Carnivàle (La Caravane de l'étrange)

Etrange, Carnivàle l'est à plus d'un titre, mais ce serait réducteur d'en rester à ce seul qualificatif. Série produite par la célèbre chaîne payante HBO, on y retrouve bien sûr le soin apporté au scénario, avec une carte blanche totale pour les auteurs. Mais ce qui frappe le plus en premier lieu dans cette oeuvre exigeante, c'est sa direction artistique.

Largement digne d'une grosse production cinématographique (la série fût d'ailleurs très coûteuse), elle concerne non seulement la reconstitution d'une troupe de forains des années 30, mais aussi de villes et de villages. Chaque costume, chaque tente, est le produit d'un maniaque de l'exactitude historique. Le rythme lent et la réalisation traînant ses travellings dans les somptueux extérieurs, frôlant amoureusement chaque bout de décors, amplifient d’autant plus cette impressionnante démonstration. Le spectacle semble avant tout dans la contemplation et l'imprégnation de cette ambiance bohème, comme si la série nous invitait à d'abord nous séduire de ses apparences, pour ensuite révéler toute sa richesse, comme l'on pourrait s'arrêter à l'apparence des freaks qui la peuple, avant d'apprendre à les connaître.

Seulement le récit ne sera pas un simple plaidoyer humaniste, mais carrément le conflit entre le bien et le mal, qui prendra des chemins cachés et lancinants avant de véritablement dévoiler sa nature. Le jeune héros Ben Hawkins est passablement effacé durant la première saison. Il reste passif, comme maudit par un don qui lui est propre, celui d'une régénération se nourrissant d'autres vies. Un pouvoir destructeur qu'il n'arrive pas à maîtriser, à comprendre, à assumer.

En parallèle, nous suivons l'histoire d'un prêtre révélé prophète, dont le passé complexe dévoilera une nature démoniaque. Ces deux intrigues ne se rejoignent jamais directement dans la première saison, ce qui est un parti pris audacieux qui achève de lui donner un caractère d'exposition. Et en effet, la série fût pensée en amont pour 4 ou 5 saisons, comme autant de chapitres précis dans l'évolution du combat annoncé de ces deux individus hors du commun des mortels. Une sorte de mythologie super héroïque habilement dissimulée derrière des oripeaux ésotériques et un traitement naturaliste, historique et religieux.

La deuxième saison accélère les révélations d'une manière plutôt sidérante (il y a plus d'évènements importants dans le premier épisode que dans toute la saison « introductive » !), et l'on devine que les producteurs devaient déjà avoir condamné la série devant le manque d'audience. Comme quoi même les œuvres les plus ambitieuses ne sauraient se passer d’un public suffisamment conséquent pour exister. Voilà la malédiction d’une série inachevée, aux promesses délicieuses, et frustrantes.

Toutefois, en connaissant d'avance le sort réservé à Carnivàle, la déception ne sera pas de mise. Son arrêt prématuré ne saurait être un argument raisonnable pour passer à coté d'une des meilleures productions HBO, surtout au moment où la chaîne peine a retrouver ses marques…

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Rating: ★★★★★★★★½☆ 

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