Freddy Krueger : sa vie, son oeuvre

Alors que la sortie du remake du premier Freddy se rapproche – le 12 mai pour être précis – il est bon de revenir sur un des boogeymen les plus célèbres. Certainement pas le plus bourrin de tous, Freddy Krueger reste sans aucun doute le plus cool, le plus cynique et le plus drôle, à tel point qu’en 7 films « et demi » (Freddy contre Jason…) il a su s’imposer et devenir une vraie icône de la pop culture, dépassant largement le cadre restreint d’un public aficionado de films d’horreur.

C’est en 1978 avec Halloween – La nuit des Masques de John Carpenter que le slasher a commencé à devenir un genre à part entière grâce à un succès commercial (et bien plus tard d’estime…) non négligeable, bien que l’on pourrait remonter assez loin pour voir les prémices de ce genre, notamment dans des films comme La Nuit du Chasseur ou Psychose. A partir de cette date, nombreux sont ceux qui ont voulu surfer sur la vague et c’est Vendredi 13 de Sean S. Cunningham en 1980 qui va littéralement faire exploser la production, amenant le principe de franchise ;  pour le meilleur ou pour le pire les écrans allaient être inondés de boogeymen.

A la fin des années 70, Wes Craven est un réalisateur plutôt underground à qui l’ont doit des films assez hardcore et dérangeants comme La dernière maison sur la gauche et La colline a des yeux lorsqu’il tombe sur une série d’articles de journaux racontant la mort d’un adolescent pendant son sommeil alors que celui ci refusait de dormir à cause de cauchemars violents. C’est là que germe l’idée de Freddy, qui sera aussi inspiré d ‘épisodes de la vie de Craven.

Bien que personne ne croie au projet (son pote Sean S. Cunningham en tête), Wes Craven est persuadé de tenir l’idée du siècle. Il démarche et arrive finalement à se faire financer son film par Robert Shaye de la société New Line, alors distributeur de films universitaires. En 1984 sort donc A Nightmare on Elm Street, première apparition du tueur au pull rayé rouge et vert, au feutre et au gant griffé.

Les Griffes de la Nuit (A Nightmare on Elm Street) – 1984

L'affiche française, pour une fois plus classe que l'américaine

Affiche américaine

S’il ne déroge pas à quelques règles du slasher fraîchement établies – bande d’adolescents caractéristiques, héroïne prude, meurtres nombreux et originaux – le film de Craven amène son lot de nouveautés. Avec une mise en scène plus travaillée que la plupart des productions de l’époque et une atmosphère vraiment glauque et putride, Craven sort en plus du lot en créant un boogeyman qui ne sera pas muet, mieux encore, il sera adepte de l’humour noir et de la punch line qui va bien.

"This is God !"

En le comparant aux suites indigestes d’Halloween et de Vendredi 13 qui se multipliaient comme des petits pains à l’époque, A Nightmare on Elm Street se pose presque en film d’auteur, avec ses références à Bunuel, Nosferatu ou à La Nuit du Chasseur et offre des mises à mort d’anthologie (la mort du personnage interprété par Johnny Depp reste une des plus mythiques de la série) et Robert Englund, qui avait commencé sa carrière dans un petit film romantique avant de se faire connaître dans le crocodile de la mort de Tobe Hooper et surtout dans la série T.V. V, compose un personnage instantanément iconique grâce à une gestuelle incroyablement bien trouvée, quelque part entre le mime, le clown et le vampire. Là où les Michael Myers et autres Jason ne ressemblaient plus qu’à des monolithes travaillant à la chaîne dans le domaine du meurtre, Freddy impressionne par son sadisme, son humour souvent libidineux et sa volonté clairement affichée de jouer avec ses victimes mais n’est pas encore le grand guignol qu’il deviendra par la suite, en d’autres termes, il arrive en plus à faire vraiment flipper !

A Nightmare on Elm Street connaît un franc succès commercial et même critique (Prix de la critique au festival d’Avoriaz en 85) et transforme New Line en véritable studio alors qu’elle n’était que distributeur mineur. En d’autres termes, pas de Seigneur des Anneaux sans Freddy Krueger, mais c’est une autre histoire ! Évidemment, en bon studio qui se respecte, New Line va faire comme ses camarades et tenter au plus vite de capitaliser sur un tel succès, tentative préparée en amont par une fin ouverte qui n’était pas vraiment du goût de Craven

La Revanche de Freddy (A Nightmare on Elm Street part 2 – Freddy’s Revenge) – 1986

Affiche américaine

Affiche française, encore une fois plus réussie que l'américaine

Dès l’année suivante, New Line enchaîne mais Craven se limitera au rôle de co-scénariste, un rôle dans lequel on ne reconnaîtra pas beaucoup son influence au vu du résultat final, quitte à se demander s’il n’a pas juste été crédité par « sympathie » ! En effet, cette revanche de Freddy est certainement le film le plus étrange de la série. Souvent considéré comme le plus mauvais par les fans, il peut pourtant se targuer d’offrir un point de vue édifiant. Si son réalisateur Jack Sholder se défend d’avoir donné volontairement une connotation homo érotique à son film (bien que 20 ans après il admette qu’elle existe !), il donne en fait plus que ça, et pas forcément pour le meilleur. (cf. critique )

Sans même évoquer Jack Sholder, on remarque quand même que la volonté de New Line de casser les codes d’une franchise à peine établie en mettant en scène un héros masculin ou en faisant intervenir Freddy dans le monde réel et non plus seulement dans les rêves divisera clairement les fans.

Et pourtant avec le recul le film n’est pas complètement inintéressant. Bien que délivrant une idéologie douteuse, il offre des scènes mémorables comme ce premier cauchemar montrant un Freddy véritablement effrayant , la scène de la piscine totalement surréaliste ou l’épisode du bar SM gay.

pas bon de refouler...

Quoiqu’il en soit, ce Nightmare 2 reste un des épisodes les moins réussis de la série. Jack Sholder confirmera quant à lui son statut de cinéaste ambigu avec le très intéressant The Hidden deux ans plus tard alors que le grand brûlé de Springwood allait revenir sur d’autres bases.

Freddy 3 : Les Griffes du Cauchemar (A Nightmare on Elm Street part. 3 : The Dream Warriors) – 1987

Affiche américaine

Affiche française

La volonté était maintenant de revenir aux bases du personnage. Alors qu’il avait pour projet l’écriture et la mise en scène de Beetlejuice, projet tombé à l’eau et échoué dans les mains de Tim Burton par la suite pour le succès que l’on connait, Wes Craven est convaincu par New Line de revenir sur la franchise qu’il avait créée. Craven, aidé de son co-scénariste Bruce Wagner rencontré sur Beetlejuice, livrent un premier jet posant les bases de ce que sera cet épisode 3, à savoir des ados considérés comme suicidaires par les institutions alors qu’ils tombent un par un sous les griffes de Freddy.

Chuck Russel (The Blob, The Mask), aussi engagé à la réalisation, et Frank Darabont (Les évadés, La ligne verte) s’occupent de la réécriture et décident pour la première fois de faire partir la franchise dans une dimension plus gonzo et délirante. Finies les ambiances de pénombre, place au fantastique, au grand n’importe quoi pour un résultat assez sympathique.

Comme le premier épisode l’avait fait avec Johnny Depp, ce Freddy 3 offre aussi son premier rôle à une future star en la personne de Patricia Arquette pour un retour à une héroïne forte aidée par la rescapée Nancy Thomson. Freddy n’a jamais été aussi drôle et charismatique et les séquences pop corn (ceci n’est pas péjoratif) s’enchaînent pour le plus grand plaisir du spectateur. L’idée des super pouvoirs dans les rêves est plutôt bonne et bien exploitée et Russel se permet même un petit hommage à Jason et les argonautes. En outre, on se paie même le luxe d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de ce tueur d’enfants qu’est Fred Krueger.

Quelqu'un a demandé de la punch line ?

C’est avec Freddy 3 que le tueur aux griffes devient réellement une icône de la pop culture qui commence à transparaître dans le film lui-même avec l’apparition de guests inattendus. Le succès des films de la franchise allant grandissant, l’épisode 4 n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez.

Freddy 4 : Le Cauchemar de Freddy (A Nightmare on Elm Street part. 4 : The Dream Master) – 1988

Affiche américaine

Affiche française : notez le sponsor incongru !

A partir de cet épisode, on peut remarquer que le succès est inversement proportionnel à la qualité des titres trouvés, que ce soit en anglais ou en français ! Alors que New Line grandit, ses dirigeants deviennent de plus en plus désireux de profiter de la poule aux œufs d’or le plus rapidement possible. C’est de plus dans un contexte chaotique de grève des scénaristes que le film entrera en production. Les scénaristes se multiplient apportant tous leur lot d’idées pour un script qui restera brouillon jusqu’à la fin et Bob Shaye engage à contre cœur l’inconnu finlandais Renny Harlin pour mettre en boite le film au plus vite tout en ne perdant pas de vue la nouvelle direction couronnée de succès qu’avait prise Freddy 3.

En dépit de ces conditions désastreuses, le futur réalisateur de Die Hard 2 parvient à imposer son style visuel assez criard et pourtant plaisant, offrant au boogeyman des séquences d’anthologie. On y voit par exemple pour la première fois la résurrection de Freddy dans une séquence emphatique à souhait, monument de mise en valeur du méchant qui devient définitivement le vrai (anti) héros.

La pop culture devient clairement un élément primordial de la franchise avec ses ados aux passions bien dans l’air du temps, du fan d’arts martiaux en pleine période Van Damme à l’avènement d’MTV qui sera fatal pour l’un des protagonistes !

Malgré une narration limite, Freddy 4 s’impose comme un des meilleurs épisodes de la franchise et fait encore plus de recettes que son prédécesseur.

Freddy 5 : L’Enfant du Cauchemar ( A Nightmare on Elm Street part. 5 : The Dream Child) – 1990

Affiche américaine - l'affiche française sera pour la première fois quasiment identique

Ce cinquième opus de la franchise fut aussi celui dont la production prit le moins de temps, New Line désirant faire rentrer toujours plus d’argent le plus rapidement possible. Il amène aussi une des idées les plus discutables de la série : Alice survivante du précédent épisode est enceinte et Freddy va se servir de son fœtus pour se ré-incarner (!).

La volonté a été de se démarquer des deux opus précédents en amenant de nouvelles idées comme une atmosphère résolument gothique (qui sera aussi un peu présente dans Freddy sort de la nuit) et donc cette histoire de ré-incarnation. Stephen Hopkins, à l’époque réalisateur de clips est engagé à la mise en scène.

pas vraiment les mises à mort les plus drôles de la série...

Malheureusement, le résultat s’avère plus que bancal. Freddy n’est plus le type cool qu’il était et, la production se dirigeant de plus en plus vers la comédie horrifique, devient presque ridicule. Les meurtres, même s’ils sont assez inventifs, sont de moins en moins gore et de plus en plus grotesque, les répliques choc du tueur sont de plus en plus forcées et les personnages sont de moins en moins attachant.

Freddy 5, dont les recettes sont pour la première fois inférieures à son prédécesseur, reste le film le moins intéressant de la série, dirigeant le boogeyman petit à petit vers le clan des has been. Stephen Hopkins poursuivra quant à lui sa carrière avec une autre suite, Predator 2, et sera bien plus tard le créateur de la série T.V. 24.

définitivement gothique

Freddy 6 : La fin de Freddy : l’ultime cauchemar (A Nightmare On Elm Street – Part 6 : Freddy’s dead – The final nightmare) – 1992

L’idée de se faire rencontrer les deux grands boogeymen des années 80, à savoir Freddy Krueger et Jason Voorhees est de plus en plus évoquée, surtout par un certain Sean Cunningham. Si l’idée est réjouissante, elle n’en est pas moins handicapée par des problèmes de droit et surtout d’absence de scénarii exploitables. Après de multiples tentatives, la New Line (qui aura racheté les droit de Vendredi 13 à la Paramount) décide d’abandonner l’idée temporairement le temps d’un Jason 9 (cf. dossier Jason)

Parallèlement et même si le chapitre 5 a été un échec, tant sur le plan commercial (bien que rentré largement dans ses frais, les recettes ont diminué)  que qualitatif, Rachel Talalay, présente à la production sur presque tous les Nightmare, ainsi que New Line désirent en finir une fois pour toutes avec Freddy dans un ultime chapitre qui promet la mort irréversible (?) du tueur au chapeau.

Exit l’ambiance gothique, Rachel Talalay veut donner à cet ultime chapitre une dimension définitivement fun. L’aspect gore ne reviendra pas sur le devant de la scène, c’est une certitude mais, contrairement au Nightmare 5, Freddy revient plus drôle que jamais sans que cela ne soit jamais forcé, les idées les plus dingues se succèdent au même titre que les caméos (Johnny Depp pour une séquence géniale, Roseanne de la série eponyme, Alice Cooper) dans une célébration retrouvée de la pop culture à laquelle appartient Krueger, le tout dans un délire visuel particulièrement influencé par Twin Peaks mais aussi par les jeux vidéo. Cet épisode est de plus celui qui en dit le plus sur l’histoire de Freddy avant qu’il ne se fasse rôtir par les parents de Springwood (on apprend même qui est cette petite fille qu’on croise depuis l’épisode 3 !)

Pour couronner le tout, il est décidé de tourner la fin du film intégralement en 3D, les lunettes « Freddyvision » (rouge et vert) étant distribuées à l’entrée des salles et l’heroine nous indiquant à quel moment les mettre !

Malgré tout, les recettes de cet épisode resteront décevantes et ce sera bel et bien la fin de la série telle qu’on la connaît. Pour autant Freddy n’est pas vraiment mort.

Freddy sort de la nuit ( Wes Craven’s New Nightmare) – 1994

Affiche américaine

Affiche française - le nouveau look de Freddy

Malgré un film fort respectable en 1990 (Le sous-sol de la peur) Wes Craven peine à redorer son blason et surtout son compte en banque. New Line parvient alors à le convaincre de revenir pour un dernier cauchemar. Mais Craven parvient à bien négocier son contrat, imposant ses idées pour faire du film autre chose qu’une nième suite.

Freddy sort de la nuit s’éloigne de ses prédécesseurs en proposant les prémices de que sera Scream, à savoir la mise en abymes, le film dans le film. On y suit donc les acteurs du premier film dans leur propre rôle ainsi que Wes Craven. Heather Langenkamp, l’interprette de Nancy Thompson se retrouve persecutée par Freddy alors que Craven rédige le scénario d’un septième film.

un Freddy presque trop propre sur lui

L’idée du film dans le film est évidemment la trouvaille la plus intéressante de ce metrage et Wes Craven en tire (et en tirera un peu trop) toute sa substantifique moelle. Très auto-référentiel, Wes Craven’s New Nightmare pêche pourtant par une production design discutable, virant un peu trop vers le gothique comme en son temps Freddy 5 et modifiant considérablement le look de Freddy, à commencer par le gant, remplacé par une main dotée de griffes, un mini blasphème néanmoins nécessaire pour différencier le Freddy de fiction et celui de la réalité.

Le retour du gothique

Wes Craven offre avec cet ultime opus une véritable réflexion sur la dialectique fiction/réalité et transformera avec plus de succès l’essai avec Scream deux ans plus tard avant de sombrer dans un cynisme lourdingue par la suite.

La dernière apparition de Freddy sur les écrans date de 2003 pour la confrontation tant fantasmée par les fans entre Freddy et Jason. Le film reste plaisant à regarder avec son côté hybride Freddy/Jason, réalisation Américaine/Hong-Konguaise mais reste anecdotique dans l’histoire de la franchise, ne pouvant être considéré comme un Freddy à part entière.

Robert Englund est resté fidèle au personnage qui l’a rendu célèbre et Freddy reste le seul boogeyman à avoir été interprété à chaque fois par le même acteur. Cependant, Englund ne réussira jamais à se défaire de cette image d’acteur de film d’horreur, enchaînant les productions Bis voire Z mais le plaisir de le voir dans des petits films comme 2001 maniacs est toujours là.

Pourtant la règle va être brisée grâce à l’illustre Michael Bay qui, comme avec Jason, met en route le remake du Freddy original sans Robert Englund. Pour autant le choix de Jackie Earle Haley (Rorschach dans Watchmen) est plutôt judicieux et même si les trailers pillent abondamment l’œuvre originale (parfois plan pour plan) on attend avec curiosité ce nième remake pour pouvoir le critiquer !

Freddy Rules !

Mon top Freddy : (le 7ème étant à part)

1-     Les griffes de la nuit

2-     Freddy 3 : les griffes du cauchemar

3-     Freddy 6 : La fin de Freddy

4-     Freddy 4 : Le cauchemar de Freddy

5-     La revanche de Freddy

6-     Freddy 5 : L’enfant du cauchemar

Derf

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