Scream 4

Scream est la série qui a relancé le slasher, et plus largement le film d’horreur, auprès du grand public dans le milieu des années 90, à une période où il était vraiment déclinant. La conscience du genre dont faisait preuve le premier film était sa principale singularité, mais pas sa seule qualité. Quinze ans après, le film fonctionne toujours, son ironie constante mêlée à un réel amour du genre est un cocktail malin et détonant qui n’a pas pris une ride. Les suites, par définition (intra diégétique ^^), se sont révélées d’un intérêt décroissant, la provisoire trilogie finissant même avec un piètre épisode par se prendre les pieds dans le tapis de la mise en abyme. Un Scream 4 onze ans après apparaît comme un revival incongru, mais le vampire hollywoodien n’est pas à une absurdité près pour se garantir de l’argent facile.

Malgré tout, toute l’équipe de survivants est de retour. Les 3 acteurs principaux qui n’ont pas vraiment brillé ailleurs depuis (du moins sur grand écran), le scénariste Kevin Williamson (mais viré en cours d’écriture comme à la belle époque !), et même ce vieux briscard de Wes Craven, producteur cynique en vogue de remakes mais réalisateur déchu depuis des années. Depuis sa fameuse saga en fait. Y aurait-il davantage d’enjeux que prévu ?

Le whodunit ou slasher à la Dix petits nègres est largement passé de mode. La dernière décennie a vu germer et surtout se répandre à foison les torture porn à la Saw et Hostel, et les « horreur-réalité » à la REC, qui se donnent rarement la peine de créer de réels personnages. Les premiers sont tombés comme leurs aînés Freddy Jason & co dans la litanie des suites inutiles. Le deuxième mouvement s’étouffe déjà passée la surprise du procédé de la caméra subjective, difficile à renouveler et lassant rapidement un public qui s’accommode de plus en plus rapidement des nouveaux régimes d’images et de communication, à l’ère du mobile et des réseaux sociaux, de la notoriété pré-digérée et du buzz pour le buzz. La génération du beaucoup de bruit pour rien, du mouvement constant mais pour quoi ? Pour tenter d’exister dans un vaste néant où l’information circule avant toute réflexion. Tous ces sujets sont dans Scream 4. Le film se nourrit intelligemment des 10 ans passés pour cerner une nouvelle génération et une nouvelle manière de voir l’horreur, tout en restant dans son vieux moule de slasher efficace.

Intelligent. Restons réalistes. Disons malin. Ce qui n’est déjà pas si mal pour un 4ème opus. Les instigateurs s’amusent autant avec le genre qu’ils le faisaient dans le film original. C’est la première bonne nouvelle. L’irruption de la méta-lecture est quasiment constante, au point de rendre le film plus fun qu’effrayant. Oui, on n’a pas peur devant Scream 4, qui contient pourtant son lot de jump scares et de meurtres, même plus sanglants que dans les 90’s, mais trop entourés de second degré et de complicité moqueuse avec le spectateur pour que l’on soit vraiment dans l’angoisse pure. C’est presque un Scary Movie (titre de tournage de Scream, au passage) réussi. Où la parodie ne serait pas dans le décalque débile plan par plan mais dans le décalage constant, dans le jeu de miroirs et de poupées russes du récit de retour à Woodsboro, sur un mode de remake en folie avec la nouvelle génération d’étudiants.

L’ouverture de Scream 4 est digne des meilleurs moments de la série, une réjouissante compilation gigogne de films dans le film pour nous remettre dans le bain sanglant mais avant tout marrant d’une franchise qui tue le genre tout en le célébrant. C’est cet équilibre qui demeure prenant, permettant de divertir en n’ayant pas l’impression de revoir la même sempiternelle structure de massacres (alors qu’en fait, dans le fond, si). Il y a sans doute trop de personnages dans Scream 4, cela nuit au corps du film un peu flottant, où l’enquête semble absente entre deux scènes de tuerie. L’ancienne génération fait plaisir à voir (m’enfin, Courteney et sa botox face, moins…), mais ils n’ont pas beaucoup de temps pour exister. C’en est presque charmant tellement ils errent, fantômes du passé. Ca pose un peu plus problème avec les newbies qui, en dehors d’une Hayden Panettiere montrant un certain caractère, ont du mal à s’imposer (la palme à la nièce de Julia Roberts, peu crédible). Néanmoins on esquisse plus d’un sourire devant la folie qui s’est emparé d’un directeur de casting ayant embauché toute la jeune garde féminine des séries actuelles (de Community à Friday Night Lights c’est festival de chair fraîche à reconnaitre, parfois au détour d’une seule scène). D’ailleurs les plus douées, Anna Paquin et Kristen Bell, ne font qu’une apparition, mais quelle apparition…

Bref, si l’écriture du film a visé juste dans la stigmatisation des récentes dérives horrifiques et sociétales, il lui manque toutefois une certaine rigueur pour vraiment tenir la route sur la longueur. L’épilogue est clairement trop étiré et manque de cojones pour relancer efficacement la série. Le commentaire méta est omniprésent (même dans les dialogues ! « Is this not meta enough ? »), mais tellement poussé à l’extrême que le film n’arrivera pas à renouveler ses bases. On est sûrs de retrouver les éternels survivants dans le 5, mais ils n’auront cette fois pas dix ans de matière pour rebondir de manière aussi heureuse…

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Rating: ★★★★★★½☆☆☆ 

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