le point de vue de l’infiniment petit face à l’infiniment grand engendrait une représentation inédite (Cloverfield). Le film de Matt Reeves est encore aujourd’hui, avec le huis-clos REC qui l’utilise de manière plus étouffante et littérale, l’illustration la plus intelligente de ce point de vue subjectif, car il a su subtilement magnifier ce faux amateurisme pour en faire une mise en scène de cinéma déguisée. Les plans sont ceux d’un caméraman lambda placé au cœur d’une situation exceptionnelle, mais les placements de caméra et la configuration des lieux et des évènements étaient toujours savamment orchestrés pour un grand spectacle qui savait engendrer l’habile alchimie entre grand spectacle et faux tournage-témoignage à l’arrache. Il y avait donc un peu d’espoir formel dans ce concept aride, mais il fallait être diablement habile pour en saisir le potentiel malgré tout limité.

Chronicle arrive au moment où le found footage movie, un peu à bout de souffle et à la limite de la ringardise (encore merci Paranormal Activity 15), ne semble plus en voie de renouveler l’exploit. Josh Trank se lance assez courageusement, car avec une ambition certaine, dans cette aventure de la forme minimale (rejoignant d’ailleurs le courant d’une forme épurée typique des années 2000), en mixant la chronique adolescente et le film de super-héros. Les étapes obligatoires répondent présentes dans un contexte au réalisme cru revendiqué, apportant une fraîcheur bienvenue au récit de superhéros. Caméra au poing sans cesse (trop) justifiée tout au long du film, nous suivons l’évolution de 3 stéréotypes ados américains, suffisamment bien caractérisés pour qu’on adhère à leurs bêtises et au revirement dramatique de la moitié du film.

Mais Trank franchit malheureusement la ligne rouge, à la seconde où sans explication une autre caméra prend le relais, cassant le point de vue et toute la cohérence du dispositif de mise en scène. Sous couvert d’audace ou d’idée de petit malin, ce revirement n’est en fait qu’une grossière facilité, détruisant toute logique interne au film, donc la vraisemblance et l’adhésion tant recherchées. Mais c’est encore pire par la suite, la copine blogueuse vidéo offrant un contre-champ se transformant en caméra de substitution une fois que la première n’est plus le vecteur principal de l’histoire. S’en suivent une farandole de variantes, entre caméras de surveillance multiples, et autres téléphones portables réquisitionnés par commodité. Le pire résidant dans le grand final multidiffusé, où le réalisateur n’arrivera qu’à pondre une suite de plans catastrophes flous et illisibles, ne produisant pas un climax digne de ce nom alors que toute une ville explose autour de protagonistes qui nous remakent le final d’Akira.

Pourtant, Chronicle amorçait plutôt bien la question de la mise en scène, en faisant du héros torturé un réalisateur superhéroïque (on nous montre bien qu’il contrôle facilement la caméra de manière télékinésique pour faire de zolis travellings). Seulement, l’évolution du personnage abandonne trop vite cette obsession d’autoreprésentation pourtant très actuelle, laissant la question en pilotage automatique, et le spectateur, c’est le cas de le dire, en plan. Dès lors, Chronicle ne vaut alors plus que pour ses influences assez bien digérées (Carrie, Akira) et sa première heure assez fun. Mais il échoue dans les grandes largeurs sur l’ambition d’une mise en scène transfigurée de cette satanée caméra subjective. On ne sait pas à quoi correspond ce montage final de sources disparates, et le concept devient du coup caduque et presque énervant, tant une réalisation classique matinée de séquences amateurs aurait été plus facile à maîtriser pour le jeune réalisateur, plus appropriée et efficace. Pas que l’inventivité visuelle soit hors de portée du found footage movie, mais c’est peut-être un peu trop demander pour un premier film amusant mais faussement malin, qui n’a pas su infuser assez de professionnalisme dans ce faux amateurisme.

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Rating: ★★★★★★☆☆☆☆ 

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