Up In The Air

Jason Reitman nous revient après Thank You For Smoking et Juno dans un genre auquel il est coutumier : la comédie satirique. Le réalisateur s’attaque, ici, au monde impitoyable de la ressource humaine en entreprise.
George Clooney joue le rôle de Ryan, un type hyper cool employé par une société de services indépendante qui annonce aux gens leur licenciement. Premier bon point pour Jason Reitman, qui pointe ici l’hypocrisie et l’incompétence de la direction des ressources humaines à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de ses employés. La sous-traitance existait dans le secteur industriel, elle existe désormais dans le secteur humain…Ou comment l’humain devient une marchandise à part entière et en tant que telle. En plus, cette humanité n’est pas le point fort de Ryan : il aime être seul, avoir des relations avec les gens de manière occasionnelle, vivre dans des chambres d’hôtels. Heureusement, pour lui, il va rencontrer Alex, qui pense comme lui, mais qui va lui ouvrir les yeux sur son besoin de sociabilité. Ensemble, ils vont construire une espèce de couple déstructuré magnifié par les performances et le charisme des deux acteurs principaux. Certains dialogues sont savoureux et la magie entre les deux acteurs opère. George Clooney trouve ici l’un de ses rôles les plus humains, loin de l’aspect sauveur de la politique américaine et Vera Farmiga quitte la mère hystérique d’Esther ou Joshua pour aller vers la trentenaire libre et libérée. Parallèlement à cette relation amoureuse, Ryan va prendre sous son aile une jeune employée, aux dents aussi aiguisés qu’un requin et au cerveau aussi robotique qu’un scanner et va s’employer à la rendre plus humaine. Cela constitue le deuxième bon point du film, à savoir rendre attachant un pur salopard qui se révèle finalement être une personne qui croit en ses principes, qui les vit malgré leurs caractéristiques anti-sociales et loin du politiquement correct.

Cependant, le piège dans lequel il ne fallait pas tomber s’ouvre à Jason Reitman lors de l’épisode du mariage de la soeur. Dans Up In The Air, c’est la prise de position cynique et finalement salvatrice de Ryan sur la société qui se perd et qui tombe dans la banalité de la morale judéo-chrétienne, de l’apologie de la famille et du mariage. Cette partie du métrage, qui veut plaire à l’Amérique conservatrice dans un souci de voir Ryan se rapprocher de ses soeurs, ne s’intègre pas du tout dans la linéarité d’un récit qui voulait éviter d’être lisse. C’est à croire que cela devient une habitude pour Jason Reitman de tomber du côté « obscur » de son discours, autant dans Thank You For Smoking (la rédemption a deux euros du lobbyiste) que dans Juno (le discour anti-avortement). Ce type de construction trahit cependant un certain manque de confiance de la part du cinéaste dans son discours, comme s’il voulait se montrer à lui-même que son film vaut la peine d’exister en faisant exister les archétypes inverses.

Heureusement, la peur de voir Reitman cadenassé dans son discours se dissipe dans un final qui voit Clooney trompé par les apparences, pris au piège par ce qu’il pensait être son désir….Certes Ryan n’est pas très humaniste mais, au moins, il est sincère, ce qui manque profondément à la société. Le discours sur l’hypocrisie de l’entreprise s’avance vers un discours sur l’hypocrisie de la société toute entière.
Cependant, malgré ce propos salvateur, nous pourrons reprocher à Jason Reitman une réalisation plate, sans aucune audace, finalement consensuelle et bien loin de son propos iconoclaste. Néanmoins, il signe une œuvre cohérente dans le fond qui s’insère parfaitement dans le reste d’une filmographie taillée pour dézinguer l’Amérique. Il ne manque plus qu’à soigner la forme.
Tags: 2000-2009, Comédie, George Clooney, Jason Reitman, USA, Vera Farmiga
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