Rango

Gore Verbinski est un cinéaste au moins aussi étrange que son patronyme. Habile faiseur qui n’a pourtant jamais cassé la baraque, artistiquement parlant, il lâche ses pirates des Caraïbes, mais pas son Johnny Depp fétiche, pour s’adonner un temps aux joies de l’animation 3D. Médium qui semble de plus en plus conquérir les réalisateurs traditionnels, du George Miller de Mad Max (Happy Feet) à Zack Snyder (le Royaume de Ga’Hoole) en attendant Spielberg et Jackson (Tintin). Contrairement au récent essai avec des chouettes de l’adaptateur de Watchmen, lourdement conventionnel, ce Rango est plutôt une bonne surprise. Mais comme souvent chez Gore, il y a des bémols un peu rabat-joies…

Rango est une énième histoire tous publics avec des animaux anthropomorphiques. Youpi. Si l’animation 3D permet des prouesses visuelles toujours plus impressionnantes, elle a souvent l’air de castrer nos amis scénaristes. Malgré tout, le visuel du film est appuyé dès ses premiers instants par un ton différent. La présentation de ce caméléon en quête d’identité prend en effet son temps, grâce à une véritable mise en scène, et cette entame entre le one man show référencé (le protéiforme Depp à tous les étages) et le rollercoaster (le vivarium violemment échoué en plein désert) se montre sacrément efficace. Les classiques questions existentielles de cet anti-héros par excellence sont habilement servis par de vrais cadres (Roger Deakins, chef op’ des Coen, en consultant) des mouvement de caméra audacieux et un travail sur l’ambiance, un poil surréaliste, et surtout très drôle.

Une fois le reptile échoué dans un environnement inhospitalier le récit va cependant rapidement revenir dans des rangs plus connus, ceux du western, et la délectation avec laquelle le film se repaît de chacun de ses stéréotypes (langage, démarches, sales gueules, ville poussiéreuse, et ses habitants déglingués) fait plaisir à voir. Notre caméléon tente – très – maladroitement de se fondre dans le décor et se choisi inopinément un patronyme qui en jette (hommage à Django, pour ceux qui suivent pas) alors qu’il compte des exploits fictifs pour se tirer d’une mauvaise situation (dans un saloon mal famé, évidemment).

L’écriture des dialogues est résolument adulte, bourré de références indirectes à tout un genre, mais aussi à la carrière d’un Depp qui s’en donne ici à cœur joie, lui l’acteur protéiforme ne pouvait rêver mieux que cet animal bizarre, aussi bavard que maladroit.

Jusque-là tout va bien. Toutes les présentations ont été brillamment effectuées, notre poor lonesome lizard passé de nobody à héros fictif, la ville de Dirt et ses habitants peu ragoûtants attendent tous que le nouveau shérif règle le problème numéro un : la disparition de l’eau. On est dedans, sourire aux lèvres, conquis par l’impeccable rendu visuel des studios ILM (ce premier essai de la mythique boite de SFX est à mettre au niveau technique des Pixar, pas moins).

Et patatras, le sempiternel ventre mou copyright Verbinski vient saloper le boulot. L’histoire a bien du mal à vraiment décoller, et comme dans ses histoires de pirates, un gros problème de rythme vient tempérer l’enthousiasme général. Comme si les scénaristes avaient été piégés par ce personnage en impro totale. Le fameux running gag « Now, we ride ! » est révélateur. L’intrigue flotte, meublant tant que faire se peut avec trop de dialogues sonnant soudainement beaucoup plus creux. Jusqu’à la scène d’action en forme d’attaque de diligence qui remettra du poil de la bête à toute cette ménagerie.

Cependant, le film ne se relèvera jamais totalement indemne de cette errance. Car même si elle reflète l’état de l’anti-héros en mal d’identité, elle est surtout le symptôme d’une écriture qui n’a pas su développer son originalité de départ, pour s’installer sans se l’avouer dans les rails confortables d’un récit on ne peut plus stéréotypé. Et surtout, piégé entre l’hommage et la parodie rutilante, formellement très réussis, Rango ne croit jamais vraiment en son histoire, totalemeent désincarnée. La remise en question du lézard n’en sera que plus artificielle, et la résolution trop attendue.

Malgré tout on ne s’ennuie pas, mais la singularité des débuts s’est vite évanouie. L’honnête faiseur Verbinski fait encore la preuve de son irrégularité, passant de l’excellent au très moyen dans un même film. Même si de façon moins torturée que son caméléon il semble lui aussi se chercher. Pour preuves les séquences les plus réussies de Rango, ces moments flottants d’hallucinations, d’une insolite contemplation, qui donnaient déjà les meilleurs moments du 3ème Pirates des Caraïbes (Depp coincé dans les limbes avec ses doubles et des cailloux-crabes). C’est cette veine un poil surréaliste, sauvant le film du tout-venant de la prod animalière 3D, qui aurait dû être creusée davantage. Il faut croire que Gore, encore très satisfait de son job d’artisan, n’a pas encore terminé sa quête d’identité.

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Rating: ★★★★★★½☆☆☆ 

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