Hanna

L’été. Sale saison pour le cinéphile, qui guette toutefois, entre 2 blockbusters rafraîchissants (je parle de la clim), la surprise, la contre-programmation qui lui permettra de souffler un peu, voire de se réjouir pour autre chose que des explosions et des SFX. Hanna et sa gamine mi-Nikita mi-enfant sauvage fait figure de vilain petit canard au milieu des sorciers et des robots géants. A tel point que sa distribution se fait vraiment discrète… Joe Wright est un cinéaste singulier, ayant officié avec succès dans le mélodrame, en y injectant une mise en scène puissante et remarquée. S’en sortira t-il aussi bien avec le thriller ?

Si l’intrigue ne joue clairement pas dans l’originalité c’est son traitement qui est important ici. Joe Wright est du genre radical. Quand il montrait la guerre dans le mélo Reviens-moi (Atonment, conseillé même aux réfractaires du genre), c’était en un plan-séquence virtuose, autant dire qu’il n’est pas du genre flemmard avec une caméra. Quand il s’empare de ce qui apparaît sur le papier comme une gentille commande, il s’entoure directement d’une équipe qui laisse augurer du meilleur : Cate Blanchett, Eric Bana et les Chemical Brothers pour la bande-son, on sent déjà qu’on n’est pas partis pour une balade ordinaire.

Et en effet, dès son entame sauvage au cœur d’une forêt enneigée, Hanna semble revendiquer le besoin de ne pas faire comme les autres. On est intrigués, happés par une mise en scène au style affirmé, qui vire même parfois vers des élans d’expérimentations, notamment lors des scènes d’action. On retrouve Saoirse Ronan, l’ado décédée de Lovely Bones, et la miss se révèle crédible et touchante dans un rôle physique et exigeant. Malheureusement on ne peut pas en dire autant du reste… Car si le film charme un temps par son habillage élégant et incisif, on se rend vite compte que la virtuosité du réalisateur tourne un peu à vide…

L’ennui gagne assez rapidement le spectateur devant ce thriller finalement peu palpitant. Joe Wright, malgré son audace plastique, a bien du mal à jongler entre l’action et l’émotion, et à rendre tangible l’allégorie du conte. L’idée n’était pas mauvaise de doubler la lecture du film d’action avec les récits de Grimm, mais on fonce alors vers une imagerie d’une balourdise absolue (« dans la gueule du loup », il fallait le faire… ou pas). Le rôle de Cate Blanchett est trop unidimensionnel pour fonctionner, malgré tout le talent de l’actrice. Sa fin est risible et démontre que, hors plan-séquence compliqué lors de quelques combats (mais du coup pas assez impactants), le contenu de l’action n’est pas le fort du cinéaste.

On aimerait tant que la mise en scène soit plus nerveuse, on aimerait tant être vraiment aux côtés d’Hanna, mais tout est trop froid et figé dans une mise en scène certes inventive, mais peu homogène, qui semble anesthésier le récit plutôt que le nourrir. Les enjeux sont trop flous pour captiver au-delà de l’introduction musclée, les relations humaines de la jeune et jolie machine à tuer pas assez développées pour parvenir à toucher. La musique des Chemical Brothers est l’exemple typique de l’osmose impossible d’un film dont les parties sont plus séduisantes que le tout. Rarement une bande originale n’aura été autant à côté de la plaque, l’inverse du concert élecTRONique des Daft Punk.

Il faudra encore attendre pour découvrir la bonne surprise de l’été 2011. Si Hanna en avait le potentiel il ne réussit pas à transformer l’essai de ses bonnes intentions formelles. Le film vaut tout de même le coup d’œil pour cette audace un peu stérile mais pas si courante. Même si celle-ci se révèle globalement contre-productive, on est quand même 100 coudées au-dessus d’un Salt fadasse. Saoirse Ronan confirme sa percée singulière. Et Joe Wright ferait bien de gagner en humilité pour remettre son talent au service de ses histoires.

2501

Rating: ★★★★★½☆☆☆☆