La Neuvième configuration

La Neuvième configuration est un film peu connu, mais culte dans les pays anglo-saxons, un vrai film maudit (sa fabrication et sa sortie furent chaotiques, il en existerait 18 versions !). Le scénariste de l'Exorciste, William Peter Blatty, adapte ici son propre roman Twinkle Twinkle Killer Kane.

Réalisé en 1980, la Neuvième configuration est une oeuvre difficilement descriptible, inclassable, à part dans la réductrice famille des « films de fous », dont les références les plus connues restent Vol au-dessus d'un nid de coucous et le Shock Corridor de Samuel Fuller. L’histoire met en scène des militaires du Vietnam dans un asile, château gothique, décor hallucinant, où l'on essaie de détecter les simulateurs. Débarque un colonel psychiatre aussi calme que les patients sont barrés, et qui va tenter des méthodes plus empathiques…

Un résumé comme ça sonne plutôt déjà vu mais le traitement est entre la comédie (genre pour lequel Blatty a commencé en tant que scénariste de Blake Edwards) et le fantastique, principalement grâce à l’ambiance et au décor incroyable (européen et totalement décalé, soi-disant situé en Californie !), pour finir en drame métaphysique et en réflexion théologique, dont il vaut mieux garder les secrets pour profiter pleinement d’un récit surprenant.

Le mélange des genres est imperceptible, on passe du rire à l’inquiétude d’une séquence à l’autre, avec ces protagonistes tous plus ou moins fous, malades, militaires ou docteurs. Les Hell’s Angels y sont littéraux, on apprend aux chiens à jouer du Shakespeare (“It's a fucking headache but God damn somebody's got to do it!”). On ne sait sur quel pied danser durant la première heure. Puis la relation entre le psychiatre et l’astronaute finit par devenir le cœur du film, soulevant des interrogations sur l’omniprésence du Mal, l’existence de Dieu, l’insondable solitude de l’être humain confronté à ses démons, dans ce lieu isolé et mystérieux, comme une dernière retraite possible où la lucidité n’est plus nécessaire.

Cette Neuvième configuration est un film véritablement captivant, d’une richesse impressionnante, parfois un peu nébuleux mais toujours fascinant. Stacy Keach (sans sa moustache !) incarne un personnage complexe de manière exemplaire, dans ce qui est sans doute son meilleur rôle. Le reste du cast est à l’avenant, et les multiples confrontations ainsi que des dialogues brillants permettent de pardonner une réalisation plus ordinaire que le reste.

Jamais sorti en salles en France, la Neuvième configuration ne fût édité en vidéo par chez nous qu'en 2004 (chez l'éditeur Carlotta). Découvrir presque par hasard un film d’une telle envergure pratiquement inconnu au bataillon est un plaisir de spectateur rare, quasi archéologique. Pour sûr un classique qui mérite de sortir de l’ombre.

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Rating: ★★★★★★★★★☆ 

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