Red Dead Redemption

Red Dead Redemption est un GTA dans le Far West avons-nous entendu ici ou là. Ce raccourci est évidemment loin d’être faux et la filiation est forcément là puisque développé par RockStar, ce jeu « bac à sable » en reprend beaucoup de ficelles. Mais ce qui va nous intéresser ici est de savoir comment Red Dead Redemption enterre tous les GTA confondus autant au niveau de la forme que du fond.

N.B. : Seul le mode solo du jeu original sera abordé ici.

Pour faire assez court, Red Dead Redemption vous met dans la peau de John Marston, hors-la-loi repenti au début des années 1900, soit la période charnière entre le vieil Ouest et le début de la construction de l’Amérique dite civilisée. Les forces de l’ordre tenant sa femme et son fils, Marston est rattrapé par son passé et va devoir collaborer afin de mettre la main sur ses anciens camarades de jeu.

Au niveau réalisation, le dernier bébé de RockStar enterre son précédent sur plusieurs points. La différence est flagrante tout d’abord au niveau de la modélisation des personnages (les visages notamment) et de leur animation. En ce qui concerne l’univers, l’inspiration de RockStar va des films de John Ford à ceux de Leone en passant par Peckinpah pour quelques panoramas et séquences d’anthologie dans le jeu vidéo.

La carte est gigantesque et propose un sud des Etats-Unis « imaginaire » avec sa frontière avec le Mexique marquée par un fleuve (qui ne s’appelle pas Rio Grande mais c’est tout comme).Tout ce qui est visible à l’écran est un lieu où l’on pourra aller et l’on se prend à rester de longues minutes en haut d’une montagne à observer un coucher de soleil. Une peur que l’on pouvait avoir à l’annonce d’un GTA dans le Far West était celle des grands espaces vides. Ici encore, Red Dead Redemption apparaît étonnamment plus vivant que GTA 4. D’une part grâce aux nombreuses espèces d’animaux sauvages (ou pas) peuplant le monde mais aussi grâce à la multitude de personnages rencontrés qui ne sont pas juste là pour faire joli mais qui offrent bien des interactivités avec notre héros (de la cueillette de plantes à la protection de la veuve et l’orphelin en passant par l’arrestation de v(i)oleurs, les jeux de carte et le dressage de chevaux), que ce soit dans les villages, les villes ou en pleine nature.

Une autre peur pouvait être celle d’un manque de variété dans les paysages. Encore une fois cette peur s’estompe bien vite à mesure de la progression. Le jeu, divisé en trois gros chapitres vous fait passer du climat tempéré de l’Amérique du Nord à l’aridité du Mexique en passant par les neiges des rocheuses pour un dépaysement total rarement aussi bien retranscrit dans un jeu vidéo. Une vraie expérience sensorielle qui oblige presque le joueur à jouer en tee-shirt lorsqu’il est au Mexique avant d’enfiler un gros pull en laine lorsqu’il se retrouve au sommet d’une montagne enneigée ! Bluffant, surtout après les GTA qui par définition se déroulent dans les villes où forcément toutes les rues ont un peu tendance à se ressembler et où malgré la multitude de passants (et cela peut finalement être considéré comme un point de réalisme) on se sent bien seul dans la jungle urbaine.

On passera rapidement sur un gameplay parfait, sur lequel on ne peste jamais, encore une fois contrairement à son homologue citadin qu’est GTA et ses problèmes de caméra ou de visée récurrents. Le hardcore gamer qui sommeille en vous pourra cependant ricaner en trouvant de ce fait le jeu un peu trop facile mais la richesse de l’aventure gommera bien vite cela.

Mais passons au fond. Car la vraie nouveauté dans les jeux vidéo nouvelle génération, c’est que l’entertainment commence à offrir deux niveaux de lecture. C’était certes déjà le cas avec les précédentes générations de jeu mais le principe restait le privilège des RPG dont les plus complexes ne sortaient pas en France (Final Fantasy VI, Chrono Cross, Xenogears pour les plus cultes). Aujourd’hui, le poil à gratter se glisse partout. On l’avait vu avec les aventures de Kratos dans la trilogie God Of War qui, en filigrane, tatanait le fanatisme religieux et renvoyait les Dieux à leur place ou encore dans Mirror’s Edge et son futur pas si éloigné à la 1984 pour citer deux jeux à univers et jouabilité completement differents.

GTA propose depuis plusieurs années une subversion de bas étage. Celle qui fait croire à n’importe quel crétin bling bling qui a toujours arreté Scarface avant la fin qu’avoir une plus grosse :

a) voiture

b) mitraillette                                (rayer la mention inutile s’il y en a une)

c) bite

que son voisin représente la transgression ultime. Celle qui fait croire que consommer à outrance fringues, burgers et putes femmes (et par le biais d’un ersatz de meetic en plus, un comble) pour avoir l’air cool c’est être profondément anti-système (« make you think that buying is rebelling » disaient mes amis de Rage Against The Machine…).

Si l’on pouvait prendre objectivement du plaisir à revivre Scarface dans toute son outrance, le jeu vidéo étant quand même un excellent défouloir, la subversion n’était que sommaire (le thème de l’immigration n’étant jamais vraiment abordé) ou carrément factice. Red Dead Redemption propose une réflexion bien plus profonde avec son héros aspirant à la simplicité, subissant le chantage pernicieux des autorités, consommant utile (beaucoup des costumes du jeu servent à quelque chose et en plus il faut les gagner) et fuyant finalement un système qu'il voit se mettre en place et qu'il ne cautionne pas. Le jeu prend de plus  pour fond la construction des Etats Unis d’Amérique dans tout ce qu’elle a de critiquable, abordant le problème des « native american », l’influence nauséabonde de l’Europe, les guerres civiles au Mexique et j’en passe, par le biais entre autres d’un journal passionnant.

C’est la rencontre d’une forme maîtrisée de bout en bout aussi bien dans la narration, la réalisation technique que la mise en scène et d’un propos réellement intelligent qui font de ce Red Dead Redemption une véritable épopée, un chef d’œuvre du jeu vidéo qu’il faut absolument parcourir pour saisir à quel point ce nouveau média s’élève au rang d’art.

Pour finir, une petite citation de John Marston :

« Tant qu’il y aura de l’argent et des armes, la liberté n’existera pas. »

A bon entendeur…

Rating: ★★★★★★★★★★ 

Derf

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105 Commentaires

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très très agréablement surpris par le début de GTA V (j’ai joué 7h). L’entame de l’histoire, la caractérisation des persos, le systeme de swap, le wahou la 1ere fois que tu plonges et le fou rire la 1ere fois que je suis allé au ciné…Très très bon pour l’instant :)

Comment by derf on 15 décembre 2014 15:28


Et en plus y’a un mode FPS maintenant ! C’pas la classe ça ? ^^

Comment by 2501 on 15 décembre 2014 23:52


Pas de FPS pour Derf, je crois savoir qu’il joue sur Xboite360 ^^
Franchement moi c’est la longueur de la trame principale qui a eu raison de moi. Il est super long ce jeu et pourtant j’ai pas fait dans le quête annexe…
Je le finirai je pense quand je serai en manque de GTA like.
Par contre le prochain GTA il va falloir qu’il change vraiment le concept, car sinon, cela risque d’être sans moi. J’ai vécu ce dernier comme une compile d’un artiste disparu.

Comment by feilong74 on 16 décembre 2014 13:52


Le RPGiste qui se plaint de la durée d’un GTA. ^^

Si on se perd dans la ville et les quêtes annexe, je peux comprendre qu’on se lasse avant la fin des quelques 70 missions de la quête principale. Ca a toujours été le cas dans les prods Rockstar. Je l’ai pas trouvé plus long qu’un Red Dead par exemple. Mais j’ai filé en ligne droite, j’me suis pas trop attardé sur toutes les activités annexes. Du coup, un jour, quand il sera sur le PS Plus, je pourrais faire un tennis en mode FPS avec plaisir. Je suis même pas allé au ciné dis donc.

Comment by 2501 on 16 décembre 2014 21:00


comme prévu (c’est comme ça depuis GTA 3), j’ai pété un cable à l’ecole de pilotage quand on m’a demandé de piloter un hélico :D MAIS ! Mais le jeu est trop bon alors j’ai persévéré ! Je suis vraiment impressionné et je sais pas si je me suis déjà autant marré devant un jeu…rien que les scenettes à chaque fois que tu swappe, j’ai jamais eu 2 fois la même jusqu’à maintenant, moi ça me troue le cul !

Comment by derf on 24 décembre 2014 10:51


Je suis curieux de voir jusqu’où tu iras. Pour ma part le dernier que j’ai terminé c’est le 3…J’essaye de finir tous mes jeux sur 360 avant de tourner la page. Bientôt terminé.
Je trouve que le prix des jeux PS4 baissent moins vite que ceux de ces dernières années sur la génération précédante…
Sinon Magna Carta 2 est une perle injustement oublié, J’en suis au 2e CD, le plaisir à l’ancienne, je vous le conseil.

Comment by feilong74 on 24 décembre 2014 16:01

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