Terra Nova

Depuis le 20 septembre c’est la rentrée télé aux USA, une période où des dizaines de nouvelles séries vont au casse-pipes, un embouteillage de shows avec mort au tournant inévitable pour une bonne portion. Car c’est le grand royaume de la concurrence des audiences, et chaque année de nombreuses séries n’auront même pas le droit à une première saison entière ! Grâce à mon Oncle d’Amérique (Burt, super sympa), je peux suivre quasiment en temps réel cette actualité surchargé et jouer au chercheur d’or. Mais comme au temps du Far West, et même si la production américaine est encore la meilleure au monde, il y a plus de mauvaise terre que de métal précieux. Certaines séries font l’évènement bien avant le mois de septembre, attendues comme des blockbusters ciné pendant des mois, voire des années.

Terra Nova est une série de SF mise en chantier début 2010. Prévue pour une diffusion au printemps 2011 elle a été retardée suite à des reshoots et un fignolage des SFX qui ont doublé le budget, annoncé au final à 20 millions de dollars rien que pour le pilote de 90 minutes. Produite par Steven Spielberg (et une quinzaine d’autres « executive producers » !), elle était attendue au tournant et s’impose, de force, comme un évènement. Seulement voilà, la saison dernière une autre prod Spielberg, aussi de la SF, Falling Skies, n’avait pas réussi à convaincre. Et il ne faut pas attendre de Terra Nova un show aussi riche qu’un Battlestar Galactica, la série étant diffusée sur la Fox.

La science-fiction à la télévision est donc rarement bien servie, surtout sur un network. Terra Nova commence pourtant pas trop mal, on remarque les moyens tout de suite, dès la présentation sur une Terre du 22ème siècle ruinée par la pollution. Même si la direction artistique manque cruellement de personnalité, piochant dans les grands classiques comme dans les jeux vidéo les plus génériques. Une fois arrivés en terre inconnue (au bout d’un p’tit quart d’heure), c’est bienvenue dans la jungle again, « you’re not in Kansas anymore » style (avec le même guide et tout…). Et là on se dit qu’on aurait mieux fait de partir avec Frédéric Lopez.

En lieu et place de l’émerveillement espéré c’est le gros ventre mou qui commence, à guetter les apparitions des dinosaures promis… Parce que le reste est juste tellement balisé qu’on s’en fout. Le récit familial, avec papa évadé de prison et les atermoiements des ados, endort, et les habitants de cette nouvelle terre sont des stéréotypes ambulants (militaires d’un côté, rebelles tatoués de l’autre). On passe alors au « jeu des 7 différences », typique de ce genre de SF de nouveau monde, mais celui-ci prend le principe au pied de la lettre. Pas grand-chose à se mettre sous la dent : insectes, jungle, tout est BIGGER. Voilà. Et les clichés aussi.

Du coup on se retourne vers le jeu des ressemblances. Et là y’en a bien plus que 7…
Quel intérêt de faire un mélange fadasse entre Jurassic Park et Avatar ? Ramener des brouzoufs vous me direz, mais vu comme c’est emballé c’est pas gagné. Qu’on ne fasse pas dans l’originalité d’accord. Mais qu’il y ait zéro prise de risque dans la totalité d’un pilote de 90 minutes… Dur à avaler en 2011, surtout dans un genre SF bien balisé, dont on espère plus que pour tout autre un poil de surprise. Donc oui, quoiqu’en dise la production, on est bien sur la Pandora du pauvre. Avec Stephen Lang en guide touristique, qui joue les gros bras comme chez Cameron. Le parallèle est presque comique.


Les dinos sont pas trop mal, mais sur la plupart des plans intégration et texture étaient plus réussis dans Jurassik Park (le premier, 1993). Les effets spéciaux sont globalement très inégaux. Quelques flous numériques par-ci par-là, mais globalement ça ne fait pas cheap. C’est déjà ça, on n’est pas un dimanche après-midi pluvieux devant M6, et c’est ce qui permet de rester devant ce gros gâteau américain, trop gras et trop sucré, mais si joli à première vue (ouais, trop fier de ma métaphore). Néanmoins on a quand même droit à la scène what the fuck sur fond bleu totalement ratée (le point de vue, après la randonnée), qui vaut bien la scène du bateau dans Ringer (une autre nouveauté, dont on peut se passer…). En 2011, on se demande comment c’est encore possible de sortir un truc aussi hideux (d’autant plus quand t’as la prétention de faire l’évènement, autant être un peu homogène dans le visuel, sinon ça la fout mal).

Enfin bref, ce n’est pas très folichon tout ça. J’ai tenu jusqu’au bout parce qu’il y a une ambition. Si ce n’est thématique, au moins spectaculaire. Mais elle se ratatine au fur et à mesure du déroulé de clichés. L’emballage est petit bras. La parenté spielbergienne fait mal car la réalisation fonctionnelle parvient rarement à donner du souffle à l’aventure. Les références trop lourdes donnent un côté prémâché au show. Les scènes d’action sont potables, mais desservies par leur manque d’originalité… Pas qu’on exige du génie de mise en scène mais, pour quelques poursuites réussies, paye ton siège nocturne final complètement raté avec montage illisible et caméra tremblotante. Faut pas refaire des scènes qui sont dans l’inconscient collectif de tout spectateur si on n’a pas les cojones pour livrer un truc au moins correct…

Enfin, et surtout, ce qui ruine Terra Nova c’est définitivement l’overdose de family bullshit qui enrobe le tout. Juste incroyable. C’est 7 à la maison chez les dinos (bon sauf que là c’est 5, mais, paraît-il, déjà un de trop). C’est écrit à la truelle, trop de pathos, dialogues débilos, c’est du show familial Panzer. Encore une fois, c’est l’exécution qui pêche, car si même Spielberg a connu le mauvais mélo et le sentimentalisme, il est aussi capable du meilleur sur des sujets universels comme l’enfance ou la famille.

C’est dommage car on sent l’envie d’en mettre plein la vue, mais Terra Nova essaie de ratisser tellement large qu’elle se perd dans le consensuel et le déjà vu. On voit vraiment que le scénario a été maintes fois réécrit pour aboutir à un résultat aussi lisse que possible. Si l’on ajoute que l’émotion ne perce jamais, il y a peu d’espoir pour que la série reste longtemps dans les mémoires. A moins d’être un public très peu exigeant qui aiment qu’on lui rabâche mal les mêmes choses, genre amateur de Transformers (autre prod Spielberg je le rappelle, il a l’air d’avoir besoin de sous le pauvre homme). Tout ce que réussi à faire ce Terra Nova, c’est donner envie de voir Avatar 2 (et pourtant je suis pas un fanatique du Cameron). A noter que seuls 9 millions de pélos étaient au rendez-vous pour ce pilote, ce qui n’est franchement pas un départ en fanfare… (vous vous rendez compte qu’avec 12 millions Joséphine ange gardien l’explose, je vous laisse calculer la proportionnelle par rapport au nombre d’habitants).

Je persisterai 1 ou 2 épisodes juste pour voir dans quelle direction ça va. Mais comme tous les rebondissements de ce pilote ça ne fait pas de mystère, y’a rien de nouveau sur cette terre.

Potentiel :

Rating: ★★★★★☆☆☆☆☆ 

A venir, si ce n’est d’autres articles sur une série en particulier, au moins un dossier sur les shows de cette rentrée, d’ici la mi-octobre. Histoire de prendre le pouls de la production 2011, et d’avoir un panel des belles heures de TV à venir.

2501

Tu la vois la 2ème saison toi ?

Hmmm… Nope.

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