Xenogears

A l’heure où le jeu video se démocratise à vitesse grand V et d’une manière plutôt débilitante, un petit coup d’œil dans le retro ne fait pas de mal, surtout quand il s’agit d’un RPG de 1998 considéré encore aujourd’hui comme le jeu au scénario le plus aboutit et le plus riche par une grande majorité d’adeptes du genre. Pour la petite histoire personnelle, ça doit maintenant bien faire 10 ans que j’entend parler du mythique Xenogears. D’abord par messieurs feilong et 2501 puis via internet où le jeu se construit sa réputation depuis sa sortie. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la presse spécialisée de l’époque était complètement passée à côté du soft, ne jurant à l’époque que par  le chef d’œuvre Final Fantasy VII et trépignant d’impatience en attendant Final Fantasy VIII (ce qui posera problème pour Xenogears mais on y reviendra). Il fallait donc absolument que je me fasse mon propre avis sur cette pierre angulaire du jeu video.

 

Il est très difficile de décrire de manière exhaustive l’histoire de Xenogears tant son scénario est complexe. C’est d’ailleurs un des points (avec l’aspect graphique) qui fait se manifester les détracteurs du jeu. De « trop compliqué » à « trop de scénario tue le scénario » en passant par « j’ai rien compris donc c’est nul », voilà le genre de phrases que l’on peut lire sur différents forums. Soyons clair tout de suite, je ne prétendrai pas avoir tout compris de l’histoire de Xenogears ! D’ailleurs les fans hardcore du jeu semblent avoir fini le jeu plusieurs fois, pour quelques uns avec le scénario traduit en français à leurs côtés. Mais même en ayant l’impression de passer à côté de quelques tenants et aboutissants narratifs, on ne peut que constater que la trentaine de personnages intervenant dans le jeu ont tous, sans exception, un backround très travaillé ET intéressant. D’une manière plus générale, Xenogears propose une vision métaphorique du monde dans lequel on vit qui n’a peut-être jamais été traitée avec autant de sérieux dans un jeu video.

 

 

Le jeu aborde sans concessions trois thèmes centraux. D’abord la politique via la conquête du pouvoir et le control de la population en traitant des castes, des manipulés et des manipulateurs, les « haves » et les « have nots » selon les propres termes utilisés dans le jeu. En second point l’eschatologie ou l’étude du fait religieux et du divin, peut-être le thème le plus développé et qui lui vaudra une petite censure aux USA, n’hésitant pas à montrer l’Eglise (dont le nom sera changé en Ethos par rapport à la version japonaise) comme une institution manipulée par une oligarchie dangereuse afin de fournir de la matière humaine nécessaire à la régénération du pouvoir ultime, Dieu. Plus généralement, le jeu aborde notre rapport à Dieu de manière frontale en évitant toute forme de manichéisme. Enfin la psychanalyse, souvent présente dans les RPG de Square – on se souviendra notamment de Final Fantasy VII –  introduite via l‘histoire du héros de l’histoire, Fei, véritable prophète à travers les âges, atteint d’une schizophrénie qui ferait passer l’histoire Cloud/Sephiroth pour Double Detente avec Van Damme, décrite sans détour avec un vocabulaire ouvertement freudien (le « ça »). Trois thèmes qui méritent une connaissance approfondie pour profiter pleinement de ce Xenogears qui, en plus, n’hésite pas à multiplier les termes références ou clins d’œil au niveau des lieux et noms des personnages.

Bien que très complexe, l’histoire de Xenogears est racontée, sur une soixantaine d’heures,  avec une telle intelligence et une mise en scène tellement soignée qu’il est impossible de voir arriver les retournements de situation très nombreux et laissant bien souvent sans voix. Il arrive des moments dans le jeu où on ne sait plus trop qui croire, ayant passé près d’une vingtaine d’heures à se méfier d’un personnage central sans voir qu’un autre allait nous la faire à l’envers ! Bien que très dirigiste, le jeu enchaîne les coups de théâtre au rythme de la musique enchanteresse de Mitsuda, déjà responsable des OST de Chrono Trigger et Chrono Cross

 

 

La forme du jeu en lui même est par contre plus classique et critiquable que son fond. Xenogears est un RPG classique avec un système de combat aléatoire au tour par tour. D’un point de vue graphique il n’est pas si classique que ça et a pourtant été assez critiqué. Les développeurs ont en effet choisi la full 3D avec personnages en 2D à l’heure où les RPG à la mode optaient pour l’inverse. Habitués aux décors 2D fourmillants de détails, on pourra trouver Xenogears laid alors qu’objectivement, il propose une 3D temps réelle très détaillée pour son époque et aux vues des capacités de la première playstation. D’autre part, les personnages en 2D peuvent sembler pixelisés et pour autant ils possèdent ainsi un cachet incroyable, se mariant impeccablement avec les cinématiques style manga où personnages animés côtoient images de synthèse.

 

 

D’un point de vue gameplay, le système de combat n’est pas vraiment le point fort du jeu. Faisant croire à une vraie variété avec son double système, à pied ou en Gear (le nom des gros robots du jeu), Xenogears place en fait le joueur dans une réelle passivité. Seuls certains combats contre des boss peuvent poser problème, problèmes qui seront résolus en achetant de meilleurs armes pour les Gears et/ou en apprenant les combos de ses personnages, un système d’ailleurs agréable dans son côté référentiel aux jeux de bastons de l’époque (nous étions alors en plein âge d’or du versus fighting) mais qui est loin de la richesse des possibilités offertes par le système de matérias du magnifique Final Fantasy VII ou des systèmes de jobs des Final Fantasy antérieurs. Une bizarrerie est aussi à noter dans les déplacements puisque les développeurs introduisent le saut, chose rare dans les RPG de l ‘époque. On ne peut pas vraiment dire que ce soit une réussite puisque le moteur du jeu permet difficilement d’apprécier les distances et il devient compliqué de gérer les (heureusement) rares phases de plateforme.

 

 

Mais le plus gros défaut de Xenogears ne vient pas de sa réalisation ou de son gameplay mais bien de ses ambitions démesurées mixées à des velléités bien trop mercantiles de la part de Square. Prévu en 6 parties, Xenogears n’était que le premier épisode (le 5e en vérité !) d’une saga gigantesque pratiquement tuée dans l’œuf. En effet, alors que le développement du premier disque était achevé (Xenogears tiendra au final sur 2 CD), les équipes en charge du jeu ont eu une mauvaise surprise. « Bon les gars c’est pas tout ça mais vous avez déjà explosé le budget sur le CD 1 et nous on a Final Fantasy VIII sur le feu et je vous cache pas que Final Fantasy VIII contrairement à votre Xenomachin là et ben ça va se vendre. Donc on fait fissa sur le CD 2 et on sort ça vite fait ! ». C’est comme ça que l’on se retrouve avec un CD 2 ressemblant plus à un livre (même pas trop) interactif qu’à un véritable jeu et où l’on devine que plusieurs séquences racontées en écrans fixes auraient dû faire l’objet de véritables séquences de jeu avec donjons etc. C’est comme ça qu’on passe d’un chef d’œuvre amputé à,  quelques mois plus tard, une espèce de mixe improbable entre un épisode de Dawson et un 2001 l’odyssée de l’Espace du pauvre pour ce que l’on appellera Final Fantasy VIII…A ce titre, Xenogears mérite amplement le titre du jeu dont un remake serait le plus légitime. En allant même plus loin que le simple cas de Xenogears, on se rend compte que le réalisateur du jeu, mécontent de ce qui lui est arrivé chez Square démissionna et créa sa propre boite, Monolith. On pensait alors les autres episodes de la saga sur de bons rails. Sortiront alors les Xenosaga sur Playstation 2. Cependant les droits de Xenogears étaient restés chez Square. Les episodes de Xenosaga qui devaient donc être des prequels à Xenogears, comme le prévoyait le scénario original, furent donc transformés en des sortes de spin-off, ne gardant qu’un rapport très lointain avec les évènements et personnages de Xenogears.

 

Par son univers ultra complexe et ses nombreuses allégories au monde réel, ses personnages tous très travaillés, sa musique inoubliable, Xenogears marque aussi par sa faculté à faire réfléchir le joueur sur le monde qui l’entoure tout en l’ouvrant à des émotions rares dans l’univers du jeu video. Il réside sans peine aux côtés des chef d’œuvre du genre que sont Final fantasy VI, Final Fantasy VII et autres Chrono Trigger qu’il faut absolument avoir fait une fois…même plus de 10 ans après leur sortie!

 

Rating: ★★★★★★★★★☆ 

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Derf

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6 Commentaires

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Petite aparté sur le rétrogaming.
J’ai terminé ma revisite de la trilogie FF de la PS1 ce week end.
Et à ma grande surprise, le neuvième épisode est celui qui a le moins vieillit et qui est ressorti grandi : Univers et un scénario cohérent, un vrai gameplay, un vrai boss de fin, une vrai thématique, de vrais gameovers…. Bref, le 8 a été le plus difficile à terminer et le 7 reste en haut du podium malgré tout…

En route pour la génération PS2, avec Persona 4 golden pour commencer et FFX ensuite.
Ma Vita n’a pas fini de m’occuper ;)

Comment by feilong74 on 13 avril 2015 12:07


j’avais voulu commenter sur the order mais ça marchait pas à l’époque…

Bref moi je crois que j’ai un souci : je suis à 20h de FFX-2 et j’aime ça….

J’ai fini le X : bons persos, bonne histoire, bon systeme de combat bien basé sur les élémentaires…..mais bon gros couloir de 60h aussi….

Comment by derf on 14 avril 2015 17:42


Ah ah, FFX-2, encore un truc que tous les haters n’avaient pas joué. Un peu comme pour la série Spartacus.

J’avais trouvé ça pas trop mal. Bien mieux que tous les FF13 réunis en tous cas…

(maintenant on te fait un FF15 avec un boys band et personne ne bronche ^^ sont bizarres les gens)

Comment by 2501 on 14 avril 2015 18:02


ah ben si ça bronche quand même ! et pas que sur l’aspect boys band !

Comment by derf on 14 avril 2015 18:11


bon faut quand même dire pour le X-2 que quand t’enchaines directement après le X, le choc de l’intro est très violent ! Après le choc de l’intro et la boucle musicale insupportable de 3 notes dans l’airship, j’ai vraiment failli arrêter….et puis l’histoire aidant, ainsi que le systeme de jobs + combos, j’ai continué…

Comment by derf on 14 avril 2015 18:40


Le systèmes de Jobs est excellent sur le X-2.
Et devine à quoi j’ai effectué mon retour sur la Génération PS2 ? Qui me défoule bien mieux que les RPG au boulot entre midi et deux ?
KRATOS !!! et je sais pas pourquoi, mais sur Vita, je prend mon pied !

Comment by feilong74 on 15 avril 2015 12:02

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