Le voleur de bicyclette

Ma décision est prise, Ecranlarge c’est fini ! Donc bonjour les gros mots et à bas la règle du « je » ! Alors que la majorité des films qui sortent au cinéma ont tendance à m’exciter autant qu’un camp de naturistes, je reviens avec du fondamental, du culturel, du lourd, du vrai (mais pas du chiant).

Le voleur de bicyclette est, avec Rome ville ouverte, l’emblème du cinéma néo-réaliste italien. Si comme moi le terme néo-réaliste vous paraît obscur, il suffit juste de connaître le contexte. Alors que le fascisme s’est employé à faire sa propagande via le cinéma en produisant à la chaîne des comédies légères à la gloire du système (notre équivalent de Camping peut-être…), l’après-guerre amène un souffle nouveau avec des cinéastes qui n’en peuvent plus.

Vittoria De Sica fait partie de ceux-là et va réaliser quelques films clés du mouvement néo-réaliste, mouvement qui s’attachera donc à placer le cinéma dans une réalité sociale et économique. Ce voleur de bicyclette, sorti en 1948, en est donc un des fleurons. Dès le début De Sica ne prend pas de gants, la situation économique d’après-guerre est décrite sans compromis, dans toute sa misère et son individualisme. Antonio, un père de famille au chômage, se voit offrir un emploi de colleur d’affiches à la condition qu’il trouve une bicyclette. Sa femme décide de mettre en gage les draps pour racheter leur bicyclette vendue auparavant mais lors de son premier jour de travail, Antonio se fait voler sa bicyclette. Il part alors à sa recherche avec l’aide de son fils.

Si la mise en scène de De Sica peut s’avérer discrète elle est pourtant étonnamment puissante avec des plans d’une grande justesse symbolique et émotionnelle. Mais le plus incroyable dans cette œuvre pessimiste (oui oui, le réalisme c’est le pessimisme) reste le jeu parfait de ces acteurs non professionnels, l’enfant en tête.

De Sica ne fait pas dans la dentelle et décrit avec force une humanité qui, dans son ensemble, reste d’une grande médiocrité où tout n’est qu’individualisme, mensonge et hypocrisie (et hop un petit tour à l’église pour laver tout ça…). Le film, 60 ans plus tard, reste de ce fait d’une grande actualité et prend vraiment aux tripes.

L’amusant dans tout cela est que l’Italie restera hermétique à ce cinéma pendant assez longtemps, allant jusqu’à considérer De Sica comme un traître vis-à-vis de sa nation alors qu’au même moment il se verra décerner un oscar à Hollywood pour le meilleur film étranger. La réalité est décidément difficile à voir en face.

Rating: ★★★★★★★★★★ 

Derf

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8 Commentaires

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Je rêve ou tu as mis une note??? (et quelle note!!!)

Commentaire by toriyazaki on 27 juillet 2010 11:06


suis un ouf, un guedin…

Commentaire by derf on 27 juillet 2010 11:13


Magnifique, du vrai cinéma, enfin. Rome ville Ouverte, découvert au lycéen au cinéma m’avait scotché à l’époque. C’est tout un mouvement que je découvrait alors. Au point d’un faire un des mes films présentés au bac. Mais l’examinateur avait préféré à l’époque dans le même genre Néo-réaliste, Natural Born Killer. Allez savoir pourquoi…. Donc je note dans un coin ce film, vu que Vincere récemment m’a procurer toujours autant de plaisir, je dois vraiment aimé ça. (Plus que les zombies Derf au passage).

Tiens si je retrouve mon sujet sur Rome ville Ouverte je le poste ici tel quel….. Même si ça risque de (me) faire mal…. :beatup:

Commentaire by feilong74 on 27 juillet 2010 14:26


« C’est tout un mouvement que je découvrait alors. »
Ouais, et tu t’es arrêté à ce film ! :laugh:

Car Vincere c’est juste l’inverse du néo-réalisme, c’est symbolique, lyrique, opératique, stylisé, etc…

Moi j’aime pô ça le néo-réalisme. Un des rares « mouvement » que je trouve uniformément chiant. Et j’assume ! :mohawk:
Chacun sa référence du cinéma chiant (il faut bien un mètre-étalon en toutes choses).
Pour moi Bergman c’est fascinant par exemple… Certains Ozu aussi, les Tarkovski (tiens faudrait que j’vous en parle de celui-là…).
Pour d’autres c’est les références du ZZZzzzz…

Commentaire by 2501 on 27 juillet 2010 18:28


moi je n’ai vu que celui là…et hier alors bon je peux pas trop juger du mouvement…sinon on a tous nos films chiants par ailleurs encensés….rien qu’à penser à in the mood for love ou the mission (johnny to) je baille…

mais le maitre etalon de tous ne serait-il pas juste citizen kane ? parce que quand même qu’est ce qu’on s’emmerde, heureusement que c’est révolutionnaire sur la forme…Monde de merde, heu rosebud pardon…

Commentaire by derf on 27 juillet 2010 19:02


Vil provocateur. :-D

Moi la forme me suffit souvent pour ne pas sombrer, et même pour apprécier un film.
S’il fallait que toutes les histoires qu’on nous raconte nous touche ou nous captive, ça met nombre de classiques (ou pas d’ailleurs) à la poubelle d’office.

Mais tu vois t’es quand même content de connaître la référence de sieur Abitbol. Puis avec ça tu peux frimer auprès de tes collègues porjectionnistes non cinéphiles (je croyais que c’était un oxymore mais apparemment non…).

Commentaire by 2501 on 27 juillet 2010 20:07


Tiens, faute de frappe révélatrice…

Voilà, on appellera ces énergumènes des porjectionnistes.

Commentaire by 2501 on 27 juillet 2010 20:08


J’avais entendu parler de ce film il y a des année puisqu’il était au sommet de la liste des 10 films favoris de Scorsese paru dans un vieux magazine.
Et vu il y a peu de temps aussi et effectivement putain de chef d’oeuvre.

Commentaire by mimuf on 29 juillet 2010 11:22

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