Platane

 

Quand on parle d’Eric et Ramzy on se retrouve souvent perplexe. D’abord parce que leurs spectacles ainsi que la série H rendaient particulièrement honneur à leur sens incomparable de l’absurde (les meilleurs dans le genre avec les Robins des Bois…et les Monty Python pour remonter plus loin dans le temps) mais aussi parce que leurs tentatives d’incursions cinématographiques relevaient plus souvent du navrant que du génie (exceptions faites des surprenants Steak et Seul Two), la faute souvent à des producteurs un peu trop envahissants et imbus d’eux-mêmes (Thomas si tu nous lis…).

Alors que Ramzy s’éclipsa le temps d’une année pour participer à la première réalisation de sa femme Anne De Petrini Il reste du jambon (ceci n’est pas un billet d’humeur donc n’ayant pas vu le film, pas de mauvaise foi !), Eric Judor, la moitié que l’on soupçonnait la plus talentueuse du duo, en a profité pour écrire, réaliser et produire sa série Platane pour un résultat à la hauteur des teasers qui envahissaient les programmes de Canal Plus ces dernières semaines.

Platane c’est l’histoire d’Eric et Ramzy qui préparent la suite de H, HP. Problème : à quelques jours du début du tournage, Eric a un accident et reste un an dans le coma. Alors que Ramzy décroche tous les éloges suite à la série, Eric décide d’arrêter le comique pour faire un film sérieux, La Môme 2.0 Next Generation…

A la lecture du pitch le ton est donné et si la hype annoncée autour du projet avait de quoi faire un peu peur, on ne peut que saluer la qualité du bébé d’Eric Judor. En effet, sur un format de 12 fois 25 minutes, Eric signe une des meilleures séries humoristiques françaises si ce n’est la meilleure. Celle-ci pourrait se décrire ainsi : prenez un soupçon de frères Coen (The Big Lebowski en tête), ajoutez une larme d’Ed Wood et de méta-cinéma en général puis mixez bien le tout à la sauce absurde comme Eric sait si bien le faire et vous obtiendrez un résultat détonnant.

Si Eric Judor a un sens de la vanne qui n’est plus à démontrer, il l’intègre aussi ici à un comique de situation vraiment réussi pour des moments d’anthologie où son personnage subit une multitudes de situations inextricables qui, d’une manière un peu étrange, deviennent à la fois prévisibles à mesure que l’on se familiarise avec l’univers et pourtant toujours surprenantes (et surtout drôles) dans leur traitement.

Pour parfaire sa caricature du monde du cinéma, Eric a su convaincre une flopée de têtes connues, toutes venues sans complexe nous faire exploser leur autodérision au visage. De Monica Belluci à Clotilde Coureau, de Vincent Cassel à Guillaume Canet, tous acceptent la caricature d’eux-mêmes qu’ a faite Eric, une caricature d’une telle justesse qu’il n’était pas acquis que tous ces acteurs jouent le jeu.

Extrêmement bien écrite et interprétée, Platane se trouve en plus dotée d’une mise en scène plutôt soignée et monte en puissance dans ses situations au fil des épisodes pour se permettre des choses que l’on croyait réservées à l’humoriste dont on doit taire le nom dans un épisode 8 d’anthologie dans lequel, pour citer les Svinkels, Eric « défonce le showbiz au volant d’un Caterpillar », au propre comme au figuré ! Et en des temps où on nous shoanise dans tous les sens et au moindre prétexte (ceci sera une des rares allusions à la nouvelle guerre des boutons sur Cinechange), ça fait respirer !

Fine, drôle, intelligente, surprenante et quelque fois même poétique, Platane s’affranchi complètement des trop souvent régurgitées références américaines pour nous emmener dans son univers unique et s’impose comme le bol d’air frais de cette rentrée.

Rating: ★★★★★★★★½☆ 

Derf

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