Ondine

L’été ciné 2010 n’aura pas été bien fameux. On peut même dire qu’il fût cinéphiliquement sacrément pourri. Car même si la période est réputée comme creuse dans les salles obscures, on trouve chaque année quelques divertissements bien troussés et des contre-programmations avisées. Et des évènements même, parfois. Tarantino l’année dernière, c’était pas rien.
2010 : Toy Story 3. Et basta. On se souviendra aussi d’Inception, restons honnêtes, mais autant pour une grosse frustration que pour son inhabituelle ambition. Bref, c’en était presque démoralisant cette traversée du désert, dont chaque espoir de salut fût un sacré mirage (voir les chroniques des dernières semaines). Et d’un pas nonchalant, la tête pleine du bruit et de la fureur de mercenaires d’un autre âge, je me dirige sans confiance aucune vers une espèce d’histoire de sirène.

Au moins j’allais être au calme, y’avait une jolie fille sur l’affiche et Colin j’l’aime bien le bougre (Malick et Bruges, quand même).
Ondine. Une énième comédie romantique niaiseuse matinée de fantastique twilighté ??? Who cares. Au point où j’en suis, achevez-moi ! Au générique, des noms qui attirent l’œil du cinéphile pas encore tout à fait cuit. Neil Jordan, dont on se souvient au moins (seulement ?) d’un honnête Entretien avec un vampire (un chef-d’œuvre en fait, finalement, en ces jours de revival vampirique light). Puis Christopher Doyle, chef-opérateur esthète connu pour ses collaborations avec Wong Kar-Waï. L’intérêt, timidement, renaît.
Irlande, un vieux chalut traverse une mer grise, dans une purée de pois et un banal format 1.85. Le pêcheur, sous les traits du bad boy Colin (pour un pêcheur, ça s’invente pas, ok… pardon), remonte ses filets tranquillement. Le monsieur est irlandais et alcoolique, c’est donc le rôle de sa vie, littéralement (quoique pour le poisson je sais pas). Et là, hop, piégée dans les mailles, une bombasse à moitié à poil. La pêche miraculeuse. Comme ça, frontalement, sans chichis. Première scène.

Voilà qui change de l’artifice des spectacles hypertrophiés de l’été, qu’ils soient old school ou pas, castings énooormes, effets très spéciaux, bruyants génériques et promo tapageuse, mais aussi des films d’auteur téléramesques ou pétards mouillés. Colin nous refait les yeux d’enfant inquiet de Bons baisers de Bruges (je sais pas vous mais moi ses gros sourcils qui s’apitoient c’est le chat de Shrek puissance 1000). Et la mise en scène ne joue pas un instant un fantastique de pacotille. Aucun effet voyant, juste un réalisme brut altéré par petites touches presque imperceptibles, grâce aux cadres et à la lumière blafarde de Chris Doyle. C’est du brut, du film de personnages, et d’atmosphère. On va peut-être enfin passer un bon moment.
L’histoire d’Ondine est un mélange entre le mythe germanique de la nymphe sortie des eaux (du même nom) et les légendes des Selkies, sortes de sirènes du folklore écossais, mais sous forme de phoques. Pas mi-phoque mi-femme d’apparence, mais tout l’un ou tout l’autre. C’est plus simple pour tomber amoureux, et plus si affinités. Donc le plus naturellement du monde, le pêcheur ramène sa prise chez lui. Cette femme mystérieuse s’avère très avantageuse (déjà c’est une bombe qu’on ne doit pas croiser à chaque coin de rue de ce genre de bled côtier paumé). Elle est discrète, toujours court vêtue malgré un temps constamment pourri, et son chant attire les homards. Bonheur. Et la fille handicapée du pêcheur l’aime bien aussi. Que demande le peuple ?

Le mystère s’évaporera forcément en conclusion, dans un final qui pâtit de 5 minutes un peu trop terre-à-terre. Néanmoins on aura eu le temps de profiter d’une histoire simple, qui déroule son intrigue lentement, au rythme des relations entre les personnages, un trio vraiment attachant, dans un contexte irlandais réaliste, à la magie et à l’onirisme pourtant bien présent. Discrètement, le film effleure son ambiance surnaturelle, avec tact, maintenant son petit suspense de manière limpide. Le dénouement explicatif ne gâche pas totalement la fête, qui se conclue sur la musique de Sigur Ros, qui n’est pas loin non plus du féérique.
Pour tous ceux qui ont besoin d’une œuvre sincère et simple, touchante mais pas tire-larmes, Ondine offre ses charmes avec une douceur qu’on ne peut refuser après ce dur été.
Et Alicja Bachleda-Curus est juste sublime (un pseudo et tu seras parfaite !).
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Tags: 2010, Alicjda Bachleda-Curus, Colin Farrell, Fantastique, Neil Jordan, Social
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