Toy Story 3

Pixar revient aux sources en bouclant sa première trilogie. Exercice rare chez la firme à la loupiote blanche, mais franchise logique puisqu’elle marqua à la fois la naissance du studio avec éclat, mais aussi une certaine charte du divertissement animé numérique qui sera maintes fois copiée par des concurrents suiveurs, sans jamais arriver au même résultat. Toy Story 2 ayant pour beaucoup surpassé l’original, difficile de boucler la boucle dix ans après.

Has-been les jouets ? Non, il leur fallait sans doute ce temps-là pour nous replonger avec nostalgie mais sans facilité aucune dans ce bain de jouvence. Mais ce qui marque ce retour des jouets (die) c’est la mélancolie et l’ouverture au mélodrame le plus assumé, avec une réussite qui, au-delà des formules de la saga – personnages farfelus en surnombre et courses-poursuites effrénées – parvient à profondément toucher, peut-être même davantage que dans les épisodes précédents.

Le seul bémol que je soulèverai concerne le rythme du film, qui part en trombe et a bien du mal à poser correctement ses enjeux, transformant son cow-boy de héros en leader presque antipathique. Sur les chapeaux de roue, l’intrigue donne d’abord l’impression qu’on regarde une série, prologue réjouissant mis à part, où tout est au même niveau pour ne pas perdre l’attention du spectateur. Néanmoins une fois arrivés à la garderie et les enjeux établis, les nouveaux personnages peuvent entrer en scène et les séquences se construire de manière un peu plus posée. Et là c’est bonheur.

Il est normal de retrouver certains schémas, c’est une suite, un Toy Story, on aura du renouvellement dans la continuité, avec un Woody (sur) responsable, un Buzz naïf aventureux, et les nombreux sidekicks (superbement gérés, chacun a son quart d’heure de gloire sans que cela ne prenne le pas sur l’histoire ni ne vire au sketch isolé). Ken en prend pour son grade avec le sourire, mais n’éclipse pas les anciens, Mr Patate et sa séquence surréaliste en tête.

Puis arrive une conclusion en deux mouvements, où l’argument de départ revient nous frapper plus violemment que prévu après tous ces délires façon grande évasion. Le ton était parfois sombre (étonnante parenthèse du récit du clown triste, flippante incarnation du poupon transformé en loque presque effrayante), mais il ne laissait pas présager une conclusion où…… voir SPOILER ci-dessous dans les coms, pour ceux qui veulent.

Rien que cette scène, qui conclut de plus une scène d’action efficace mais déjà vu (le tapis roulant meurtrier, ils ont fait plus original), élève le film à un niveau stratosphérique. On est très loin du simple divertissement enfantin, comme si les p’tit gars du studio avaient compris qu’ils pouvaient passer la vitesse supérieure, car une grande partie des spectateurs de Toy Story est désormais adulte (ben oui, 15 ans déjà !). De la vraie mise en scène prend place ici, par l’image, par la durée, par les regards, la musique, on ressent l’inéluctabilité et même si on se doute au fond de l’issue, on finit par croire en cette sombre fin ! C’est ce qui s’appelle assumer son scénario, ses thématiques d’abandon, du temps qui passe, de la fin d(‘)u(n) monde.

Puis de recommencement, de renaissance, même s’il faut faire un deuil. En cela la dernière séquence, déchirante de simplicité, a l’intelligence de ne plus mettre en scène nos héros, pour apporter un niveau supérieur à l’émotion. Cette ultime scène, qui là aussi prend le temps pour mieux nous prendre à la gorge, est un climax exemplaire, calme, apaisé, sensible, juste. Un joli bouquet final feutré, qui nous cueille par l’émotion après une fois de plus un gigantesque ride d’action et de comédie.

Cela demandera certainement vérification (l’unique vision salle des précédents date vraiment), mais ce Toy Story 3 réussit pour moi, in extremis, à surpasser ses prédécesseurs. Au moins dans l’émotion. Et là où l’on pouvait attendre une suite efficace mais un poil opportuniste et commerciale, ce n’est pas un moindre exploit que de livrer une fois encore de vraies visions de cinéma. Pixar ne m’avait pas autant réjoui depuis Ratatouille. Du champagne pour ce morne été. J’y retourne en vo (sans 3D).

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Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

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