Petit aperçu non exhaustif du festival des Maudits films…

Du 27 au 30 janvier se déroulait la seconde édition du Festival des Maudits films à Grenoble, organisé (entre autres) par le CCC de Grenoble.

Au programme, zederies et bisseries plus ou moins connues, films de genre, en longs ou courts métrages, diffusés devant un public bon enfant pas forcément cinéphile – certains spectateurs semblaient en effet étonnés de voir des films aussi…mauvais – et rencontres avec journalistes.

Nous nous attarderons ici sur la dernière soirée, à savoir la bien nommée soirée Grindhouse, pendant laquelle furent diffusées deux films d’exploitation, Chair pour Frankenstein et Ilsa she wolf of the S.S.

Chair pour Frankenstein

Dans les années 60/70, la Factory d’Andy Warhol fut le refuge d’artistes en tous genres regroupés autour de leur « gourou » pour des expérimentations tous médiums confondus. Dès les années 60, le protégé de Warhol Paul Morissey signait une trilogie subversive sur le sexe avec l’acteur Joe Dallessandro, Flesh, Trash et Heat, certainement ses films les plus connus. Au milieu des années 70, le même Morissey s’essayait à l’exploitation de mythes horrifiques, Dracula, le chien des Baskervilles et donc Frankenstein.

Le film de Morissey ne s’éloigne pas tant que ça de l’histoire originale en ce sens qu’il n’introduit finalement pas de nouveaux personnages mais en change évidement complètement le propos. Difficile de croire pourtant qu’Andy Warhol chapeaute le projet.

En effet le gros problème de cette production (et sûrement des deux autres films de Morissey à base de mythes horrifiques revisités) restera une tentative d ‘intellectualisation d’un genre considéré comme mineur, tentative car la réflexion que l’on sent sous-jacente se transforme devant la caméra du réalisateur sulfureux en masturbation intellectuelle (mais pas que !) bien trop visible matinée de pantalonnade dans lequel on aurait bien vu un petit rôle pour notre ami Jean Lefèvre.

Direction d’acteur catastrophique, dialogues grotesques (« Pour connaître la mort, il faut baiser la vie !»), musique toute droit sortie d’un téléfilm érotique en costume visible sur RTL9, direction artistique improbable, découpage et rythme invitant à l’avance rapide sont autant de choses d’autant plus difficiles à supporter qu’elles semblent longuement pensées pour prendre part à une réflexion sur la dialectique plaisir/répulsion de la chair. Pratiquement du Cronenberg avant l’heure en somme, il suffit de revoir Crash pour s’en convaincre…Mais le mot pratiquement a vraiment toute son importance ici.

Morissey parvient même à donner une aura picturale à certains plans mais ceux-ci sont tellement noyés dans une bouillie indigeste de gesticulations verbales improbables (Udo Kier n’est finalement jamais meilleur que quand il ne parle ni ne bouge comme dans Suspiria) et de musiques instantanément ringardes que l’effet est aussi vite annihilé.

Un film qui mérite néanmoins une soirée entre potes, avec drogue si possible, ne serait-ce que pour en apprécier ses dialogues surréalistes…

Ilsa la louve des S.S.

Deuxième film de cette soirée Grindhouse, Ilsa She wolf of the S.S. (ou Les S.S. étaient là, les Gretchen aussi, oui oui c’est vraiment sous ce titre que le film a été projeté !) donne toute sa dimension Grindhouse à cette soirée, en tout cas beaucoup plus que le film précédent.

Véritable parangon de la nazixploitation (qui aura droit a deux suites à base de Goulag et de Harem) dont s’est clairement inspiré Rob Zombie pour sa fausse bande annonce Werewolf Women of the SS diffusée entre Death Proof et Planet Terror, Ilsa la louve des S.S. a tout du pur film d’exploitation fauché qui cherchait le sujet subversif pour éveiller la curiosité du spectateur.

Le film part sur de bonnes bases avec un pitch définitivement génial. Ilsa, docteur et général d’une division SS composée presque exclusivement de femmes, cherche par des expérimentations sur les déportés juifs à prouver que la femme a une résistance à la douleur plus importante que l’homme. Les deux premiers tiers du film alternent séquences érotiques dans lesquelles Ilsa fait des déportés juifs mâles ses esclaves sexuels en cherchant le plus viril (et tant pis pour les autres !) à coup d’allusions « Omar et Frediennes » et séquences de tortures de femmes juives (à la Martyrs !) pour étayer sa thèse de supériorité de la femme, le tout au niveau zéro de la mise en scène, le plus souvent en caméra fixe pour mieux nous exploser les rétines pour l’épilogue !

On pourrait y voir une sorte de féminisme sympathiquement exacerbé, du genre de celui que l’on croisait dans les films de blacksploitation avec Pam Grier si celui-ci n’était pas de manière bien jouissive dynamité par la verbalisation de son but par cette chère Ilsa : les femmes aussi ont le droit d’aller mourir comme des merdes au front !

Le dernier tiers du film est enfin un hommage complètement fauché mais hilarant à La Horde Sauvage (sic) contrastant totalement avec tout ce qu’on avait vu jusque là, bouquet final d’un film hors normes que l’on prend finalement beaucoup de plaisir à visionner, pour tout son côté racoleur qui ne se prend pas au sérieux (contrairement à l’ami Paul Morissey…) mais aussi pour son côté définitivement Grindhouse que l’on a pu (re)découvrir avec la bande à Tarantino : avertissement en début de film, images manquantes pour cause de censure ou de dégradation de la bande, rayures, titre multiple, tout y est !

Ilsa, c’est une certaine histoire du cinéma aussi…

Avec café offert entre deux séances et cadeaux pour les chanceux, c’est une bien sympathique soirée que nous a offert le CCC, même si le public ne semble pas toujours averti de ce qu’il va voir !

Derf

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