Piranha 3D

A la question initiale de savoir si un remake d’un classique des années 1970 pouvait encore être bon (après les nullités Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13, Fog, Freddy, La dernière maison sur la gauche, j’en passe et des meilleurs), force est de reconnaître que l’un de nos réalisateurs frenchy préféré, Alexandre Aja, s’est totalement fourvoyé.

Son remake est réellement inquiétant quant à sa position vis-à-vis de son spectateur. Aja prend ce dernier pour un imbécile dénué de toute capacité de réflexion et seulement apte à regarder de grosses poitrines et de jolis fessiers. Plus rien n’est dit sur la nature, l’espace ou l’américanité de son personnage principal, transformé, ici, en adolescent dénué de tout charisme et de toute capacité de rédemption et dont la seule volonté est d’embrasser son amour secret. Joe Dante doit alors bien rigoler, lui qui avait cerner dans son oeuvre original la bêtise du conflit vietnamien. Nous sommes en présence, ici, d’un film qui célèbre une certaine idée de la dégénérescence humaine. Cela aurait pu rentrer dans une conception du fun, propre aux années 1980 et proposer une certaine critique d’une société de consommation, où l’image de chacun est plus forte que tout, à base d’étudiants décérébrés ne vivant que pour la débauche ultime. Hélas, Alexandre Aja ne pratique pas du tout l’ironie ou la méchanceté vis-à-vis de personnages qui en font des tonnes. Son film a pour conséquence de n’être pas du tout drôle. Pire encore, le discours final du film se dirige vers une pudibonderie que n’auraient pas renié les plus conservateurs des conservateurs. Pour un film basé sur une certaine conception de la pornographie, Aja fait davantage que d’être hypocrite : il se moque de son spectateur. Ses références au genre ne tiennent pas du tout le coup et ne convoquent certainement pas un amour du cinéma. Elles sentent davantage le réchauffé et l’opportunisme, comme si Alexandre Aja souhaitait tous prix faire partie de la grande famille de l’horreur.

Autrefois surdoué de la mise en scène, il faut bien avouer qu’aucun mouvement de caméra, aucun cadrage ne convoquent un quelconque symbole ou ne proposent quelque enjeu que ce soit car fonctionnant sur des clichés que le réalisateur n’arrive pas à transcender. Les effets en trois dimensions, la nouvelle mode en terme de réalisation, dictent les autres effets de réalisation et ne s’insèrent pas du tout dans le corps du film. Enfin, parce que nous sommes quand même en présence d’un film d’horreur, pour avoir peur, il faudra repasser. Le sursaut n’est pas de mise et le suspense ne fonctionne pas du tout. Tout artifice horrifique est réellement trop calibré tant ils sont prévisibles. Quelques effets gore valent néanmoins le coup d’œil. Cela s’avère, néanmoins, totalement insuffisant pour un réalisateur qui nous a déjà prouvé dans le passé qu’il pouvait nous en mettre plein la vue.

Nous sommes devant un film raté et ridicule. Et cela augure de bien mauvais présages quant à la suite de cette mode qui devient de plus en plus inquiétante.

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