The Woman

En seulement trois réalisations, Lucky Mckee est devenu le cinéaste attitré des freaks d’aujourd’hui. Son premier essai, transformé avec talent, était le sombre May, sorti en 2004, et qui faisait éclore son égérie, Angela Bettis, parfaite en oubliée du monde aux penchants frankensteiniens. Mais le cinéma de Mckee n’est pas le plus accessible au monde , et même si sa reconnaissance critique est plutôt unanime, la mise en projet de ses films n’allait pas être des plus simples. Ainsi, après un The Woods charcuté en post-prod sorti en 2006 et un épisode de Masters of Horror sympathique où l’on retrouvait les obsessions du bonhomme, le réalisateur nous revient (enfin en ce qui concerne la France, quand il aura trouvé un distributeur…) avec le très brillant The Woman.

Jusqu’à maintenant, Mckee s’intéressait aux authentiques exclus au sein d’une société bien trop normative en faisant de ses personnages, au même titre qu’un Rob Zombie, de réels antihéros provoquant une empathie immédiate et un renversement des valeurs presque salvateur. Avec The Woman, le metteur en scène approfondit sa réflexion en allant, avec l’aide de ce personnage de femme sauvage purement « Mckeeien » (voire christique…), sur le terrain du freak intégré, le pervers fini mais haut placé et sur lequel la société finalement ferme les yeux…Evidemment toute ressemblance avec des faits divers qui nous sont contemporains est purement fortuite…

Toujours avec sa mise en scène léchée – éclairages feutrés, cadres très pensés – et un point de départ simple et efficace – un avocat père de famille respectable rencontre lors d’une partie de chasse une femme « sauvage » qu’il va se mettre en tête de civiliser – Mckee profite d’une troupe d’acteurs impeccables (on retrouve avec plaisir Angela Bettis en mère de famille soumise), distillant progressivement le trouble pour un crescendo parfaitement maitrisé et pose les bases de cette famille au cœur de l’american way of life déviante, quelque part entre les Camden de Sept à la maison (je sais je les cite souvent, c’est l’admiration…) et la famille de Leatherface.

Alors qu’un Todd Solondz, sur le même genre de thématique, amène un côté résolument pathétique (et donc drôle) à des personnages infréquentables et malades, Mckee, grâce à une narration parfaitement maitrisée, amène progressivement au rejet total par le spectateur d’un personnage qui peu à peu sombre dans l’acceptation morale de l’innommable, dans la normalisation d’un comportement de tortionnaire au sein d’une société qui finalement lui ressemble. Car c’est sur ce pitch simple et par analogie avec cette famille en apparence parfaite que Mckee amène finalement une réelle réflexion sur la construction même de l’Amérique, sa propension à se placer en détentrice de la vérité absolue, de la morale absolue, du Beau, du Bien, le tout souvent dans un paradoxal souci de justification, voire de décharge.

Mckee évite de tomber dans le pamphlet simplet contre le schéma de la famille classique (il suffit de voir le dernier plan du film pour s’en convaincre) afin d’élever sa réflexion et exploser les valeurs établies au moyen d’un cinéma de genre soigné et sévèrement burné, autant intellectuellement on l’a vu que plastiquement grâce aux maquillages réussis de Robert Kurtzman (le « K » de KNB).

Encore une fois, le cinéma de genre et plus particulièrement d’horreur semble le plus apte à traiter de questions sociétales, surtout quand il est fait avec autant de talent…Comme disait le Duc, ya plus qu’à trouver un distributeur…

Rating: ★★★★★★★★½☆ 

Derf

 

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Cinechange » Archive » The Woman

Rétrolien by purchase iphone glass on 11 février 2015 20:45

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