The Ghost Writer

Alors que Scorsese cherche sans cesse de nouvelles façons de raconter une histoire malgré un enrobage plus mainstream, Roman Polanski suit son petit bonhomme de chemin et revient avec The Ghost Writer au cinéma qui lui va comme un gant. Ce thriller paranoïaque mettant en scène un écrivain, nègre de la biographie d’un homme politique controversé, nous balade avec délice dans des territoires troubles avec un savoir-faire à l’ancienne jamais figé dans des archaïsmes. The Ghost Writer réjouit au plus haut point car c’est tout simplement un récit mené de main de maître.

De nos jours, rares sont les films qui captent notre attention avec les simples bons ingrédients basiques de toute bonne œuvre cinématographique. Interprétation, histoire, mise en scène, musique, tous sont au diapason pour que l’intrigue tournant autour de ce défunt, cet écrivain fantôme, devienne dès les premières scènes une évidence narrative qui n’a besoin d’aucun artifice. Pas d’explosion pas d’effets spéciaux pas de caméra à l’épaule ni de montage cut, Polanski déroule un film certes lent, mais idéalement rythmé.

Ewan McGregor est le parfait relais du spectateur. On a l’impression qu’il n’a jamais été aussi bon depuis Trainspotting, dans ce rôle de monsieurtoutlemonde dépassé par des forces supérieures et une menace invisible, avec les touches d’humour qu’il faut pour alimenter l’étrangeté ambiante. Brosnan excelle comme à son habitude quand il n’est pas dans le costume de l’espion anglais, ses trop rares apparitions en homme politique à la fois mielleux et opaque offrant de beaux face-à-face. La trop rare Olivia Williams en impose face à ce jeune homme un peu naïf et c’est un festival d’interprétation auquel on assiste avec délectation, une direction d’acteurs qu’on imagine millimétrée mais qui coule de source au service d’un récit où chaque détail compte.

Une fois arrivés dans ce décor de maison bunker isolée sur une île au large de la côte Ouest, on remarque les petites touches qui font toute la différence, des aléas du climat (avec ce jardinier ramassant toujours les mêmes feuilles) à l’enfermement total, intérieur et extérieur, de ce malencontreux héros improvisé. Engagé suite à la mystérieuse mort de son prédécesseur pour écrire au plus vite la biographie de l’ex premier ministre anglais, « l’écrivain fantôme » se retrouve dans un contexte qui n’est pas sans rappeler la situation passée et actuelle du cinéaste, assigné dans son chalet suisse, dans la tourmente, entouré par la presse. Les plus grands savent exploiter au mieux leurs expériences heureuses ou malheureuses et la vie du cinéaste franco-polonais est suffisamment riche et mouvementée pour qu’il ait l’occasion, régulièrement, mais sans en abuser ici, d’en injecter des échos dans ses œuvres. La musique d’un Alexandre Desplat qu’on a rarement connu aussi inspiré vient ajouter à l’angoisse ludique de ce Ghost Writer.

A peine pourra-t-on trouver à redire à un léger ventre mou et à quelques faiblesses lors du final, notamment sur l’ultime plan qui peut sembler trop lourd et calculé comparé au reste d’une mise en scène subtile et discrète. The Ghost Writer offre un tel plaisir dans un paysage cinématographique contemporain amorphe entre SFX, suites, remakes, et 3D, que l’on se surprend à en être hanté longtemps après la projection.

2501

Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

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4 Commentaires

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J’ose un commentaire. Que de bonnes surprises donc ! (sauf pour Polanski finalement). McGregor pas aussi bon depuis transpotting, me voilà curieux.
J’ai revu Transpotting, je trouve que ce film se bonifie avec le temps.

Commentaire by feilong74 on 31 mars 2010 20:04


Vu sur Lyon. Vraiment excellent, mise à part quelques invraisemblances dans le récit qu’il va falloir accepter ici ou là (ça reste tout de même léger), le film est prenant du début à la fin, on ne s’ennuie jamais, malgré le rythme Polanskieste. Beaucoup de jeune réalisateur devrait s’inspirer de ce travail (notamment la direction d’acteur, le souci du détail, le sens du cadre). En espérant qu’on le laisse sortir de son bloc-os à lui ( le film est un parallèle étrange avec son histoire actuelle) pour qu’il nous signe une nouvelle œuvre, avant qu’il ne soit trop tard pour lui.

Commentaire by feilong74 on 8 avril 2010 7:57


A noter également l’apparition de Tuco !

Commentaire by momomod8 on 19 avril 2010 22:48


Quelques semaines après tout le monde, Chambéry décide enfin de sortir ce film en VO dans ces salles. Et comme dirait l’autre: mieux vaut tard que jamais… Je m’en serai voulu de ne pas voir un tel film dans les meilleures conditions possibles(encore que les salles de Chambé!!! Thinking ). Quel film!!!(qui demande toutefois je pense, à être revu).
Mais je n’ai pas grand chose à dire tant je suis d’accord à 100% avec la critique de 2501.
Un scenario original, une vraie ambiance, pas d’explosions ni de numérique: finalement c’est quand même pas si compliqué le CINEMA… but it’s fucking great!!! Grin

Commentaire by toriyazaki on 28 avril 2010 16:46

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