Heavy Rain

Heavy Rain est la quatrième production du studio français Quantic Dreams du « très » humble » David Cage. Suivant les pas de son ainé Farenheit, Heavy Rain se pose en film interactif de luxe et sa sortie en 2010 a créé un buzz un poil chauvin et exagéré, avec passage de David Cage chez Denisot pour l’apposition du certificat de branchitude.

Le jeu propose de mener l’enquête sur un tueur en série qu’on appelle le tueur aux origamis. Dans une ambiance très inspirée de Seven et Saw, on dirige tour à tour 4 personnages principaux dans un gameplay essentiellement basé sur les QTE, ces actions contextuelles apparues pour la première fois officiellement dans Dragon’s Lair en arcade et rendues un peu plus célèbres grâce à Shenmue.

La première chose qui saute aux yeux avec Heavy Rain, c’est qu’il va nous faire penser à bon nombre d’autres œuvres videoludiques ou filmiques. Inspirations, hommages ou pompes éhontées, la frontière est ici toujours très mince. Si le générique est un « hommage » direct à celui de Panic Room de David Fincher, le reste du jeu se partage entre une volonté d’ambiance à la Seven et une narration, un découpage et une mise en scène beaucoup plus proche des suites de Saw dont il reprend nombre de clichés. Le twist final obligatoire, aussi surprenant qu’il puisse être, remet néanmoins en cause la cohérence de l’ensemble. En effet, même si l’impression de s’être fait arnaqué narrativement ne nuit pas trop à l’expérience de jeu – on pourrait même presque dire que c’est voulu tant le jeu invite à la rejouabilité avec ses nombreuses fins – on mesure l’ambition cinématographique relative du projet. Car ne nions pas l’évidence, si Heavy Rain était transposé en film, on serait plutôt dans du direct-to-video dans le style d’un Resurrection avec Christophe Lambert.

 

Lorsque l’on joue à Heavy Rain, et bien qu’il n’y ait que très peu de rapports entre les deux jeux, on pense immanquablement à Shenmue en termes de gameplay. Les QTE, sur lesquels Heavy Rain base 99% de son système de jeu, se divisent en deux catégories. D’abord les QTE plutôt passifs, complètement inutiles, ceux qui tentent tant bien que mal de légitimer l’appellation jeu video, qui ne laissent que très peu de choix et qui auraient pu tout aussi bien être des cinématiques. Ensuite les QTE d’action, copiés-collés des QTE de Shenmue style poursuite à pied, en voiture etc…Le principe, s’il reste très efficace en terme de sensations, n’a vraiment rien de révolutionnaire. Le 1% du gameplay restant étant juste la possibilité de diriger son personnage avec une lourdeur insupportable, dérivée elle aussi de la jouabilité d’un Shenmue, ce qui n’était pas pour le coup la meilleure des inspirations à choisir.

L’autre point « révolutionnaire » sur lequel avait insisté le « révolutionnaire » David Cage à propos de son jeu « révolutionnaire » était l’implication émotionnelle totale du joueur par le biais de « choix moraux » influençant le déroulement de l’histoire. Ces choix qui n’en sont pas vraiment et qui se résument, du moins au cours de la première partie, à « ah mince en faisant ça, ça faisait ça ? bon ben elle est morte, tant pis… ! » ne sont en outre pas si nombreux que ça, peut-être cinq ou six sur une enquête d’une dizaine d’heures, le reste n’étant qu’illusion de liberté de choix sans trop de conséquences.

Pourtant malgré tous ses défauts (qui sont exacerbés par l’attitude prétentieuse au possible de son créateur dans les médias vous l’aurez sans doute compris…), Heavy Rain laisse le sentiment d’une œuvre videoludique tout à fait nouvelle et plaisante. Grâce au soin indéniable apporté aux graphismes, on se retrouve devant les personnages les plus réalistes jamais créés dans un jeu video (peut être en attendant LA Noire), laissant paraître des émotions encore inédites sur ce support. Si le résultat est plus inégal au niveau des décors, l’ambiance générale est tout de même bien retranscrite et le jeu aura eu le mérite de montrer à la masse que le jeu video réellement adulte existe bel et bien (même s’il existe depuis 20 ans mais bon…passons).

Veritable patchwork d’influences restreintes plus que la révolution qu’on a voulu nous vendre, Heavy Rain se vit comme une successions de déjà-vus et laisse pourtant une impression générale d’inédit. En cela, il est un jeu à faire.

 

Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

Derf

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Cinechange » Archive » Heavy Rain

Rétrolien by 犬用食事療法食 犬用 心臓サポート 2 ドライ on 30 novembre 2014 6:03

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