Cars 2

Une fois n’est pas coutume, Cars 2 nous arrive précédé d’une réputation peu flatteuse. Le nouveau film de John Lasseter est en effet le premier Pixar à avoir été très mal accueilli par la presse. On a longtemps cru que le studio d’Emeryville était infaillible, multipliant les chefs-d’œuvre depuis une quinzaine d’années, les histoires originales, universelles et fédératrices, cultivant une diversité et une qualité d’exécution hors normes, qui montrent la voie à une concurrence incapable d’atteindre ce niveau de qualité. Il y avait bien des œuvres plus faibles – souvent cités 1001 pattes ou justement le premier Cars – mais jamais Pixar n’a fait dans la facilité et la surenchère. Jusqu’à cette suite aux véhicules rutilants, au rythme endiablé et à l’histoire… ras-de-bitume.

Le studio semble jouer pour la première sur le terrain de la concurrence, qu’on ne voyait pas Lasseter investir quand on considère la qualité des suites de Toy Story. Si Cars 2 n’est pas honteux non plus, on en sort avec la conviction qu’il n’a ni le parfum ni l’intelligence des œuvres précédentes, et que la motivation première était cette fois de vendre encore plus de pitites voitures à nos chères têtes blondes.

Cars fût l’un des films les plus rentables du studio, grâce à ses produits dérivés. Et l’un des plus apprécié des enfants (et des plus ignoré par les adultes). On ne peut donc pas en vouloir à un studio d’animation américain de jouer la carte de la rentabilité. Autant que l’automobile, leur cinéma est une industrie. Sauf que jusque-là, la qualité arrivait à se hisser au même niveau que le besoin commercial. Avec Cars 2, John Lasseter a passé la vitesse supérieure, mais comme une suite bien banale en fait : bigger, louder… dumber. Si le grand spectacle proposé se suit bien quand même, c’est grâce à l’intrigue d’espionnage bourrée ras-la-gueule d’action et de lieux divers, nous baladant aux quatre coins du monde entre courses et magouilles, à la façon d’un Speed Racer, avec deux nouveaux personnages d’espions assez réussis. On ne s’ennuie pas, grâce au rythme général, à une mise en scène nerveuse et au niveau technique du studio (bien que j’ai eu du mal à comprendre certains partis-pris esthétiques comme le photoréalisme de Londres qui fait tâche avec le design cartoon des voitures).

Pour le reste, ça coince. L’humour privilégie pour la première fois la quantité à la qualité, et se montre inhabituellement facile, jouant excessivement sur les différences culturelles. Le fond de l’intrigue avec sa morale sur l’amitié n’est que du Toy Story light, et ça ne passe pas : aucune émotion, pas d’intelligence dans le propos, on est même parfois plutôt embarrassé devant la pauvreté premier degré de dialogues un peu niais. On en vient alors à comparer le film à un vulgaire Dreamworks de la mauvaise époque. D’autant que promouvoir Martin la dépanneuse en héros neuneu est une fausse bonne idée. De plus le film est tellement bavard qu’il en devient saoulant, multipliant les péripéties jusqu’à rendre sa narration si fouillie que même les enfants risquent de finir par s’en lasser.


Pixar régresse pour le coup au niveau de sa concurrence. C’est sans aucun doute pour cela que le film a été si mal accueilli. Les autres studios en on tellement prit sur la tronche depuis des années, en comparaison de l’élève surdoué Pixar, qu’il est normal qu’il y ait retour de bâton quand celui-ci se laisse aller. Ou du moins qu’on essaie de rééquilibrer les choses. Si on revient sur la réussite récente de Kung Fu Panda 2, qui lui aussi surenchérit sur l’action avec une trame légère, on constate aisément que le Dreamworks est plus inventif visuellement, et que son scénario arrive à surmonter les clichés, ce que Cars 2 ne parvient jamais à réaliser. De plus, le genre comédie kung-fu permet cette modestie dans le fond et ces délires d’action, là où ici on attend un peu plus qu’un grand huit un peu crétin. Dans Cars 2 l’héroïsation de l’idiot du village échoue là où le décalage du panda simplet touche au but. Question de timing (2 heures, que c’est long pour si peu) et de transcendance des stéréotypes.

Le dernier Dreamworks est un divertissement simple mais euphorisant, là j’étais à la limite du mal de crâne. Cars 2 est un Pixar loin d’être mauvais (je me suis personnellement moins ennuyé que devant le premier), mais force est de constater que le spectacle est assez bourrin et au final un peu bête. La recette du divertissement idéal, avec sa double lecture, son humour malin et sa justesse d’émotion semble avoir disparu.

Cars 2 annonce peut-être une nouvelle ère chez Pixar, alors que ses réalisateurs phares ont déserté l’animation (Brad Bird sur Mission Impossible 4 et Andrew Stanton sur John Carter). Il ne faut pas faire un drame d’un seul faux-pas mais l’avenir du studio semble moins tourné vers l’inventivité d’antan, alors que d’autres suites se préparent (Monstres et Cie 2 en 2013). Il est dommage de s’engager dans un tel virage commercial alors que les réussites à la fois artistiques et commerciales du studio ne le nécessitaient pas. Peut-être la politique du toujours plus… qui viendrait à bout de la dernière usine à rêves d’Hollywood ? Un peu tôt pour le dire, mais pas pour s’en inquiéter.

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Rating: ★★★★★★☆☆☆☆ 

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