Scott Pilgrim vs the World

Un comics à succès, un jeu vidéo façon beat'em all old school, et maintenant un film au cinéma, Scott Pilgrim versus the World est un phénomène.

Ou pas. Pas pour tous en tous cas. L’Universal en aura décidé autrement avec la distribution sacrifiée d’un film auquel ils n’auront jamais cru. Pourtant, loin d’être uniquement réservé à une niche geek (même si tout de même… un rêve de geek), le troisième film d’Edgar Wright (les poilants Shaun of the dead et Hot Fuzz, donc pas un débutant) embrasse tout un éventail de genres en détournant habilement le teen movie. Sans toutefois lui manquer de respect. Au contraire, Scott Pilgrim est peut-être le film qui cerne le mieux l’air du temps. Du teenager actuel au trentenaire, tous les « ados », véritables, attardés ou assimilés, peuvent s’y retrouver.

Les trailers rock n’roll annonçaient un spectacle foisonnant, mixant avec une certaine inspiration post-moderne – pas loin du feeling ressenti devant l’ovni Speed Racer – les esthétiques artistiques dominantes de notre époque. Cinéma jeu comics musique séries anime… Edgar Wright s’est en effet éclaté à illustrer de la manière la plus graphique qui soit (la moindre sonnerie ou même vibration est inscrite à l’écran) le récit de ce post-ado pris entre deux amours. Enfin, surtout aux prises (Fight !) avec les sept ex copains maléfiques de son nouveau coup de cœur : la colorée Ramona Flowers.

Le pitch est donc idéal pour faire le tour des atermoiements amoureux, en enrobant le tout de comédie et d’action à foison. Et le feu d’artifice est au rendez-vous, la justice des sentiments aussi, néanmoins jamais prise au sérieux (ce qui nuit au final à la romance). L’empathie du spectateur pour ces personnages tient donc davantage du rire que de l’émotion, même si le film arrive à cerner son sujet. Si ça limite son impact à long terme, le kick ass immédiat est assuré. Le spectacle est généreux (7 ex, 7 combats, on les aura !), l’action jamais répétitive, et les amateurs de comics et de vidéoludisme vont se régaler des gimmicks typiques repris dans ce gros délire pop.

Néanmoins, il reste 2 détails sans lesquels Scott Pilgrim serait sans aucun doute un peu plus qu’un bon film. D’une part, si Edgar Wright assure au niveau mise en scène, avec inventivité et un amusement de chaque instant, il ne transcende pas non plus cette forme. Comme ce fût déjà cette année le cas pour Matthew Vaughn (Kick-Ass) il n’est ni expérimental (Scott n’est pas le fiston de Speed Racer), ni virtuose (Kill Bill a encore la palme du postmodernisme pop). Seulement un entertainer très doué qui a tout saisit au monde qui l’entoure. Ce qui est déjà franchement appréciable !

Bien plus gênant, c’est du côté de l’interprétation que le bât blesse le plus… Les seconds rôles, très nombreux, sont impeccables, une belle galerie de tarés, du copain gay à la « fille à problèmes ». Sans parler des 7 Evil Ex-Boyfriends, une sacrée brochette de personnages azimutés (le végétalien, l’acteur de film d’action… du très lourd !). Non, le problème viendra principalement de la tolérance personnelle que vous avez vis-à-vis de cette crevette de Michael Cera. Oui, le rôle titre… Ici, le « talent » révélé dans Juno est de chaque écran. Sa mollesse légendaire et son physique de Luchini canadien deviennent problématiques… disons-le carrément énervants tellement Scott Pilgrim n’apparaît pas comme un loser fini, au contraire. C’est au pire un gars normal, bassiste rock un peu timide, piégé entre deux relations amoureuses. Cera n’a jamais les épaules pour qu’on croie au zicos cool qui va tout péter pour sa belle. Et dans l’hésitation romantique, il bredouille trop pour devenir attachant (cette marque de fabrique devient vraiment trop évidente pour toucher). Si le personnage paraît un peu trop entre deux eaux (on passe sans transitions de scènes de romance plutôt réalistes à des combats câblés exubérants), c’est aussi à cause de cet acteur sans aucune carrure que le mélange n’opère pas parfaitement. On est pas loin de l'erreur de casting…

Comme quoi acteur du moment et film dans l’air du temps ne font pas forcément bon ménage. Pour le reste, Scott Pilgrim versus the World est un des divertissements les plus réjouissants de cette (pauvre) année 2010. Sa coolitude absolue, son humour et son insuccès (voire même son statut de film maudit) sont les garanties d’un futur film culte.

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Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

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