Kick-Ass

Il n’y a rien de plus salutaire pour un cinéma usé jusqu’à la corde, cousu de fils blancs, que les films qui prennent un peu de distance pour observer, confronter, critiquer, ou même se moquer des genres en vogue. Cinéma réflexif, fait de commentaires, de références et de mises en abyme, et donc pari risqué. Tentative pas à la portée de n’importe quel tâcheron, car il faut surtout avoir quelque chose si ce n’est à dire du moins à montrer, qui transcende clichés et stéréotypes pour les amener à un autre niveau, sans sonner pour autant comme un désagréable donneur de leçons.
Dans cette catégorie, côté génies, on pourrait citer Alan Moore pour les comics, avec son vertigineux et insurpassable Watchmen, et le mixeur-recycleur, et pourtant inimitable, Quentin Tarantino, qui, Kill Bill en tête, parvient à un degré encore jamais atteint de sophistication dans le patchwork post-moderne.

Kick-Ass, adaptation d’un comics de Mark Millar, se pose clairement dans la catégorie des films parodiques. Pas dans le sens une vanne pourrie toutes les deux secondes, mais dans la distanciation amusée vis-à-vis de deux genres phares, les plus importants (financièrement) de notre époque : le teen movie et le film de superhéros. Matthew Vaughn a prouvé avec Layer Cake, mais encore plus avec son surprenant Stardust, sa capacité à récupérer des archétypes en les traitant de manière décalée. La féérie amusée de son conte fantasy s’écartait alors de tous les post-Harry Potter et Seigneur des anneaux qui parasitaient les fêtes de fin d’année depuis trop longtemps. A film atypique, résultats commerciaux catastrophiques, mais le bonhomme ne s’en laisse pas compter et tente avec Kick Ass un autre coup de poker.
Une fois encore ce qui lui plaît c’est de sortir du rang, d’apporter un peu de sang neuf en bottant gentiment le cul des films que l’on se tape toute l’année, sans saveur à force d’imitation, et de budgets aussi astronomiques que leur scénarios sont anémiques.

En confrontant le geek à son fantasme absolu, Vaughn avait le matériel en or pour une bonne comédie, et la promo laissait espérer l’illustration sans concession d’une BD plutôt trash, avec gamine de 11 ans sans pitié trucidant les bad guys dans la joie et la bonne humeur. Pour cela il a dû se contenter d’un budget riquiqui pour ce type de film. 30 petit millions de dollars, il ya des (faux) films indépendants qui se montent sur une telle somme. Et la première partie est plutôt rassurante, parodiant avec entrain le premier Spider-Man. Le décalage du geek en super-héros sans pouvoirs véritable punching-ball est assez cartoonesque pour amuser. L’exploitation d’internet pour cerner en une baston de rue (ratée) et un costume naze les enjeux de voyeurisme et de notoriété de notre société actuelle est réjouissante.
Puis arrivent Hit Girl et Big Daddy. D’autres supers sans pouvoirs, mais qui ne jouent plus. Par leur maîtrise, mais surtout par l’audacieuse combinaison père-fille qui donne lieu aux scènes les plus drôles et aussi les plus touchantes du film, le spectateur ne peut qu’être aussi fasciné que Kick-Ass. Et ce dernier, ainsi que le rythme du film, de prendre du plomb dans l’aile, paradoxalement quand les scènes d’action deviennent plus mainstream, dans la norme du bottage de fesses habituel. Le Big Daddy étant un sous-Batman, seule Hit Girl tire brillamment son épingle du jeu.

Heureusement le casting maintient le cap, Mark Strong dans son éternel emploi de vilain de service est parfaitement à l’aise avec l’exagération comics, et Nicolas Cage s’éclate dans la comédie (cette fois assumée !). Tandis que la petite Chloé Moretz explose l’écran de son langage fleuri et de ses frappes chirurgicales. Les geeks sont un peu en retrait, surtout l’apprenti Peter Parker, dommage pour un film portant son pseudo qui ne demande qu’une suite… s’appelant cette fois « Hit Girl ».
Matthew Vaughn est un malin, un savoureux mercenaire du divertissement hollywoodien, mais pas (encore) un grand virtuose de l’image. C’est ce qu’il manque à Kick-Ass pour passer au niveau supérieur, pour être davantage qu’un « sympathique » croisement de genres. Pour être ne serait-ce qu’une mesure de ce que Kil Bill a pu apporter à ce cinéma post-moderne. De sa BO un peu maladroite (Morricone et on pense immédiatement à Quentin), à des choix de mise en scène pas aussi tranchés que les aptitudes de Hit Girl, l’impact de Kick-Ass en ressort amoindri.
Il demeure pourtant un divertissement salvateur au milieu du conformisme ambiant, et une promesse, après un District 9 aussi indépendant-percutant (budgets riquiquis, liberté maxi), d’un spectacle qui pourrait botter des fesses tout en flattant le cerveau du spectateur. A l’heure où les studios cherchent à faire des économies sur leur plus grosses franchises à coup de reboot économes (le projet Spider-Man « 4 »), la formule Kick-Ass opère une alternative non négligeable pour instaurer un peu de créativité entre deux mastodontes insipides.
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Tags: 2010, Aaron Johnson, Action, Chloé Moretz, Christopher Mintz-Plasse, Comédie, Mark Strong, Matthew Vaughn, nicolas cage, Superhéros, Teen movie
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