Coco Chanel et Igor Stravinsky

Etrange expérience que ce quatrième film de Jan Kounen… Difficile à appréhender, Coco Chanel et Igor Stravinsky semble se dérober comme ses personnages, au fur et à mesure qu’un récit de sensations les rapproche puis les sépare. On n’imaginait pas l’enfant terrible du cinéma français, arrivé en ruant dans les brancards avec le mal élevé (et mal branlé) Doberman, aux rênes d’un biopic sur non pas une mais deux personnalités importantes. Quelques mois seulement après un premier film sur Chanel, très grosse production française avec la star Audrey Tautou, Kounen prend le pari totalement opposé en ne livrant que la tranche de vie consacré à l’histoire d’amour entre les deux artistes.

Un raccourci facile fera à n’en pas douter passer ce film aérien et élégant pour de l’académisme sous le seul prétexte que son réalisateur s’est soudainement calmé dans les artifices de mise en scène. On sait que Kounen, malgré son cinéma aux airs rebelles, a la carte puisqu’il a quand même à son actif un coup d’éclat initial, la réalisation d’un rêve de gosse avec son trip très personnel Blueberry, des documentaires dans une veine psychotrope-humaniste et enfin l’adaptation d’un best-seller antisocial hype. Un vrai produit du capitalisme qui sait récupérer les trublions à sa cause. Mais Kounen est attachant, car il fait avant tout un cinéma humain, sincère, blindé de défauts mais ambitieux, et doté d’un talent visuel indéniable. Voilà qui tranche dans notre pépère production nationale. Surtout, à l’inverse d’un Kassovitz, et même s’il n’a peut-être pas encore réalisé un film du calibre de la Haine, il ne déçoit pas et trace sa voie sereinement en variant ses choix et en faisant évoluer son style. De boursouflé son cinéma devient élégant et raffiné, ce qui n’est pas la moindre surprise d’un film à l’auteur apaisé, passé dans l’autre monde à coup de drogues tropicales depuis sa non-adaptation de Blueberry. On peut en rire mais son expérience chamanique porte ses fruits et se voit à l’écran ! Un peu trop dans un générique qui semble nous refaire le coup des hallucinations synthétiques de son western psyché à coups de motifs mouvants et hypnotisants, pour mieux nous cueillir par la suite avec une ouverture tout en plan-séquences racés, retraçant la présentation du Sacre du Printemps. L’entame est envoûtante, les deux artistes ne se croisent pas, mais grâce à la mise en scène à la fois ample et intime ils sont déjà en communion. Kounen croit au cinéma, au pouvoir de l’image, et ne fera que peu de concession au genre biopic, ni même au mélodrame.

Après cette intense mise en bouche, le film déploie la relation Coco/Igor comme un vampirisme passionnel qui sert chacun de ces deux monstres de création, un état d’amour émulation temporaire, tout entier concentré dans un lieu isolé, une maison de campagne et ses jardins. Peu de dialogues, peu de faits (la création du parfum n°5, Tchaïkovsky fiévreusement attelé à son piano), Kounen peu à peu épure son film et laisse la toute puissance évocatrice aux images et à des acteurs figures plutôt qu’interprètes. On pense souvent à un Nouveau monde de poche, peinant bien sûr à approcher la grâce du cinéma de Terrence Malick. Le couple Anna Mouglalis / Mads Mikkelsen est magnétique, mais n’a pas grand-chose à défendre. Le feu de la création n’est pas bien retranscrit, presque absent, et le film tourne court. Trop froid, trop sûr de sa forme il finit par s’éteindre tout doucement, à l’image de cette relation. Le rendez-vous semble raté avec ces personnages et leur exaltation créative commune, pourtant, Coco et Igor laisse une impression tenace, celle d’un cinéaste qui ose en France faire davantage confiance au cinéma qu’à la littérature. Il lui faudra trouver un délicat équilibre avec le fond pour transformer l’essai, mais mieux vaut une belle tentative de cinéma qu’une biographie pour sortie scolaire. 2501

Rating: ★★★★★★★☆☆☆ 

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6 Commentaires

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Intéressant, je ne savais pas qu’il s’était lancé dans ce genre. J’avais vraiment aimé sa première heure de sa comédie 99F, avec une approche cynique du monde pub/business , très bon..
Me voilà curieux pour ce coco et igor.

Commentaire by feilong74 on 1 février 2010 17:15


J’ai vu le remake de et avec Gad Elmaleh et c’est quand même sacrément navrant… ou pathétique… ou juste nul. :-)

Commentaire by toriyazaki on 1 avril 2010 21:30


Inconscient! Tu perds plus de neurones qu’avec de l’absinthe avec ces trucs-là.

Commentaire by 2501 on 1 avril 2010 21:54


je pense que ya pire, ya cyprien…j’ai pas tenu jusqu’au bout tellement je me suis senti insulté… dommage car si ça avait été le cas je me serai bien amusé à le détruire en 2500 caractères…mais la déontologie m’en empêche…

Commentaire by derf on 2 avril 2010 8:48


ah ben tiens, je l’ai vu aussi… :-)

Commentaire by toriyazaki on 2 avril 2010 19:16


Ca y est, j’ai enfin vu le vrai film… enfin celui d’avant Chanel, d’Anne Fontaine! ;-)
Un très bon film pour moi mais, à l’image de son héroïne, peut-être un peu trop sobre et terne, ce qui en rebutera beaucoup.

Commentaire by toriyazaki on 13 avril 2010 14:28

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