The Expendables

Le projet était a priori alléchant. Mais encore fallait-il savoir exactement de quoi il s’agissait. Sur la base d’un film à l’ancienne avec quasiment toutes les vieilles gloires de l’action plus ou moins respectables, Stallone nous invitait à ce qui ressemblait à un grand best-of en forme de bourrinage choral intensif. Après avoir ressuscité avec succès ses deux grandes sagas, on était en confiance avec le bon vieux Sly, revenu dans la course après une longue traversée du désert. On avait tort. Car si The Expendables a tout de la réunion d’anciens combattants, il a aussi toutes les tares qu’il aurait dû éviter.

Stallone s’est laissé aller. Il s’est offert son gros plaisir coupable, mais sans la rigueur de ses « drames » comme il appelle ses derniers films, qui lui ont demandé de gros efforts intellectuels qu’il a complètement laissé tomber ici. Ce n’est pas parce qu’on veut s’amuser avec les copains qu’on va en faire de même avec le spectateur, même si celui-ci est conquis d’avance par le concept.
Commençons par le sujet qui fâche. Le strict minimum n’est pas respecté dans la réunion de tous ces gros bras. On joue alors à qui s’en sort mieux que les autres. Dolph avec sa carrure et sa gueule cassée fait bien le traître, Statham assure le minimum en charisme badass et son duo avec Stallone est la seule relation qui fonctionne, un peu. D’ailleurs le film est un clair passage de témoin avec la vedette des prods Europa Corp qui obtient le rôle le plus important. Sly par contre est en mode père tranquille, ne faisant aucun effort pour composer un personnage il se contente d’être le MC de cette party explosive, nonchalant et trop maquillé (il ressemble à un George Michael à la retraite, paye ta virilité). Rourke fait son habituel numéro de vieille carcasse hérité de The Wrestler, essayant de nous tirer les larmes avec un monologue naze. Trop facile. Passons les stars du catch et autres free fighters dont on n’a que faire (nous vieux trentenaires), ils ont droit à leurs prises favorites, tant mieux pour eux. Le plus honteux est le traitement réservé à Jet Li, pauvre homme qui n’aura jamais eu de chance aux US. L’écriture de son personnage est indigne d’un Stallone qui sait pourtant y faire quand il s’agit d’humaniser les gros bras. On a droit ici à des dialogues débiles sur la taille des chinois, comme dans une pauvre prod Besson. Et notre – aussi – vieillissant dragon des Once upon a time in China (qu’est-ce qui est arrivé à sa tronche on dirait qu’il a pris le même poison que l’autre leader ukrainien) ne peut même pas briller dans les combats les plus pauvres de sa carrière en constant déclin.

En parlant d’action venons-en à la mise en scène du bouzin, exemple même de la caméra agitée post-Bourne complètement à l’ouest. C’est simple on ne comprend rien, et Dieu s’il existe sait que j’aime ce style quand c’est maîtrisé, mais quand la bouillie est au rendez-vous ça vous gâche un film dans les grandes largeurs. Le comble pour un spectacle aussi testostéroné, on pige que dalle à part qu’il y a quelque part des coups et entre ceux-ci des explosions. Le montage est une calamité. Un cas d’école. Une scène d’action honnête ressort de ce maelstrom, la première attaque sur l’île avec hydravion offensif plutôt efficace. Le reste n’est qu’une suite de déceptions avec les obligatoires punchlines, pas très heureuses, pour les ponctuer.
Néanmoins ce qui laisse un goût encore plus amer c’est le choix scénaristique de s’abaisser au bon vieux film de video-club d’antan. Pas de ceux des trois gloires réunies ici dans une scène pas aussi jouissive qu’elle aurait dû l’être (j’ai nommé la Sainte Trinité Sly-Willis-Schwarzy, définitivement d’une autre époque, ils nous font vieillir ces cons !), mais de la seconde zone occupée par les Norris, Vandamme et autres Steven fucking Seagal. Même dans ses pires navets Stallone n’a pas donné dans ces intrigues de bas étages avec dictateurs sud-américains et mercenaires bas du front. Le casting nostalgique n’excuse pas tout, et surtout pas qu’on le fourre dans des situations indignes de leurs heures de gloire.

Certains en auront pour leur argent, les moins exigeants qui réclament juste que ça se castagne, même si c’est n’importe comment. Avec la dérision d’un style post-Grindhouse ce scénario à la con aurait pu passer pour un divertissement acceptable, il aurait même pu être fun. Mais un certain jemenfoutisme gêne aux entournures. Sly devrait prendre son cinéma un peu plus au sérieux, même quand il s’agit de s’amuser avec ses anciens rivaux. The Expendables ressemble à une blague, mais ils rigolent sans nous. Au final on se sent juste vieux, et on se dit que ces conneries ont fait leur temps.
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Tags: 2010, Action, Jason Statham, Jet Li, mickey rourke, Sylvester Stallone
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