les Chats Persans

Les chats persans est le sixième film du réalisateur d’origine kurde Bahman Ghobadi. Ce dernier prend pour base sa passion de la musique pour apporter un regard critique sur l’Iran et tout particulièrement la censure omniprésente, le tout à travers l’histoire de ce couple tentant de monter un groupe pour quitter le pays.
Voilà un sujet tenant à cœur à Bahman Ghobadi – sa fiancée est co-scénariste du film et contrainte de vivre aux USA après avoir été accusée d’espionnage en Iran – qu’il fallait traiter avec subtilité pour en faire ressortir le vice. On suit donc ce jeune couple, obnubilé par une volonté de quitter le pays pour pouvoir vivre de leur musique, devant une caméra de Ghobadi plutôt discrète, du moins en ce qui concerne les séquences de narration qui progresse beaucoup par le dialogue avec les différents musiciens rencontrés.

C’est dans sa vision de l’Iran que le réalisateur de Half Moon tire son épingle du jeu. Par une utilisation du hors-champs très évocatrice, Ghobadi pointe du doigt une persécution et une censure très vicieuses, comme une menace invisible planant continuellement au-dessus des protagonistes dans un pays qui ne semble pourtant pas aussi éloigné des conventions occidentales. Evidemment cette menace deviendra concrète et réel danger et c’est là tout l’enjeu du film.
La loi islamique censure toute musique, à fortiori celle d’inspiration occidentale car elle représente l’impur. Pour autant, le réalisateur démontre que la musique est bien présente, même cachée. Ainsi, le film est ponctué de séquences clipesques au montage ouvertement d’inspiration MTV, le plus souvent tournées sans autorisation. Un choix qui pourrait déranger dans d’autres productions mais dont la puissance évocatrice ici fait mouche, d’autant qu’absolument tous les styles musicaux occidentaux sont représentés et plutôt avec brio.
Mais Ghobadi semble partagé quant à son traitement de ses deux personnages principaux, plutôt ennuyeux (mention spéciale à l’heroine…), presque plus désireux de quitter le pays que de faire la musique, ce qui pourrait apparaître comme de la lâcheté dans un pays où il est, à leur décharge, bien difficile de faire changer les choses, les dernières élections en témoignent…

Remportant le prix de la sélection « un certain regard » pendant l’édition 2009 du festival de Cannes, Les Chats Persans reste une œuvre personnelle et choc. Plus qu’un simple « bon divertissement », il parvient à nous éclairer sur la situation d’un pays dont on ne connaît pas vraiment tout.
Derf
Tags: 2000-2009, Bahman Ghobadi, drame, Iran
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