L’Illusionniste

Sylvain Chomet s’était fait remarquer avec la Vieille dame et les pigeons, court métrage coup d’éclat, Grand Prix du Festival d’Annecy en 1997. Ils sont rares nos auteurs de cinéma animation contemporains qui arrivent à imposer un style dans une industrie qui tient plutôt de l’artisanat par chez nous.

Après Michel Ocelot (sur le tard), on retrouve aujourd’hui une touche Chomet, que certains on qualifié de manière fort réductrice de Jeunet animé. L’amour du temps jadis, du show-biz old school, de personnages pittoresques et authentiques loin de toute modernité n’est pas chez Chomet uniquement limité à la franchouillardise, et surtout ne se tourne pas vers une nostalgie lourde et radotante.

Avec l’Illusionniste, le cinéaste reprend un scénario écrit par Jacques Tati, que ce dernier n’avait jamais porté à l’écran. L’histoire de ce magicien sur le déclin qui doit s’expatrier pour pouvoir continuer à vivre d’un art qui n’intéresse plus le public est une base idéale pour le cinéma de Sylvain Chomet. Il donne à son personnage principal le physique et l’allure si particulière de Tati, et garde ses dispositifs humoristiques en y adaptant son univers. Il greffe son amour des personnages obsessionnels et un peu cinglés, souvent sommairement caractérisés par un gag gestuel (le déplacement du trio « hop hop hop » et de l’écossais bourré par exemple), mais néanmoins souvent, aussi, touchants. Comme à son habitude le film comporte très peu de dialogue, le minimum pour que l’intrigue soit intelligible, tout en s’en amusant avec de l’anglais yaourtisé, du langage inventé, ou des accents à couper au couteau.

L’histoire simple de ce magicien en vadrouille en Ecosse est bien entendu magnifiée par de superbes cadres et une qualité d’animation à l’ancienne. Qui nous rappelle à la fois que l’immersion n’est pas forcément due à un extra D, et que la mise en scène peut se passer de montage ultra cut et fonctionner dans la composition du plan lui-même. Cette suite de tableaux (magnifiques ambiances) et de scénettes comiques n’empêchent donc pas une véritable narration, même si éthérée. La relation entre l’illusionniste et une jeune femme à qui il apporte son aide presque malgré lui devient rapidement le cœur du film. Le développement de celle-ci est son seul point un peu faible, se limitant trop longtemps aux mêmes schémas, avant une fin inéluctable.

A ce titre, je conseille de se préparer un minimum car c’est une des plus tristes que j’ai vu récemment (d’ailleurs, ce n’est pas du tout un film pour enfants, au passage). Et même si Chomet abuse un poil dans l’illustration tristoune des illusions perdues, son deuxième long-métrage parvient à véritablement toucher.

Ainsi, contrairement aux Triplettes de Belleville qui comportait un vrai problème de montage dans une première partie léthargique, l’Illusionniste trouve le bon rythme, lent mais jamais ennuyeux, pour une histoire à l’apparence plus modeste.

La mélancolie qui perce derrière l’humour, l’amour des plaisirs simples et des époques révolues, le sens des atmosphères vivantes et vibrantes, et l’habileté à créer des personnages simples mais mémorables, sont une fois de plus idéalement mis en relief par l’animation. Par leur capacité à se focaliser sur des éléments strictement cinématographiques ces dessins animés rappellent alors les meilleures heures du muet, d’une époque où le cinéma exploitait de manière optimale sa nature imagée.

Quand je lis que ce genre de film est passéiste naphtaliné et vieillot, ça me donne des envies de traitement Ludovico à coup de Jean-Pierre Pernault, pour rappeler le sens des réalités à des gens qui ne peuvent pas se sentir modernes sans cracher sur de la « Qualité France », comme à la bonne vieille époque – définitivement traumatique – de la (vieille !) nouvelle vague.

Vous aurez noté le retour du je, trop longtemps pris en otage par les esprits étriqués de l’écran large. I’m freeeee !

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Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

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