Strawberry Fields Forever ?

 

Le travail saisonnier est généralement perçu soit comme un job d’été pour des jeunes voulant gagner quelque argent de poche, soit comme un emploi d’appoint pour des travailleurs qui y trouvent un revenu supplémentaire. Par cette définition, un déficit d’images peut être noté car souvent associé à une grande pénibilité physique, un manque de stimulation intellectuel, une contrainte horaire et à une rémunération faible.

Or, rester sur ces considérations serait passé à côté de la richesse de ces types de travaux. En effet, en terme professionnel, le travail saisonnier est double et ambivalent. Il peut, d’un côté, se targuer de proposer une logique industrielle. La rémunération au rendement, la répétitivité du geste et la géographie des lignes de cultures fruitières, droites comme une chaîne de production, sont là pour la rappeler.

 

Néanmoins, une dimension aux limites du cosmique peut s’installer. Il existe, tout d’abord, une relation charnelle entre l’homme et le fruit. Elle est provoquée par le geste, où le contact physique entre le fruit et le cueilleur est primordial, et par la position de travail, au plus près du sol et du plant. Une sensation de retour au travail de la terre nourricière, ainsi, se crée. Enfin, en étant rémunéré au rendement, l’homme prend conscience de l’importance de la nature car il ne pourra pas vivre sans elle. Par cette réflexion sur la nature et la construction de sensations, chacun se retrouve à une place harmonieuse au sein d’un tout.

 

Mais le travail ne dicte pas toujours une volonté saisonnière. L’humain rentre, également, en jeu. Des personnes d’horizons divers et variés se retrouvent sur un même lieu. Des valeurs, des idées, des discours, des attitudes peuvent être, ainsi, échangés, partagés, discutés. Une communauté peut alors se créer. Le travail saisonnier devient un vecteur de lien social et de lutte contre les murs d’incompréhension.

Mais il ne faut pas y voir toujours un lieu idyllique. Des différences, des doutes, des ruptures, des affrontements peuvent avoir lieu. De petits groupes se forment et remettent en cause l’unité d’une communauté basée, parfois, sur une utopie collective. Elle se retrouve alors divisée.

 

Bien entendu, ces ambivalences ne doivent pas être convoquées de manière unilatérale. Elles se suivent, s’annulent, se confondent au cours d’une saison, d’une expérience, d’un parcours. Ce court-métrage documentaire se veut donc être une plongée dans ces paradoxes du travail saisonnier qui prouvent son identité plurielle. Il se part également d’une dimension autobiographique et nostalgique où mon parcours personnel m’a amené à être un travailleur saisonnier pendant de nombreuses années. Ce film peut être vu comme un témoignage de ma propre expérience et comme un hommage à toutes ces connaissances humaines qui font la richesse d’une société refusant le manichéisme.

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